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Écologie contre xénophobie : les médias mènent-ils la danse de l’opinion publique ?

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Publié le 17 septembre 2021

Au vu de la place médiatique prise par les agitateurs d’idées xénophobes comme Éric Zemmour et de l’écolo bashing défendu par Valeurs Actuelles, on pourrait conclure que l’écologie est mal partie pour jouer un rôle de premier plan dans le jeu électoral français. Pourtant les préoccupations environnementales montent et les Français semblent espérer qu’elles puissent prendre la place qu’elles méritent dans le débat.  

Le bruit médiatique du moment donne une place phénoménale aux thèses d’Éric Zemmour, son livre, sa suspension d’antenne et ses interdictions de prénoms. Créature de CNews chaine façonnée d’une main de fer par Vincent Bolloré au ton résolument réactionnaire, anti-écolo et climato sceptique, le polémiste a réussi à faire porter sa voix suffisamment loin pour qu’il soit testé dans les sondages sur les Présidentielles jusqu’à 10 % des intentions de vote. Comment ses imprécations ont-elles pris tant d’importance dans le paysage médiatique ? Par le sésame qui ouvre les portes du PAF (Paysage Audiovisuel Français) : l’audience.

Les passages quotidiens d’Éric Zemmour à 19 H sur CNews ont fait passer cette tranche horaire de 80 000 à 800 000 personnes au pic d’audience de son émission. Logiquement les médias concurrents en ont déduit que diffuser cette petite musique qui porte Marine Le Pen sans même qu’elle fasse campagne, permettait de multiplier les audiences par dix ! Ils l’ont mis à leur programme à travers le choix des invités appelés à commenter en boucle une actualité avec un message simple : les éoliennes, Me too et les flux migratoires sont les trois calamités qui se sont abattues sur la France et qu’il faudrait pulvériser. Pour personnifier ce débat c’est Alain Finkielkraut, intellectuel anti-tout, contre Sandrine Rousseau, candidate aux Primaires EELV, devenue l’incarnation du mouvement d’idées voué aux gémonies sur les antennes qui font ce choix. Elle est ainsi à la une de Valeurs Actuelles cette semaine !

La première conséquence de leur stratégie est de donner très peu de temps d’antenne au rapport du GIEC, aux catastrophes climatiques de l’été qui permettent de prendre la mesure des impacts du changement climatique. Cela limite drastiquement l’exposition des citoyens français aux faits scientifiques et aux informations vérifiées. Le fait que ce soit sur des chaines diffusées gratuitement via la TNT aggrave le phénomène auprès d’une population pour qui c’est toujours le principal canal d’information.  

Les scores de la Primaire écologiste

Mais ces chasseurs d’audience ont-ils raison ? Première alerte, l’abstention massive aux Régionales a invalidé toutes les hypothèses émises à longueur d’antenne sur le fait que le Rassemblement national allait rafler jusqu’à trois Régions et que la sécurité est en tête des préoccupations des Français. Seconde alerte, les scores faits par les débats de la Primaire écologiste, organisés sans battage médiatique et à des horaires difficiles sont plutôt bons. Sur France Info à midi, un dimanche ensoleillé, ils ont réuni près de 160 000 spectateurs, sur LCI près de 200 000 pendant trois heures. Ils ont pu entendre les idées défendues par les candidats écologistes qui partagent deux idées fortes : l’insécurité est d’abord environnementale et sociale et le modèle économique actuel productiviste et consumériste étant pour eux insoutenables, ils défendent des projets alternatifs. La Primaire écologiste organisée sur Internet jusqu’à dimanche a du coup battu un record avec 120 000 participants.

Mais le score qui compte vraiment c’est celui du nombre de voix que rassemblera effectivement Éric Zemmour, figure de proue du mouvement xénophobe, s’il est candidat face à un ou une candidat(e)  écologiste qui sera désigné (e) par les Primaires ? La future main mise de son principal soutien, Vincent Bolloré, sur des médias français à forte audience comme Europe 1, Paris Match ou le Journal du Dimanche, peut laisser craindre que les thèses xénophobes l’emportent. Le poids médiatique que leur donne Éric Zemmour est colossal mais les derniers scrutins électoraux, ont relativisé le phénomène. Les faiseurs d’audience devraient méditer les résultats des élections norvégiennes. Le vainqueur est un social-démocrate qui prône la fin des énergies fossiles dans un pays qui doit sa richesse au pétrole. Le changement climatique a été un thème central de la campagne. Qui a dit que les Français ne souhaitaient pas la même chose ? 

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic

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