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Entre progrès et fragilité le paradoxe de notre humanité



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Les recherches biomédicales, en matière de génétique, d’embryologie, de biologie moléculaire…
 
Elles portent entre autres sur les prélèvements et les greffes d’organes ainsi que sur les prothèses ; sur le contrôle de la douleur et sur les modifications des comportements ; sur les méthodes de procréation assistée : le don de gamètes (l’insémination artificielle par sperme du donneur et le don d’ovocytes), la fécondation in vitro suivie de transfert d’embryon, le don d’embryon, la maternité de substitution.
 
Plus spécifiquement, la fécondation in vitro amène l’embryologie dans des domaines, souhaités par les uns, redoutés par les autres, tels que la parthénogenèse, le clonage, la création d’individus hybrides interspécifiques, la détermination du sexe de la descendance (1).
 
S’ajoutent tous les champs d’investigation du génie génétique, lequel projette les biotechnologies dans des secteurs multiples, les bactéries mutantes destinées à protéger du gel les cultures, la création de banques de gènes grâce aux méthodes de recombinaisons de l’ADN. Plus les xénotransplantations et les xénogreffes. Sans oublier les recherches portant sur la modification des gènes du vieillissement.
 
Ordre et puissance des réponses efficaces apportées à la souffrance physique et psychique, à la malnutrition, aux perturbations climatiques, aux déséquilibres agroalimentaires, à la gestion des déchets et de la pollution…
 
Tout en même temps, ici aussi, désordre et impuissance dus à l’apparition de nouvelles sources pathogènes par un ADN recombinant, aux manipulations incontrôlées de la carte génétique, aux phénomènes de rejet, au glissement de l’eugénique à l’eugénisme, au risque de pandémie, aux dérives démographiques de tous ordres, aux aléas de la médecine prédictive…
 
Ainsi, le futur sans limites des nanotechnologies et les promesses technoscientifiques portées par la médecine anti-âge, la médecine régénératrice, les biotechnologies et les nanotechnologies procurent l’illusion qu’il est possible d’agir contre la mort jusqu’à la faire disparaître…(2)
 
Amortalité ou mythe de la longévité sans fin, cyborg ou mort programmée, médecine de résurrection, hybridation humain/machine, immortalité informationnelle, éternité congelée…
 
Principe universel de l’identité de notre humanité, posé par les Anciens : « Tous les hommes sont mortels » (3) nos démocraties, où chaque décès prend l’allure d’une défaite scientifique, apparaissent comme politique de l’immortalité.
 
Transmutation radicale du sens donné à la procréation et à la transmission, rupture fondamentale sur le plan anthropologique qui détruirait l’ordre générationnel, fondamental à notre humanité.
 
Nouvelle forme de vivre-ensemble centrée sur l’obsession de la santé et du contrôle sécuritaire, déséquilibre démographique (4)… cette nouvelle société irait-elle jusqu’à s’affranchir du lourd carcan de la mortalité en franchissant les frontières de l’espèce humaine à proprement parler ?
 
Ainsi, la certitude du progrès et de la croissance se heurte, non sans obstination, en cette période de Covid 19, à l’incertitude de la fragilité, de la précarité et de l’imprévisibilité.
 
Ann Defrenne-Parent
Présidente ENTRORGER

Notes

  1. LAFONTAINE C., La société post-mortelle, La mort, l’individu et le lien social à l’ère des technosciences, Paris, Seuil, 2009.
  2. KAHN A., PAPILLON F., Le Secret de la salamandre. La médecine en quête d’immortalité, Nil Ed., 2005.
  3. CASTORIADIS C, Ce qui fait la Grèce, Paris, Seuil, 2002.
  4. YONNET P., Le Recul de la mort. L’avènement de l’individu contemporain, Gallimard, 2006.

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