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[Édito] Afghanistan : la guerre perdue de l’alternative aux Talibans

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Publié le 16 août 2021

La spectaculaire reconquête de l’Afghanistan par les Talibans après 20 ans de guerre, montre l’impuissance de la coalition internationale à implanter un modèle alternatif. Les Américains, qui y ont déversé des milliards de dollars, ont alimenté la corruption et la domination de chefs de guerre sans permettre de créer un État et des institutions fortes capables de défendre les femmes fonctionnaires policières, enseignantes… L’empowerment que Joe Biden estime leur avoir apporté, les rend d’autant plus vulnérables face au retour d’un obscurantisme si difficile à combattre.

La guerre perdue d’Afghanistan, déclenchée après le 11 septembre 2001, est bien plus qu’une défaite militaire pour les États-Unis et leurs alliés. Lancée pour lutter contre le terrorisme qui cible modèle occidental, elle n’aura même pas permis d’implanter un modèle alternatif suffisamment solide dans le pays pour que les citoyens afghans et plus particulièrement les femmes bénéficient de formations, d’accès aux soins et de droits minimaux. Comment les moyens colossaux mobilisés ont-ils abouti à cet échec spectaculaire ?

Adam Baczko, chercheur au CNRS spécialiste de l’Afghanistan et de la formation des institutions dans un contexte de guerre, montre dans ses travaux la puissance destructrice d’un modèle qui n’a pas respecté l’État afghan préexistant né au XIXe siècle. Les forces de la coalition ont au contraire contribué à mettre en place un système de spéculation foncière bénéficiant à une petite élite et dopé la corruption, principale gangrène du système afghan qui s’est effondré à l’approche des Talibans. Il explique que “l’Afghanistan constitue un lieu privilégié d’observation des transformations de souverainetés de plus en plus superposées, fragmentées, externalisées, privatisées et floues car l’intervention occidentale implique des forces armées étrangères, des organisations internationales, des ONG, des entreprises privées et des agences nationales de développement dont les différences ne sont pas claires“.

Il souligne “qu’elles partagent le même modèle de gestion, rejettent toute forme de régulation et de coordination et court-circuitent régulièrement l’administration afghane en fonctionnant autour de Kaboul avec un réseau d’expatriés“. Cette vision du développement, en plaquant des modèles qui n’ont pas prouvé leur efficacité, est liée à une méconnaissance du terrain. La représentation tribale du pays sur lequel les soldats américains ont plaqué les mêmes schémas qu’avec les Indiens d’Amérique, a joué un rôle important qui les a conduits à s’allier aux chefs de guerre pour mieux éliminer leurs ennemis talibans au détriment de la population, prise en otage.

Villes et campagnes

Facteur aggravant du bilan désastreux de la guerre afghane : elle a consolidé un narco-État alors que la culture de l’opium avait été quasi éradiquée dans les années 2000. Elle représenterait aujourd’hui 20 à 30 % du PIB afghan et alimente quasi exclusivement le marché européen de l’héroïne.

Tout le paradoxe afghan est résumé par Solène Chalvon Fioriti, grand reporter experte de l’Afghanistan, qui évoque l’immense responsabilité occidentale : “La coalition en 20 ans a permis de créer une classe moyenne qui n’existait pas. Elle a formé des archéologues, des professeurs, a construit des facultés, des instituts et formé des fonctionnaires, des femmes juges, policières qui sont maintenant exposées à toutes les exactions“. Mais elle souligne que ce mouvement n’a existé que dans les grandes villes et n’a pas tenu compte de la réalité du pays où les valeurs conservatrices, talibans ou pas, sont encore largement dominantes.

Les avions qui décollent de l’aéroport de Kaboul auxquels s’accrochent des centaines d’Afghans sont mis en parallèle aux États-Unis avec le bourbier vietnamien dont ils se sont piteusement échappés après 20 ans de guerre sans victoire. Il semblerait que ces défaites au goût amer ne leur aient pas appris grand-chose sur les guerres modernes qui sont d’abord économiques et culturelles et pour lesquels le modèle occidental n’a pas de capacité naturelle à l’emporter.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic

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