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Dialogue avec ma librairie

Photo librairie 2

C’est un joli samedi à flâner dans les ruelles étroites. En ces temps de jours glacés et raccourcis de l’hiver, seule la Rumeur des crêtes est allumée à Cadenet, village du Vaucluse. La petite librairie indépendante est nichée au coin de la rue. Dans la vitrine, je vois un livre à la couverture rose qui critique la 5G (1). J’ai déjà une pile de livres en retard à bouquiner, mais pas grave. On entre distraitement, avec deux amies et mon hamac sous le bras. Sur les étagères en bois, une petite guirlande lumineuse cerne des centaines et des centaines de bouquins alignés. Au milieu de cette valse de tranches colorées, des livres de voyages et de vagabonds. On va passer un bon moment. Une copine me tend Les Monologues du vagin, d’Eve Ensler. Derrière le comptoir, Sandrine, cheveux courts, yeux heureux et lunettes rondes posées sur la tête, tend simplement l’oreille. C’est quoi ce bouquin, déjà ? « Une série de témoignages de femmes sur leur vagin, c’est très beau », ajoute-t-elle simplement. « On essaie d’instaurer une relation avec le lecteur d’attention et d’écoute, sans leur sauter dessus, poursuit Antoine, 34 ans. On veut créer un lieu le plus ouvert possible, car tout le monde ne passe pas la porte d’une librairie. Pas seulement une bibliothèque idéale avec des livres qui résonnent en nous, même si elle reflète quand même nos aspirations politiques. On ne peut pas s’en empêcher. »

La coop à deux

Ouverte en août dernier, la petite librairie a été façonnée par Sandrine et Antoine en Scop (Société coopérative ouvrière de production). Les deux amoureux de la bouquine sont leurs propres patrons. Pour prendre les décisions, « on parle, on exprime les trucs qui ne nous vont pas, on voit comment l’autre le reçoit et on ajuste. C’est de la bonne entente, du consensus ». L’occasion pour eux « d’être entourés par les livres qui comptent pour [eux] et de les défendre avec tact ». Dans un coin, on trouve un super rayon féministe. Dans un autre, un kiosque à journaux alternatifs. Au sous-sol, on y trouve des bandes dessinées engagées, un jeu coopératif contre l’extrême-droite édité par les antifas et encore un pot de cyclamens posé sur la bibliothèque. En tout, pas moins de 7 000 livres sont proposés. À la Rumeur des crêtes, on est « pas des experts en livre, que des tout petits lecteurs ». Lire est quelque chose que l’on doit et que l’on aime faire. « Quand je me lance dans un livre de 400 pages, il me faut bien une semaine, dix jours, explique Antoine. Certains libraires te filent des complexes, mais ça reste des humains. Bien souvent, ils parcourent les livres vite fait. »

Que vive la librairie de fond !

La Rumeur des crêtes est une librairie comme ça. Elle tourne toujours avec un fond de livres indéboulonnables, proposés au gré des goûts personnels de nos deux libraires. Un stock qui permet aussi de soutenir de petites maisons d’édition. « On veut avoir en permanence des livres importants que l’on ne voit pas partout et que tous les comptables te disent qu’il ne faut pas vendre. Pourtant, quand un de ces livres part dans d’autres mains, ça nous fait plaisir. » Une librairie de fond qui ne sacrifie pas tout son espace pour vendre des nouveautés grand public. Antoine adore balader son esprit dans les essais de sciences humaines. Il conseille également de la fiction, comme Le poids du ciel de Jean Giono, un roman où « l’humanité va se vautrer dans un conflit complètement inutile et qui interroge la place de nos petites destinées dans l’univers ».

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