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Des protéines animales dans l’alimentation des porcs et des volailles : séparer les productions pour limiter les risques

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Actualité du 09/07/2021

Les cas d’encéphalopathie spongiforme bovine, ou maladie de la vache folle, sont devenus extrêmement rares en Europe. La Commission européenne a donc proposé aux États membres d’alléger, sous certaines conditions, la réglementation qui interdit l’utilisation de protéines animales dans l’alimentation des animaux d’élevage. L’Anses a été saisie pour évaluer les risques pour la santé animale et humaine que représenterait cette réintroduction des protéines animales

Le projet de la Commission européenne actuellement à l’étude est d’autoriser l’utilisation de protéines animales transformées (PAT) issues de volailles dans l’alimentation des porcs, et de PAT de porcs dans celle des volailles. Les protéines animales transformées sont exclusivement constituées de sous-produits d’animaux abattus pour la consommation humaine (lire encadré ci-dessous). Il est également envisagé d’autoriser des PAT d’insectes pour les porcs et les volailles.

Éviter les maladies à prions

Le principal risque de l’incorporation de protéines de volailles et de porcs dans l’alimentation animale est la transmission et l’amplification d’encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST). Ces maladies sont transmises par des prions, des particules protéiques infectieuses, qui peuvent se propager si des produits issus d’un animal infecté se retrouvent dans un aliment destiné à un animal de la même espèce. On parle alors d’amplification de la maladie. 

La réglementation européenne actuelle édicte certaines règles pour éviter ce risque. La première est le « non-cannibalisme » : il est exclu de donner à un animal des protéines animales transformées issues de sa propre espèce. En outre, les ruminants étant connus pour être potentiellement porteurs d’EST, comme l’encéphalopathie spongiforme bovine ou la tremblante du mouton et de la chèvre, leurs PAT sont interdites pour l’alimentation de tous les animaux d’élevage. 

Enfin, le projet de texte européen prévoit, en cas d’autorisation des PAT de volailles dans l’alimentation des porcs et inversement, une séparation effective par espèce des sites de production, depuis l’abattoir jusqu’à la livraison des aliments chez l’éleveur. Cependant, la réglementation examinée prévoit que des dérogations puissent être accordées sous la responsabilité des États membres. Dans les faits, en France, comme dans d’autres pays européens, certains abattoirs et usines de production d’aliments concernent plusieurs espèces. 

La nécessité d’une séparation stricte de la chaîne de production des aliments

«La démarche des experts de l’Anses a été d’identifier les situations à risque au cours desquelles des EST, connues ou inconnues sur le terrain, pourraient être transmises, amplifiées et difficilement maîtrisables une décennie plus tard, à l’instar de ce qui s’est produit pour l’agent de l’encéphalopathie spongiforme bovine dans les années 80 » , explique Charlotte Dunoyer, cheffe de l’unité Évaluation des risques liés à la santé, à l’alimentation et au bien-être des animaux, à l’Anses. « Cette épizootie s’est très certainement développée à partir d’un tout petit nombre de cas, voire d’un seul, qui ont été ensuite amplifiés par le recyclage intra-espèce des sous-produits de bovins. »

Le risque principal d’une transmission d’une EST serait une contamination croisée : quand des sous-produits animaux qui ne sont pas destinés à une espèce se retrouvent fortuitement dans son alimentation. Ces contaminations peuvent avoir lieu à la fois avant la fabrication des PAT (à l’abattoir et lors de la collecte des sous-produits), pendant la fabrication des PAT ou après, dans les usines de production d’aliments pour animaux qui les utilisent, ainsi que lors des différents transports.

Les abattoirs mixtes, traitant plusieurs espèces, sont le maillon faible de cette chaîne de production, le risque de transmission y est évalué comme le plus élevé. En effet, il a été montré expérimentalement que les porcs peuvent développer la maladie s’ils sont contaminés par certaines EST de ruminants. Ce pourrait par exemple être le cas si, en amont de la fabrication de PAT de volaille destinées à l’alimentation des porcs, des parties de carcasses de ruminants se retrouvaient par erreur mélangées à celles de volailles. Le risque minimal est atteint lorsque la séparation par espèce de l’ensemble des sites de la chaîne de production est effective. L’Anses recommande donc de respecter strictement cette règle. 

Les insectes, nouvelle source de nourriture envisagée

Si à l’heure actuelle les insectes présentent peu de risque de transmission des EST, ils pourraient en revanche transférer aux porcs et aux volailles des microorganismes pathogènes et des contaminants chimiques. Pour les éviter, l’Anses recommande de respecter certaines règles sanitaires pour l’élevage des insectes destinés à l’alimentation des animaux. Ainsi, la source de nourriture des insectes doit respecter la réglementation en vigueur pour l’alimentation des animaux d’élevage. Cela signifie qu’ils ne doivent pas être nourris de déchets ni de déjections, sources importantes de contaminations microbiennes. De même, les insectes doivent être complètement débarrassés du substrat sur lequel ils sont élevés avant de débuter le processus de transformation en PAT. Une période de jeûne de 24 heures permettrait d’éliminer les éventuels contaminants susceptibles d’être présents dans l’intestin des insectes. Enfin, certaines espèces peuvent accumuler des métaux lourds comme le plomb, le cadmium ou l’arsenic. La recommandation est donc de contrôler la présence de ces contaminants dans les PAT d’insectes. 

Les protéines animales transformées : qu’est-ce que c’est ? 

Les protéines animales transformées sont constituées de sous-produits d’animaux abattus pour la consommation humaine. Il s’agit donc de parties de carcasses d’animaux sains qui ne sont pas commercialisées en France du fait des habitudes de consommation en France, de leur moindre qualité nutritionnelle …. 

Les tissus de ruminants les plus à risque de contenir des prions et donc de transmettre des EST, comme le système nerveux central, ne sont pas inclus dans les PAT. Les cadavres d’animaux trouvés morts en exploitation ou euthanasiés n’entrent pas dans la composition des PAT, de même que les carcasses d’animaux malades. Ceci les différentie des farines animales anciennement utilisées pour l’alimentation animale.

Les protéines animales transformées présentent un intérêt nutritionnel, tout particulièrement pour les jeunes animaux : elles sont riches en protéines facilement digestibles et en énergie. Elles permettent également d’être moins dépendant de sources de protéines importées, comme le soja. 

Quelle est la réglementation ? 

Après différentes mesures de restriction en France dans les années 90, les farines animales ont été totalement interdites pour l’alimentation des animaux d’élevage en Europe en 2001, en raison du risque d’EST. Depuis 2013, les PAT de porcs, de volailles et d’insectes ont été progressivement autorisés en aquaculture. Les PAT sont également utilisées pour l’alimentation des animaux de compagnie et de ceux élevés pour leur fourrure. 

 

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