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Environnement, ce que nous demande la Chine


Menacée d’être privée du gaz russe, l’Union européenne a soudainement pris conscience que les discours et la bonne pensée écologiques n’étaient pas suffisants pour lutter contre le réchauffement climatique, et qu’elle allait devoir se montrer héroïque pour atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés, c’est-à-dire un continent décarboné à l’horizon 2060. 
 
Après le sommet de Versailles, pour la Commission européenne, qui d’ici trois mois doit proposer un programme d’action, c’est une gageure, car dans l’urgence et sur un sujet sensible, elle doit prendre en compte les contraintes naturelles et les impératifs politiques propres aux 27 pays qui la composent. Rien d’impossible cependant, car pour arbitrer et proposer, elle peut s’appuyer sur une référence : le plan de décarbonation de la Chine. 
 
 
Certes en valeur absolue, la Chine est le plus grand émetteur de gaz carbonique au monde, mais c’est là une donnée sans signification. Car c’est la production de carbone par tête qui mesure l’appétence, sinon la goinfrerie, des nations, et selon ce critère la Chine est une nation raisonnable qui se classe à mi-chemin entre la France exemplaire et l’Allemagne, émettant deux fois moins de CO² que les Etats-Unis. 
 
Sans doute a-t-il fallu attendre 2005, et la préparation des Jeux olympiques pour que Pékin prenne conscience de l’urgence environnementale, mais sa détermination est totale. La Chine, premier producteur et consommateur d’énergie dans le monde est en tête de toutes les courses environnementales : n° 1 pour l’énergie hydraulique, 356 millions de kW, mais aussi pour les éoliennes, 210 millions de kW, et encore pour l’énergie photovoltaïque, 204 millions de kW et la biomasse, 23,69 millions de kW. C’est donc en prenant appui sur des bases solides, qu’avec l’adoption du 14ème plan le Parti communiste, et derrière lui le pays, se sont donné pour objectif de parvenir à la neutralité carbone en 2060. 
 


Le modèle chinois

C’est une transformation en profondeur de la Chine qui est initiée, un projet complexe à très long terme, dont le succès est conditionné par des engagements réglementaires et matériels à effets lointains, programmés très en amont. Ce qui ne peut se faire qu’en s’appuyant sur une base scientifique et technique rigoureuse ; la politique doit accepter de se trouver subordonnée à la science. 
 
Le gouvernement chinois prend appui sur un modèle en trois volets enchaînés :  quelle peut, quelle doit être l’évolution à la baisse du volume de gaz à effet de serre émis, réalisable et suffisante pour contenir le réchauffement, comment devront évoluer en conséquence les parts des différentes sources d’énergie, et enfin quels doivent être les programmes industriels à l’origine des nouveaux moyens de production qui rendront possible cette évolution.
 
Le paramètre directeur des scénarios est l’évolution des volumes de gaz carbonique émis. Des volumes qui auront pour origine les trois principales sources d’énergie primaires polluantes : le charbon, le pétrole et le gaz. Les volumes émis iront décroissant à mesure que les efforts portant sur les économies d’énergie feront leur effet, mais à l’inverse ils seront impactés par la progression de la production et des consommations qui accompagnent les progrès de la société.
 
Deux scénarios ont été étudiés. Le premier limite l’accroissement de la température moyenne à l’horizon 2060 à 2 °C, le second, beaucoup plus exigeant, ne concède qu’une surchauffe de 1,5 °C. La figure suivante rend compte de la décroissance des volumes produits par grande catégorie d’usage : production d’électricité, constructions, transport, etc.

Environnement, ce que nous demande la Chine


 Chaque secteur de l’économie doit être décarbonée selon un scénario propre. Outre de spectaculaires économies d’énergie, de nouveaux modes de production, où l’électricité se substituera aux hydrocarbures, doivent être trouvés pour chacun d’entre eux.
 
 
Ainsi la production d’électricité sera appelée à doubler à moyen terme, mais cela devra être rendu possible alors que les centrales au charbon et aux hydrocarbures disparaîtront. Les modes de production s’en trouvent bouleversés et la figure suivante en rend compte. 

Environnement, ce que nous demande la Chine


Les hydrocarbures et même le charbon n’ont pas complètement disparu, le programme doit donc être complété par des capacités renforcées d’élimination ou d’absorption du gaz carbonique.
 
 
Le spectre énergétique de la Chine à l’horizon 2060, où deux-tiers de la production sont de l’énergie « verte », ne peut qu’alarmer l’Europe qui ne dispose pas des mêmes atouts que la Chine. Sa géographie, son étendue, les fleuves qui la traversent et ses immenses déserts secs, lui permettent de jouer sur des potentiels de production vent, eau, soleil. L’Europe ne peut pas compter sur les mêmes potentialités. Pour être « propre » l’Europe va devoir se tourner délibérément vers le nucléaire.


L’Europe nucléaire

La filière nucléaire attire tous les regards, haineux tout autant que confiants. Ici il est nécessaire de considérer la contribution du nucléaire sous le strict contrôle de la rationalité. L’approche chinoise peut servir de modèle.
 
Pour s’assurer de la neutralité carbone, Les modèles énergétiques prévisionnels font savoir qu’au moins 500 GW sont nécessaires. Sachant que la puissance moyenne d’une centrale moderne se situe autour de 1 250 MW il apparait immédiatement que 40 centrales sont attendues d’ici 30 ans ; quatre centrales mises en service tous les trois ans.
 
C’est à partir de là que peuvent être calculées les dimensions approximatives d’un programme nucléaire européen. En proportion, la demande nucléaire sera plus grande qu’en Chine, puisque la part du renouvelable sera moindre. Mais en regard, la demande énergétique totale devrait être moitié moindre compte tenu des populations et des niveaux de vie respectifs.  Il faut également tenir compte de l’impréparation et du retard pris dans le nucléaire, hors la France, en Europe, si bien qu’en régime de croisière, au moins une centrale nucléaire EPR devrait entrer en service tous les ans en Europe, peut-être même trois tous les deux ans.


Le prix de l’air

Tout cela a un coût. Il a été évalué pour la Chine, par le ministère de l’Écologie et de l’Environnement, sur les trente prochaines années, à plus de 100 trillions de yuans (13 000 milliards d’euros), soit approximativement une année de PIB, qui devront être dépensés pour « verdir » les sources d’énergie primaire.
 
Chaque année 2,3% du PIB chinois seront affectés à la lutte contre les gaz à effet de serre. Le prix à payer sera du même ordre en Europe.
 
C’est ce qu’il va falloir accepte pour se trouver en tête dans la course à l’environnement. Toutes les grandes puissances vont s’y trouver engagées. La Chine peut espérer terminer première si elle tient la cadence qu’elle s’est fixée, un sprint de quarante ans. L’Europe est son challenger, les États-Unis a priori loin derrière.
 
Quant à la récompense, c’est le climat qui en décidera. Si malgré le réchauffement, il demeure supportable, le tempo modéré de l’Occident restera acceptable, si au contraire il se dégrade, donnant naissance à d’insupportables déséquilibres, il permettra à une Chine exemplaire de se poser en modèle pour la planète.

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