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Enfants et écrans, un juste équilibre à trouver

Enfants et ecrans

Considérés par certains comme les responsables de nombreux maux, les écrans sont pourtant des dispositifs d’apprentissage et de développement efficaces pour les enfants. Quels sont les réels risques ? Quels sont les enjeux ? Youmatter se plonge dans cette relation complexe entre enfance et usage des écrans.

Les frères Lumière proposent dès 1895 la première projection gratuite sur grand écran. Une passion de l’humain pour la représentation, l’image, la projection qui aboutira au déploiement d’une véritable culture de l’écran.

D’abord réservé à un nombre très restreint de foyers – on ne compte que 3794 postes de télévision en 1950 – les écrans se sont aujourd’hui déployés dans l’ensemble des sphères sociales, à toutes les échelles, et pour tous les usages. 

Smartphones, tablettes, télévisions, consoles de jeu, ordinateurs, dès le plus jeune âge les individus sont soumis à une omniprésence des écrans. Un français possède en 2021 plus de 5 écrans par foyer. Un ménage français moyen n’est pourtant composé que d’un peu plus de deux personnes. 

Un usage plus soutenu des écrans, un problème pour les enfants ?

Ce déploiement massif et rapide de ces nouveaux médiums, et la démocratisation d’internet dans les ménages, s’est accompagné en parallèle de comportements néfastes et dangereux pour les enfants et les adolescents. La sédentarité qui en résulte est donc problématique tant sur le plan physique que psychologique. Tout temps passé devant les écrans est un temps perdu pour d’autres activités de développement – sports, sorties culturelles, contacts sociaux… 

Les enfants et les adolescents âgés de 3 à 17 ans passeraient en moyenne 3h par jour devant les écrans. Un rapport de 2017 de l’Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale (Anses) alertait sur les risque sanitaires liés à la sédentarité. 49 % des jeunes de 11 à 17 ans présenteraient des risques élevés, « soit plus de 4h30 de temps écran journalier et/ou moins de 20 minutes d’activité physique par jour ».

En plus des problèmes physiques, l’usage de l’écran de plus de 2 à 3 heures par jour participerait d’après une étude à une qualité de vie et une santé mentale dégradée chez les adolescents.

Mais certaines sorties médiatiques récentes ont aussi participé à brouiller la bonne compréhension d’un sujet aussi complexe. Elles ont attisé, consciemment ou par maladresse, des craintes sur des prétendues conséquences néfastes des écrans sur la santé et le développement des enfants. 

De la corrélation à la causalité

De nombreuses voix ont par exemple mis en garde contre les conséquences des jeux vidéo violents sur les jeunes joueurs et joueuses. En 2018, l’ancien Président des Etats-Unis Donald Trump avait tenté de faire porter le chapeau de la tuerie de Parkland (Florida) au secteur vidéoludique. La violence montrée à l’écran, notamment dans le jeu de guerre Call of Duty, aurait motivé le tueur à passer à l’acte.

La vérité veut qu’il n’existe pas aujourd’hui de consensus dans la communauté scientifique sur cette question. Aucune étude ne permet d’établir avec certitude un lien de causalité entre un jeu vidéo violent et des comportements agressifs. Certains enfants jouant aux jeux vidéo violents ont des comportements brutaux, c’est une corrélation qui peut être faite. Mais cela ne veut pas dire que le jeu vidéo est responsable de cette violence.

Dans son analyse des données scientifiques sur les effets de l’exposition des enfants et des jeunes aux écrans, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) souligne différentes conclusions sur le sujet : « Bien qu’une majorité de chercheurs aient plaidé en faveur d’une telle association (jeux vidéo violents et agressivité), d’autres prétendent que les preuves existantes étaient erronées à de nombreux égards, peut-on lire dans le rapport, plus que la violence des jeux, l’interaction entre cette violence et la compétition qu’ils instaurent serait prédicteur de l’agressivité des jeunes joueurs ».

Au contraire, d’autres observations font consensus, notamment que les répercussions négatives de l’exposition aux écrans sur le sommeil, de l’enfance à l’adolescence. Dans ce cas, la causalité n’est plus à démontrer étant donné la densité d’études scientifiques parvenant aux mêmes résultats. « L’usage des médias, quel que soit le média, que ce soit juste avant de dormir, mais aussi un usage journalier >2h après l’école sur chaque support ou 4h en tout, entraîne significativement une latence d’endormissement ≥ 60 min et un déficit en sommeil ≥ 2h », indique l’HCSP. 

Tandis que certains constats font consensus dans la communauté scientifique (sommeil, facilité d’accès à des contenus violents ou pornographiques…), d’autres postulats méritent encore d’être approfondis (développement cognitif, conséquences sur la vision…).

L’exposition des enfants aux écrans est, in fine, à étudier au cas par cas, tant sur les conséquences que sur le type d’écran utilisé (télévision; ordinateur; console).

L’écran n’est pas le seul facteur 

Un autre point d’accroche dans l’espace médiatique concerne notamment les répercussions des écrans sur les résultats scolaires. Des titres évocateurs et souvent peu nuancés simplifient et invisibilisent les raisons exactes des disparités entre les jeunes étudiants. Si les effets délétères d’une surexposition aux écrans restent indéniables, le problème principal ne réside finalement pas tant dans la durée d’exposition que dans l’usage des écrans qui en est fait.

De nombreuses études, référencées par l’HCSP, révèlent que « l’association entre le temps d’écran et les résultats scolaires des enfants mettent en évidence que les enfants les plus vulnérables sont les enfants qui passent beaucoup de temps sur internet et sur les réseaux sociaux sans objectif ciblé vis-à-vis de leur performance scolaire ». En revanche, les jeunes étudiants qui utilisent Internet et les écrans dans le cadre de leurs études auront globalement de meilleurs résultats scolaires. 

Des résultats scolaires inférieurs ne peuvent donc être imputés aux seuls écrans. L’environnement familial, le mode de vie, le genre, la classe sociale, l’âge…, sont autant de facteurs de vulnérabilité pour les plus jeunes. 

Un mauvais usage peut accroître des comportements néfastes pour les personnes les plus vulnérables, mais l’écran en lui-même n’est pas fondamentalement mauvais. De nombreuses études concluent que les écrans peuvent aussi faciliter l’apprentissage des enfants et leur développement. 

Mais alors que faire pour avoir une utilisation raisonnée ?

Un besoin d’accompagnement

Le manque de sensibilisation et d’accompagnement des parents face à l’omniprésence des écrans est un point soulevé par Alexandra Christides, Directrice générale de la Fédération nationale des écoles des parents et des éducateurs (Fnepe) dans un article, « le principal motif de consultation des parents auprès des EPE [Écoles des parents et des éducateurs ] n’est plus aujourd’hui la réussite scolaire mais la consommation d’écrans des ados et, de plus en plus, celle des enfants, notamment de moins de 3 ans ». 

Un encadrement dans l’usage des écrans indispensable dans les foyers pour le développement des enfants mais qui reste très inégalitaire selon les familles.

Comme l’HCSP le rappelle, « la consommation des écrans constitue un excellent traducteur de la socialisation pratiquée par et dans les différentes configurations familiales ». Cependant, cette relation entre environnement familial des enfants et consommation des écrans reste encore partiellement étudiée, du fait du nombre de facteurs à prendre en compte.

Selon les conclusions de l’HCSP, les bonnes pratiques des écrans et du numérique doivent devenir une des préoccupations majeures des gouvernements. Cela passera notamment par une meilleure compréhension des usages dans les foyers et en dehors, et la création d’une relation de confiance entre les parents et l’enfant, non pas par une interdiction totale des écrans et du numérique, mais par une utilisation saine et diversifiée de ces différents médias. 

Photo par Kelly Sikkema depuis Unsplash.

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