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Développement durable : errances gouvernementales

Alors que se poursuit une campagne électorale atone, comme en suspension, je partage ici quatre étonnements sur la manière dont la nouvelle équipe gouvernementale aborde la question cruciale du développement durable.

RSE, etc.

Bon, alors, si je comprends bien, on avait une secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable mais on n’en a plus car elle devient porte-parole du gouvernement (bravo Olivia, c’est un beau métier).

Olivia Gregoire 300x200 1Ce n’est pas très grave car comme chacun sait, les enjeux sociaux et environnementaux, l’ESS, la RSE, l’ESG, les ODD, l’ISR, tout ça ce sont des acronymes fumeux à trois lettres et ça va se résoudre tout seul à la va comme j’te pousse.

L’un des grands mérites du premier quinquennat Macron est d’avoir co-construit et fait voter la loi PACTE, mais maintenant, tout va bien sur le plan de la finalité de l’entreprise (voir : « Loi PACTE : le couronnement de la RSE ? »). Il n’y a plus de green-washing, toutes les entreprises parviennent à intégrer les enjeux sociaux et environnementaux dans leur activité, celles qui communiquent sur leur raison d’être ont un plan d’action à l’œuvre pour lui donner vie, la qualité de société à mission prospère, bref, on n’a pas besoin d’un PACTE 2…

Loi Pacte Post Olivia Gregoire sur Linkedin 300x159 1

Ce serait judicieux de s’arrêter au milieu du gué dans ce chantier entamé avec la loi PACTE. J’ai bien compris ? (voir : « RSE : d’un modèle de conformité à la dynamique de compétitivité »).

La conduite du changement

Jupiter est-il prêt à se découronner ? Il semble que les principes de base du « Change Management » s’introduisent au palais de l’Elysée. Voici ce que je relève dans le discours d’Emmanuel Macron lors de la cérémonie d’investiture le 7 mai 2022 :

« Agir ne signifiera pas d’administrer le pays, enchaîner des réformes comme on donnerait des solutions toutes faites à notre peuple. L’action, en ces temps, est jumelle du rassemblement, du respect, de la considération, de l’Association de tous. C’est pourquoi il nous faut tous ensemble inventer une méthode nouvelle, loin des rites et chorégraphies usées par laquelle nous pourrons seul bâtir un nouveau contrat productif, social et écologique. Car rassembler et pacifier ne saurait signifier accepter de ne plus rien faire ou oublier nos responsabilités. En partageant les objectifs, les ambitions, les responsabilités au niveau national, en faisant travailler ensemble le Gouvernement, son administration, le Parlement, les partenaires sociaux, les associations et en associant partout à travers le pays l’ensemble des forces vives politiques, économiques, sociales et culturelles pour décider et faire, en planifiant, en réformant, en associant, je suis sûr que notre pays peut en même temps décider de grandes ambitions nationales et libérer la créativité et les initiatives partout dans le pays. Surtout, ce sera là le fondement de la renaissance démocratique dont notre pays a besoin. Elle sera bien entendu aussi institutionnelle et politique, mais elle doit être en acte et dans la pratique de chaque jour et chacun aura sa part de responsabilité ».

Ensuite, comme toujours, il faudra veiller à la qualité de l’exécution… (voir : « Conduite du changement : Faut-il être Jupiter pour transformer ? » ).

En mai 2022, lors du tout premier Conseil des ministres du gouvernement d’Élisabeth Borne, Emmanuel Macron a déclaré qu’on l’avait souvent présenté en Jupiter et que son défi était désormais de devenir Héphaïstos, le dieu grec des forgerons, Vulcain, celui qui assouplit la matière première brute pour la rendre malléable et opérationnelle[1]. Début juin, dans une interview à la presse régionale, il ajoutait : « Les Français sont fatigués des réformes qui viennent d’en haut. Ils ont plus de bons sens que les circulaires. Paris doit être au service du terrain ».

Mais ce changement radical de posture est-il vraiment une découverte récente ? Sur le sujet de la conduite du changement, l’un des meilleurs livres est celui d’un praticien, Jean Paul Bailly, qui a dirigé la RATP (tiens ! comme Mme Borne après lui) et le Groupe La Poste, l’une des entreprises qui s’est le plus radicalement transformée ces dernières années. Le livre s’appelle « Réformez par le dialogue et la confiance », et il est préfacé par un jeune ministre de l’Economie, pas encore président[2]. Il faut relire cette préface : tout était là, déjà.

Alors, à quoi va ressembler la forge Macron ? Dans son interview à la presse quotidienne régionale du 3 juin 2022, le président de la République réélu trace quelques pistes, à partir d’une nouvelle instance, le Conseil national de la refondation (par analogie avec le CNR, Conseil national de la résistance, porteur du projet social de l’après-guerre), qui réunirait « les forces politiques, économiques, sociales, associatives, des élus des territoires et de citoyens tirés au sort »[3].

Cet objet gouvernemental non identifié reflète la confusion actuelle : Emmanuel Macron croit qu’il a besoin d’une méthode de déploiement de son projet, alors que ce qui lui manque c’est le projet lui-même.

Ce mystérieux Conseil national de la refondation se réunirait d’abord sur le thème prioritaire, le pouvoir d’achat, puis sur la production, sur le plein-emploi, sur l’écologie et enfin sur les services publics. Une fois encore, l’écologie apparaît comme un thème à part, loin de la promesse de le voir irriguer l’ensemble des enjeux.

Debat Grand debat national mars 2019 Macron 300x200 1

Au vu des suites données par l’exécutif à la gigantesque concertation du Grand débat et à l’accueil qu’il a réservé aux préconisations émises par la Convention citoyenne sur le climat, c’est sûr, une troisième tentative s’impose. J’ai bien compris ?

La transition écologique

La transition écologique, cela intéresse surtout les jeunes (voir : « Qui a peur des sustainable natives ? »). Oui, ceux que l’on a confinés durant des mois pour protéger les vieux (voir : « Coronavirus : triple peine pour la jeunesse et camouflet pour le développement durable »).

Mais les jeunes, cela ne vote pas. Le 24 avril 2022, Emmanuel Macron a été réélu avec 58.5 % des voix, un résultat sans appel mais sur fond d’abstention record (28%) depuis 1969. L’institut de sondage Ipsos Sopra Steria a publié son enquête sur le profil des abstentionnistes du second tour : près de 40% des moins de 35 ans ne se sont pas rendus aux urnes. Pourtant, les jeunes n’ont jamais été aussi engagés : « Youth for climate », manifeste pour le Réveil écologique, marches pour le climat, engagements associatifs et au niveau local… L’abstention n’est donc pas le symptôme d’un désintérêt de la part des jeunes pour la politique mais plutôt la signification que ces derniers ne voient plus dans le vote un moyen d’expression démocratique utile. Dans un entretien publié dans le quotidien Le Monde après le premier tour, le sociologue Vincent Tiberj, spécialiste des comportements électoraux, estime que les thèmes « chers aux jeunes » – l’environnement, mais aussi les inégalités sociales et l’éducation – n’ont pas été suffisamment abordés pendant la campagne. C’est le chien qui se mord la queue, j’ai bien compris ?

Le développement durable, sujet majeur pour notre avenir collectif, semble évacué de la campagne électorale et il est un peu facile d’imputer cet effacement à la guerre en Ukraine ou aux problèmes de hausse des prix des matières premières agricoles et énergétiques. En 2019, Reporters d’espoir avait calculé que seulement 3,8 % des sujets de la presse quotidienne nationale évoquaient le climat. Dans les matinales radio, le taux tombait à 1 % en moyenne.

Si la campagne du premier tour des Présidentielles a été très faiblement tournée vers les enjeux écologiques, la mobilisation de Quota Climat, qui réclamait au moins 20 % du temps du débat de l’entre-deux tours consacré au climat a permis de faire (légèrement) progresser le sujet : 17 minutes du débat Macron-Le Pen étaient consacrées au « climat », sous la forme d’un échange caricatural sur les éoliennes et le nucléaire. Un comptage réalisé au 22 février 2022 a permis de quantifier à 2,7 % seulement le temps de parole des débats présidentiels accordés à la crise climatique dans les médias (télévision, radio, presse écrite et médias en ligne) ! Or, l’enjeu de l’information est d’autant plus crucial que le sujet du développement durable prête le flanc à la désinformation (voir : « Le développement durable en pleine infox »).

Pourtant, du grand meeting d’entre-deux tours (des Présidentielles) d’Emmanuel Macron à Marseille, le 16 avril 2022, on a bien retenu que « le quinquennat sera écologique ou ne sera pas ». On a bien entendu ? Dans son discours, il a mentionné 43 fois l’écologie en une heure trente, d’après le décompte de l’émission « Quotidien ». On a bien compté ?

Il est donc parfaitement logique que la Première ministre soit directement en charge de la « Planification écologique et énergétique »[4], ce qui permet à cette dernière d’irriguer toutes les politiques publiques et d’intégrer naturellement les exigences du développement durable à toutes les réformes. « L’écologie doit être au cœur de toutes les politiques, » expliquait déjà le chef de l’État lors de son discours de Marseille en prônant ce « changement de paradigme ». C’est la mise en œuvre, à l’échelle de l’Etat, du principe de la RSE transformative, que je soutiens dans les entreprises depuis 2011 (voir : La RSE transformative).

Mais la Première ministre croît-elle au développement durable ? Dans sa première grande interview une fois désignée, elle parle avant tout de concertation. « Ce maître mot reviendra inlassablement dans notre entretien de près d’une heure, de la réforme des retraites au pouvoir d’achat, de la santé à l’éducation, » nous dit le journaliste qui a recueilli ses propos. Elle insiste sur « le dialogue avec les acteurs [qui] sera notre méthode sur les deux chantiers prioritaires que sont la santé et l’éducation »[5]. Mais où donc est passée la transition écologique dans ces priorités ?

Son sens de l’Etat et sa connaissance du sujet ne sont pas en cause, comme en témoigne son passé : ancienne préfète, conseillère au ministère de l’éducation nationale sous Jospin et Lang, directrice de cabinet de Ségolène Royal à la transition écologique entre 2014 et 2015, Présidente Directrice Générale de la RATP de Mai 2015 à juin 2017, puis sous Macron, ministre des Transports depuis juin 2017, puis de la Transition Écologique depuis juillet 2019, et enfin du Travail depuis juillet 2020.

Mais qu’en est-il de ses convictions ? Lorsqu’elle dirigeait le ministère de la transition écologique entre juillet 2019 et juillet 2020, on lui reconnaît de s’être déclarée (à titre personnel…) en faveur de la limitation de vitesse à 110 km heure sur les autoroutes. Mais je remarque que son bilan à la tête de ce ministère est plutôt marqué par des suppressions (dont certaines sont parfaitement légitimes) que par des avancées : report de dix ans du début de la fin du nucléaire, suppression de 2.000 équivalents temps plein au ministère de l’Écologie[6], mise à l’arrêt définitif de la centrale de Fessenheim et du projet EuropaCity, au nord de Paris.

Par ailleurs, le fait de lui avoir attaché deux ministres, Amélie de Montchalin, en charge de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires et Agnès Pannier – Runacher, en charge de la Transition énergétique, contredit le message de cohérence et crée de la fragmentation. Pour avoir passé un bon nombre d’heures dans les ministères pour plaider la cause du développement durable, je sais que ce qui compte est moins la personnalité du ministre que le poids de son administration face à Bercy. Alors qu’on avait réussi à sortir l’Energie du territoire de Bercy pour le ramener à l’écologie grâce à Jean-Louis Borloo au moment du Grenelle, on fragmente à nouveau le ministère de l’Ecologie.

Lorsque Élisabeth Borne dirigeait le ministère de la transition écologique et solidaire, Amélie de Montchalin était secrétaire d’État aux Affaires européennes et négociait au côté d’Emmanuel Macron avec les 27 autres états membres la neutralité carbone de l’Europe en 2050, l’un des grands succès du premier quinquennat. Mais on peut se souvenir aussi que durant la législature terminée en juin 2022, elle siégeait comme députée avant de rejoindre le gouvernement et à ce titre, a voté contre l’interdiction du glyphosate, contre l’incitation à l’huile de palme, contre l’interdiction des pesticides à proximité des habitations, contre l’indemnisation des victimes de pesticides. Certes, la « discipline de vote » prévaut au sein du groupe majoritaire, mais on a du mal à distinguer une volonté d’imposer les exigences de la transition écologique.

De son côté, Agnès Pannier-Runacher, ministre de l’Industrie dans le précédent gouvernement sera, comme son titre l’indique, tournée vers la production énergétique. Elle « aura pour mission de sortir la France des énergies fossiles », détaille la Première ministre dans une interview, de « mener une politique fondée sur le renouvelable et le nucléaire » et de travailler sur les économies d’énergie[7].

Le terme d’« écologie punitive » fréquemment utilisé comme repoussoir par le gouvernement, met deux choses en évidence :

  • Il sous-entend que l’on peut rester dans les limites de l’Accord de Paris sans changer fondamentalement les modèles de production et de consommation, sans bousculer nos modes de vie, ce qui est manifestement faux.
  • Il n’envisage le développement durable que comme une contrainte alors qu’il est aussi une source d’opportunités, qui ne demandent qu’à être activées (voir : « Le développement durable contre l’emploi ? » ).

Il faut donner à cette nouvelle équipe le bénéfice de l’ampleur de sa tâche. Mais il est étrange que malgré l’urgence, elle ne se soit pas emparée des grandes questions. Quelle sobriété voulons-nous ? Quelles restrictions de notre confort matériel sommes-nous prêts à accepter ? Sur quels objectifs de décarbonation les entreprises doivent-elles s’engager ? Quel modèle énergétique doit en découler ? Voilà les questions essentielles… qui étrangement, ne sont pas posées. Le politique semble tétanisé devant les citoyens, dont la maturité sur ces questions est plus avancée.

On ne va quand-même pas bousculer les Français en posant les bonnes questions. J’ai bien compris ?

Les enjeux du logement

Bon, alors, si je comprends bien, on avait une ministre du logement, Emmanuelle Wargon, mais on n’en a plus car ce qui est important, c’est le pouvoir d’achat. Il me semble pourtant que le logement représente le premier poste de dépenses des français (dépassant même 50% pour les Français les plus modestes) et celui qui a le plus augmenté (plus que doublé en moyenne depuis le début des années 1960). Mais ceci ne mérite pas l’attention pleine et entière d’un ministre, j’ai bien compris ?

Logement Part dans les depenses des menages 1959 2019 INSEE 300x275 1

C’est vrai que si on fouille les attributions, on découvre que le logement est noyé dans celles d’Amélie de Montchalin, qui s’occupe aussi de 2 ou 3 petites choses comme la transition écologique, les transports, la cohésion des territoires, l’urbanisme, la nature et la biodiversité.

Les confinements et le télétravail ont rendu le logement encore plus central dans nos vies. C’est la clé des politiques de transition écologique, de réduction des inégalités, de prévention en santé. Mais ceci ne mérite pas l’attention d’un ministre à part entière. J’ai bien compris ?

Ce n’est pas très grave car comme chacun sait, le premier quinquennat Macron a été un franc succès sur le logement. En 2017, il avait promis un choc de l’offre pour remédier à la pénurie de logements en zone tendue, et donc faire baisser les prix. Au contraire, la construction de logements neufs a reculé de plus de 15 % pendant son mandat, pour tomber à 380.000 permis, son plus bas niveau depuis vingt ans ; les prix des logements anciens ont augmenté de 23 % en moyenne sur la durée du quinquennat, et les loyers de 50 % en dix ans.

Certes, la pandémie de Covid n’a pas aidé. Certes, il se murmure qu’un remaniement après les Législatives pourrait être l’occasion de corriger cette erreur. Un retour d’Emmanuelle Wargon ? Ou bien d’autres noms qui reviennent, comme celui de Mickael Nogal, ex député LREM de Haute-Garonne parti comme délégué général de l’Ania (syndicat professionnel de l’agroalimentaire) en février 2022, ou celui d’Olivier Klein, maire socialiste de Clichy-sous-Bois et président de l’ANRU. Mais pourquoi passer un message aussi contre-productif, laissant supposer que le logement est un enjeu annexe ?

En ponctionnant les ressources du logement social, l’Etat l’a privé de 6 milliards d’euros, qui auraient pu permettre de produire 200.000 logements sociaux de plus.

Alors, franchement, à quoi bon un ministre du logement ? J’ai bien compris ? (voir : « Le travail et l’entreprise, passagers clandestins des campagnes présidentielles »).

Conclusion (provisoire)

Ecoutons Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU en mai 2022 :

« Certains gouvernements et responsables d’entreprises disent une chose et en font une autre. Pour le dire simplement, ils mentent. Les climatologues avertissent que nous sommes déjà dangereusement proches de points de basculement qui pourraient entraîner des impacts climatiques en cascade et irréversibles. Mais les gouvernements et les entreprises fortement émetteurs ne se contentent pas de fermer les yeux, ils ajoutent de l’huile sur les flammes ».

Le GIEC nous démontre que nous n’avons plus que 2 à 3 ans pour agir. Emmanuel Macron le sait : il l’a lui-même affirmé durant son meeting de Marseille : « Nous avons entendu deux messages : d’abord que l’environnement doit être au cœur de notre campagne et des années à venir, ensuite celui des plus grands scientifiques du monde entier avec le rapport du GIEC. Nous avons trois ans pour tenir les engagements des accords de Paris, pour léguer une planète vivable ».

Mais la dure réalité est que les entreprises sont en retard dans leur transformation (voir : « Climat : les Conseils d’administration sont loin du compte ») et que nous n’avons plus le temps de tergiverser (voir : « De la COP aux lèvres : avons-nous encore le temps ? »).

Pourtant, le nouveau gouvernement ne manifeste aucun sens de l’urgence. L’enthousiasme du meeting de Marseille s’est estompé, lorsque le candidat Macron s’écriait : « Le GIEC nous demande d’aller deux fois plus vite, donc vous savez quoi ? On va le faire ! » Dans son interview à la presse quotidienne régionale du 3 juin 2022, le président de la République confirme des intentions élevées mais propose des actions concrètes qui sont loin d’être à la hauteur : « J’ai fait le choix de mettre l’écologie au cœur du gouvernement. Pour la première fois sous la V e République, la Première ministre est chargée de la planification écologique. C’est dans son titre, et ça va tout irriguer. Nous allons commencer dès cet été avec la loi pour faciliter les projets d’énergie [pour créer plus facilement des champs d’éoliennes] et dès la rentrée en engageant le déploiement de capteurs de qualité de l’air dans les écoles ». Comme si les travaux disponibles, ne serait-ce que les propositions issues de la Convention citoyenne sur le climat, ne donnaient pas déjà les réformes à entreprendre de toute urgence…

La fonction des campagnes électorales n’est pas (en tout cas pas seulement) de brandir des slogans et des intentions, mais de mettre en débat les enjeux majeurs et leurs conditions de résolution. On devrait débattre actuellement des conséquences du réchauffement climatique et des enjeux sociaux, de leurs implications pour les ménages, les collectivités territoriales et les entreprises. Ce débat serait de nature à donner ensuite au gouvernement la puissance et la légitimité pour agir. Car on sait que les actions nécessaires ne seront pas cosmétiques…

Seule la NUPES autour de Jean-Luc Mélenchon, anime réellement la campagne, sur les thèmes de l’écologie et du social. Mais ses propositions sont à mes yeux tellement irréalistes qu’il est vain d’en tenir compte. Je vous recommande à ce propos la lecture du rapport de Guillaume Hannezo pour Terra Nova « La grande peur de gagner »[8]. Ce rapport a donné lieu à un débat contradictoire entre économistes plutôt charpenté sur Twitter, ce qui est rare.

Du côté des forces politiques qui inscrivent leurs propositions dans le réel, en dehors des polémiques anecdotiques habituelles, nous assistons à la campagne électorale la plus discrète de l’histoire, la campagne Tefal, celle sur laquelle rien n’accroche (selon l’expression du sondeur Brice Teinturier), menée par les candidats en « RAS campagne » (selon le titre du quotidien Libération).

Il me semble pour résumer, que la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron, seule à même d’agir efficacement dans les années qui viennent, part avec deux handicaps : celui de la crédibilité et celui du pouvoir d’agir. Les quatre étonnements que je partage dans cet article sont aussi quatre effarements. Mais ils sont autant d’occasions de poursuivre le débat en faveur d’une réelle prise en compte du développement durable, un vrai sport de combat !

A ce stade, au-delà de mes étonnements, le diagnostic me semble clair : certains disent que le deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron est mal parti. Je trouve plus juste de dire qu’il n’est pas parti. J’ai bien compris ?

Martin RICHER, consultant en Responsabilité sociale des entreprises,
Management & RSE

Pour aller plus loin :

Sur les sujets qui ont animé la campagne présidentielle : « Le travail et l’entreprise, enjeux du duel des Présidentielles 2022 »

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[1] D’après Le Figaro, 4 juin 2022

[2] Jean Paul Bailly, « Réformez par le dialogue et la confiance », Éditions Descartes&Cie, Septembre 2016, préface d’Emmanuel Macron

[3] Interview d’E Macron à la PQR, 3 juin 2022

[4] La formulation est tout de même étrange puisque la transition énergétique est évidemment une composante de la transition écologique.

[5] Le Journal du Dimanche, 22 mai 2022

[6] D’après les chiffres d’Adrien Quatennens, député LFI du Nord

[7] Entretien au Journal du Dimanche, 22 mai 2022

[8] Guillaume Hannezo, « Politique économique à gauche : la grande peur de gagner », Note Terra Nova, 19 mai 2022


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