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EACOP : tout comprendre à ce projet d’oléoduc géant de TotalEnergies

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Depuis 2006, l’or noir situé en abondance sous le lac Albert, en Ouganda, fait l’objet de toutes les convoitises. On y a découvert la présence de l’équivalent de 6,5 milliards de barils de pétrole brut, dont 2,2 récupérables. C’est le géant français TotalEnergies ainsi que le chinois Cnooc (China national offshore oil corporation) qui exploiteront l’essentiel de ce nouveau filon. Nom du projet : EACOP.

L’Oléoduc de Pétrole brut d’Afrique de l’Est transportera le pétrole brut des rives du lac Albert, depuis la ville Kabaale en Ouganda. Il traversera ce pays et la Tanzanie jusqu’au port de Tanga, situé sur la côte Est dans la péninsule de Chongoleani. Cela représente un énorme tuyau chauffé sur 1 443 km. Les caractéristiques physiques du pétrole du projet Tilenga nécessitent en effet qu’il soit maintenu à 50 °C durant son transport. Sur son chemin, il traversera pas moins de seize aires naturelles protégées. Un chantier pharaonique qui forcera plus de 100 000 personnes à quitter leurs terres, selon les estimations des ONG locales.

400 puits de forage pour donner vie à EACOP

Le projet prévoit la création de six champs pétrolifères. Tilenga prévoit aussi le forage d’environ 400 puits à partir de 31 emplacements, dont une partie dans l’aire naturelle protégée des Murchison Falls en Ouganda. L’objectif est d’extraire entre 190 et 220 000 barils par jour et de le transporter via ce qui sera le plus grand oléoduc chauffé au monde, si l’EACOP voit le jour. Estimation de la pollution : 33 millions de tonnes de CO2 par an !

16 aires naturelles protégées défigurées par l’EACOP

Concernant les aires naturelles mises en danger par EACOP, cela concerne notamment le Parc national des chutes d’eau de Murchinson, la réserve des chimpanzés de Budongo ou encore la steppe de Wembere. Des espaces clés pour la biodiversité, avec une faune et une flore riche mais en danger et qu’il faut protéger. Lions, antilopes, singes… autant d’espèces qui s’épanouissent dans ces régions et que l’oléoduc, véritable verrue en pleine nature sauvage, pourraient bien déranger.

Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), ce projet va “contrevenir à au moins deux grands engagements internationaux, la Convention sur la biodiversité et la Convention de Ramsar sur les zones humides.” L’Union dénonce une menace contre les espèces animales. Et l’éventualité d’une contamination des deux plus grandes réserves d’eau douce d’Afrique de l’Est (les lacs Victoria et Albert). Conséquence : cela pourrait empêcher l’accès à l’eau potable et à la nourriture pour plus de 40 millions de personnes.

De son côté, l’Institut suédois de l’environnement estime, pour sa part, que le projet EACOP va à l’encontre de l’Accord de Paris pour le climat (COP21). “Il pourrait émettre au moins 33 millions de tonnes de CO2 par an, soit plus de trente fois les émissions annuelles de l’Ouganda et de la Tanzanie réunis “​. Une pollution supplémentaire qui va totalement à l’encontre des dernières directives du GIEC, qui plus est.

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Des banques qui hésitent à financer le projet mais…

Pour donner vie à ce projet, TotalEnergies, les compagnies pétrolières nationales d’Ouganda et de Tanzanie et Cnooc ont créé une holding. Celle-ci est détenue à 62 % par le français, à 30 % par les deux compagnies pétrolière locales et à 8 % par le chinois. Mais se pose encore la question de son financement. Au global, le projet global représente un investissement de 10 millions de dollars (8,8 milliards d’euros). Si trois grandes banques – la Standard Bank (Afrique du Sud), la Sumitomo Mitsui (Japon) et la Banque industrielle et commerciale de Chine – sont engagées dans le projet, la holding peine à boucler son tour de table.

En raison de la pression des ONG et des médias du monde entier, de plus en plus de banques et réassureurs se désengagent du projet. Rien qu’en avril 2022, pas moins de six banques ont jeté l’éponge dont les françaises BNP Paribas, Société Générale et Crédit agricole. De même que Barclays et HSBC. Au total, plus d’une quinzaine de banques ont fini par se rétracter. Ou du moins fait mine de le faire.

En effet, le 12 mai dernier, ces mêmes BNP Paribas, Groupe Crédit Agricole et Société Générale, ainsi que Natixis, ont accordé à TotalEnergies un prêt revolver (renouvelable) de 8 milliards de dollars. Ce crédit n’est pas dédié à un projet en particulier. Ce qui n’empêche en rien le géant français des énergies de financer ainsi le projet EACOP… Un chèque en blanc qui fait tâche. Mais tout pourrait encore changer lors de l’Assemblée générale du 25 mai 2022 de TotalEnergies. À condition que les actionnaires se mobilisent suffisamment contre ce projet décrié.

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