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Écriture inclusive : soyons provocateurs·trices

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Justement, je veux profiter de ce dernier édito de l’année pour évoquer… l’écriture inclusive ! Au sein de la rédaction, c’est un sujet sensible, du genre de ceux qui déchirent les familles aux réveillons. Mes collègues Lisa et Nicole (1) sont pour. Clément, c’est quand ça lui chante. Et Fabien est carrément contre. Quand il tombe sur un point médian, il grogne, fronce les sourcils et se tord la bouche comme s’il allait rendre son déjeuner.

Au final, la seule règle qui a été trouvée est la suivante : chaque journaliste l’applique, ou pas, selon son envie et ses convictions (2). Personnellement, je l’applique. J’essaye, en tout cas, notamment après m’être aperçu que je visualisais surtout des hommes (3) en lisant par exemple que « les manifestants étaient nombreux ». Je me souviens aussi de ma fierté complètement déplacée lorsque, écolier, j’avais entendu la maîtresse expliquer que « le masculin l’emporte sur le féminin ». Déjà que la cour de récré, avec son grand terrain de basket au milieu, était à nous, les garçons, voilà que la sainte grammaire nous accordait encore un privilège… Ça me donnait un peu l’impression d’être né du bon côté.

Et puis en novembre 2016, en lisant un formidable mensuel du nom de L’âge de faire (n° 113), j’ai appris que cette règle avait été énoncée par un grammairien du nom de Claude Favre de Vaugelas, qui l’expliqua ainsi, au XVIIe siècle : « Le genre masculin étant le plus noble, il doit prédominer chaque fois que le masculin et le féminin se trouvent ensemble. » Je t’en foutrais, de la noblesse !

Il y a encore quelques raisons qui ont motivé mon choix, mais qu’importe : le résultat est là, j’utilise l’écriture inclusive. Et croyez bien que ce n’est pas toujours de gaieté de cœur, car ce n’est pas toujours simple, et que je ne veux pas faire fuir les « lecteur·rices ». Or, on est d’accord, « lecteur·rices », c’est moche, ça écorche la rétine, et on ne peut pas s’en satisfaire. Mais on ne peut pas non plus se satisfaire de l’invisibilisation de la moitié de l’humanité. « Moi, j’écris des livres entiers avec un point médian toutes les 4 pages. (…) Les gens qui ne connaissent pas les bonnes techniques peuvent en mettre beaucoup », explique la professeuse (4) émérite de littérature Éliane Viennot (5). C’est peut-être ça, la solution : apprendre les bonnes techniques. Allez, on inscrit ça à nos résolutions de 2022, et on en reparle dans un an : si ça se trouve, on sera tou·te·s d’accord !

Nicolas Bérard

1- Les lecteurs et lectrices attentives (accord de proximité) auront néanmoins noté l’absence de Nicole Gellot dans ce numéro 169 : c’est que notre collègue est à la retraite depuis 15 jours ! Nicole, si tu nous lis : salut !

2- J’allais écrire que « chacun·e fait comme iel veut », mais ça aurait pu passer pour une provocation auprès de mon collègue masculin.

3- « Hommes » au sens « êtres de sexe masculin », et non pas au sens englobant d’« humains ».

4- Oui, « professeuse ». Éliane Viennot a choisi d’utiliser ce mot qui était employé couramment jusqu’au XIXe siècle. « Ça fait partie de ces mots tout à fait français, tout à fait bien formés, comme “chanteuse”, “danseuse”, qui ont été critiqués, voire condamnés par des messieurs qui pensent que ce genre de professions est fait pour les hommes » (3), explique-t-elle.

5- Sur Mediapart, le 18 novembre 2022.

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