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Éco-anxiété et solastalgie : quand la crise écologique empêche de dormir

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Publié le 12 juillet 2021

ENVIRONNEMENT

L’éco-anxiété, inquiétude liée à la crise écologique, explose et touche en particulier les jeunes, angoissés par leur avenir dans un monde au climat déréglé. C’est une réaction normale face à l’ampleur de l’enjeu, explique la psychothérapeute et spécialiste du sujet Charline Schmerber. Mais cette angoisse peine a être reconnue en France. 

Canicules, feux de forêt, inondations, dôme de chaleur au nord-ouest du continent américain… Face à l’explosion des catastrophes climatiques, l’éco-anxiété, ou dépression liée à la crise écologique, touche toujours plus de personnes. En 2018, 85 % des Français se déclaraient inquiets, dont 29% “très inquiets“, face aux conséquences du dérèglement climatique selon un sondage de l’institut IFOP. Un constat partagé par la psychothérapeute spécialisée Charline Schmerber, dont le cabinet à Montpellier est rempli depuis maintenant deux ans. Depuis le début de la pandémie de Covid-19, elle a parallèlement observé une recrudescence des demandes. “Les gens ont pris conscience que la crise écologique avait un impact sur leur vie quotidienne“, a-t-elle constaté.

L’éco-anxiété regroupe des réalités diverses. “Si ce terme est beaucoup utilisé dans les médias depuis quelques années, il n’est pas le plus adapté, souligne la psychothérapeute qui a réalisé une étude sur le sujet en 2019.  Il enferme dans une seule émotion, l’anxiété, alors que les patients ressentent une multiplicité de sentiments comme la colère, l’impuissance, la tristesse ou la culpabilité“. Elle lui préfère le terme de solastalgie, lié à une forme de dépression relative au constat que le monde est en train de changer, “que la cascade dans laquelle on se baignait enfant est asséchée, ou pour les agriculteurs, que les récoltes ne sont plus les mêmes qu’avant“, détaille la spécialiste. 

L’éco-anxiété une réaction “normale”

Mais l’éco-anxiété n’est pas une pathologie, précise la psychothérapeute. “C’est une réaction émotionnelle normale compte tenu de la situation et l’ampleur de l’enjeu. Je dirais d’ailleurs que celles et ceux qui ne sont pas éco-anxieux ne sont simplement pas assez informés.” Elle constate par ailleurs que les personnes travaillant dans le secteur de l’environnement, “confrontées directement aux chiffres“, sont particulièrement touchées par ce qui est souvent considéré comme le “mal du siècle“.

L’éco-anxiété prend ses racines dans l’incertitude, l’impossibilité d’envisager l’avenir et de se projeter. “Les jeunes sont les premiers touchés“, ajoute la thérapeute. La tendance est confirmée par le sondage réalisé par IFOP : les personnes âgées de 18 à 24 ans sont plus nombreuses à se dire préoccupés par la question climatique (93%), que les aînés, où l’inquiétude est élevée mais moins unanime (80% chez les 65 ans et plus). 

Un mal encore peu traité

Alors que la thématique a fait l’objet de nombreuses études dans les pays anglophones, et notamment en Australie, l’éco-anxiété est encore peu connue et étudiée en France. “Je reçois des mails où l’on me demande des recommandations de praticiens. Certains me disent que les professionnels vers lesquels ils se sont tournés leur expliquent qu’il n’y a pas de problème, ou que celui-ci est à chercher du côté de leur relation avec leurs parents…“, regrette Charline Schmerber.

En psychologie, l’éco-anxiété n’est pas encore étudiée sur les bancs de l’Université. Mais les lignes commencent à bouger progressivement, sous l’influence des étudiants en psychologie qui réalisent des mémoires cliniques sur le sujet. “Ce n’était pas très bien accueilli au départ” a témoigné la psychothérapeute. Pour faciliter l’accompagnement des patients, la spécialiste travaille actuellement à la création d’une association regroupant un réseau de professionnels, qui donnera accès à un annuaire listant les praticiens spécialisés. Il devrait être disponible à la fin de l’année.

Pauline Fricot, @PaulineFricot 

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