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Écoconception : les dessous de la fabrication des produits Decathlon

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Entre une découpe de tissu et une modélisation 3D, les ingénieurs et designers des marques Queshua, Wedze et Forclaz peuvent observer le Mont-Blanc – pour l’instant – enneigé. Nous sommes au Moutain Store, à Passy, le centre de conception de Decathlon spécialisé dans les sports de montagne. C’est ici que l’une des enseignes préférées des Français invente son futur. Le mot d’ordre ? Réduire les émissions de CO2. Les points clés des rapports du GIEC sont rappelés dans une affiche colorée, accrochée au mur des open-space parmi des dessins d’enfants et des schémas de tentes et de sacs de randonnée.

Pour y arriver, il y a une deadline : 100% de produits éco-conçus d’ici 2026. “C’est demain !”, lance Raffele Duby, responsable Développement durable du groupe, qui est présent dans 70 pays. La tension est palpable, un mélange de fierté à l’égard des progrès déjà réalisés mais aussi de conscience du travail qui reste à abattre. L’aventure a commencé il y a onze ans, avec une polaire à base de polyester recyclé, le premier produit écoconçu de la marque. Depuis, de nouveaux procédés ont fait leur apparition et Decathlon considère qu’un quart de ses produits pour la montagne sont d’ores et déjà écoconçus.

Design centre Chamonix

Le centre de conception Decathlon situé à Chamonix, spécialisé dans les sports de montagne, met en avant ses pratiques d’écoconception. FB

“Nous abandonnons les couleurs flashy”

Bleu turquoise, corail, vert sapin… Une vingtaine de teintes compose la palette utilisée par Decathlon. Mais celle-ci doit évoluer pour se recentrer sur des couleurs plus écologiques. “L’écoconception par la teinture est un levier majeur. Nous abandonnons dans un premier temps les couleurs flashy au profit des couleurs pastel, plus économes”, explique Estelle Laboulle, ingénieure produit chez Queshua, marque spécialisée dans la randonnée.

L’ingénieure déplie la nouvelle tente “2 Seconds Easy”. Le blanc grisé utilisé est en réalité la couleur de la matière brute. “Le grège, une couleur sans teinture, économise 15% de CO2 et 12% d’eau dans la confection de la toile”, précise l’ingénieure. Les tonalités bleues de la tente se basent aussi sur un procédé plus écologique, la teinture appelée ‘dope-dyed’, réalisée dès la fabrication du fil, qui économise beaucoup d’eau, et le biton, un tissage de fils teints et non-teints. Seul un liseré turquoise n’est pas écoconçu. “L’écoconception ne nous prend pas plus de temps, elle s’intègre dans le processus habituel de conception, assure Estelle Laboulle.

Tente decathlon démo

Estelle Laboulle, ingénieure produit chez Queshua, présente la tente “2 seconds easy” écoconçue grâce à sa toile de couleur grège. FB

“Minimal editions local”, l’écoconception ultime

Direction maintenant la salle de prototypage, où les machines à coudre et découpeuses remplacent les ordinateurs portables. Elle est clé pour tester les modèles et les procédés de fabrication. Sur une table, une toile kaki et marron contient déjà les traits de pliage. C’est un tissage Jaquard utilisé pour la gamme “Minimal editions local”, l’exemple ultime de l’écoconception. La production est réalisée en Europe, avec des matières recyclées et les zones s’usant vite tels que les coudes sont renforcées. “Nous évitons également les pertes de matières grâce à un bon patronage”, indique Emmanuelle François, cheffe de produit textile chez Queshua.

Résultat : le pull réduit de 70% les émissions de CO2 par rapport à une production en Asie et sans matières recyclées. Cependant, la gamme de prix est supérieure. “Le mix énergétique européen représente près d’un tiers des émissions de CO2 évitées, mais la production coûte 5 fois plus cher en Europe et 10 fois plus cher en France”, explique Delphine Dupré, ingénieure produit chez Forclaz, marque spécialisée dans le trekking. Cette gamme sera proposée dans de nombreux Decathlon, mais ne remplacera pas l’ensemble des produits. Car pour l’enseigne, les prix doivent rester bas. “Nous essayons au maximum de ne pas répercuter les prix de l’écoconception”, explique Emmanuelle François.

Sacs Décathlon

Bertrand Stopin, ingénieur produit chez Forclaz, manipule les pièces détachées d’un sac de randonnée : des mousses et des boucles d’attache. FB

Concilier l’écoconception et la performance sportive

L’équation entre l’écoconception et la performance sportive reste délicate. Pour vivre plus longtemps, les matières imperméables doivent être épaissies, ce qui les rend plus lourdes. Pour les sacs, la matière imperméable n’est épaissie que pour les gammes déjà destinées à des charges lourdes. Autre exemple de compromis, le coton recyclé s’abîme plus vite que le coton classique, c’est pourquoi Decathlon fait le choix de ne pas en inclure plus de 30% dans ses produits en coton.

Il faut aussi jongler entre les paramètres environnementaux. “Depuis 2018, nous avons basculé toute la gamme de nos vestes en polyester en polyester recyclé, mais l’inconvénient de cette matière est qu’elle ne résout pas le problème des fuites de microplastiques”, poursuit Emmanuelle François. Decathlon étudie donc le “hotspot”, le moment de la vie du produit où il est prioritaire d’agir, entre sa fabrication et ses lavages en machine.

Les critères environnementaux, aussi importants que le budget

Pour être labellisé écoconçu, un produit doit répondre à au moins un des critères fixés par Decathlon. Par exemple, réduire l’impact carbone de 10% par rapport au modèle précédent ou allonger sa durée de vie de plus de 30%. Un produit peut aussi être considéré comme écoconçu si ses matières principales sont composées d’au moins 70% de polyester recyclé, de 90% de coton biologique… Decathlon s’est toutefois fait rappeler à l’ordre par l’Autorité des marchés de consommation aux Pays-Bas, en septembre 2022, pour un usage abusif du terme “écoconception”. L’enseigne travaille sur une meilleure explication de ses critères en attendant un encadrement par les pouvoirs publics.

“On ne peut plus séparer l’environnement des métiers de conception. Les données extra-financières prennent la même importance que celles du budget. Cela ajoute de la complexité, mais il faut le faire”, explique Raffaele Duby, responsable du développement durable de Decathlon. Les produits sont responsables de 80% du bilan carbone du groupe, qui s’est engagé à réduire de 20% des émissions de gaz à effet de serre, sans compensation, entre 2021 et 2026. Près d’un tiers de ces réductions doivent provenir de l’écoconception. Actuellement, 60 salariés de Decathlon travaillent à temps plein sur les sujets environnementaux. En plus, 150 référents écoconception sont désignés au sein des équipes de conception.

Fanny Breuneval

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