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Erving Goffman ou la mise en scène théatrale


Erving Goffman ou la mise en scène théatrale

Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs.
Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles. »

William Shakespeaere.


La vie comme “scène de théâtre”

Les textes de Erving Goffman ont comme objet d’étude, la communication en tant que scène de théâtre où les acteurs sont en représentation, cherchent à se positionner, jouent, et s’investissent dans une scène publique (décor, contexte, cadre, terrain), avec des rites et des règles qui leur permettent de préserver la face, et celle des autres. La présentation de soi étudie la manière dont les gens gèrent l’image qu’ils transmettent d’eux-mêmes par leur comportement lorsqu’ils se trouvent face à un public.Les relations en public étudient la manière dont les gens se comportent sous le regard de l’autre.

En effet, chaque individu dans sa vie personnelle (cellule familiale) et sociale (relations publiques) ne se comporte pas toujours de la même manière; il va adapter ses gestes, comportements, le son de sa voix, sa communication verbale et non verbale, en fonction du contexte et de son interlocuteur, afin d’être au plus juste de ce que l’on doit attendre de l’échange entre les deux parties. Le sociologue se focalise ainsi sur les interactions entre individus, en soulignant les contraintes et les risques qu’elles font peser chacun que les stratégies déployées par acteurs pour y faire face. L’individu va donc en toute circonstance jouer un rôle qui correspond au contexte  (entreprise, usine, boutique, bureau, maison…) et à la situation (degré de proximité, nombre d’intervenants), adaptant son style et ses paroles, en fonction de la personne qui se trouve face à elle, afin de rendre l’échange agréable et intéressant. La réalisation consiste par conséquent, pour l’acteur à exprimer, pendant l’interaction, ce qu’il souhaite communiquer, de manière à pouvoir accomplir sa tâche.


Jeu d’acteurs et contexte

Dans ce jeu d’acteurs, l’analyse du contexte et la mobilisation de de certaines ressources (décoration, tables, chaise, mobilier, objets, vêtements, fond sonore.. ) sont propices à construire le jeu relationnel entre les différents acteurs.Pour E. Goffman, l’acteur a les ingrédients ou « appareillages symboliques » suivants. La façade est un concept clé pour le sociologue car c’est ce qui permet de définir la situation que l’acteur veut donner. Le décor où se déroule l’interaction, est généralement fixe. Il assure la stabilité de la situation. La façade personnelle est l’ensemble des signes distinctifs de la fonction (accessoires, objets, vêtements, attitude, manière de parler). Généralement le décor et la façade personnelle se fondent.  De nombreux exemples sont présentés par le sociologue, pour illustrer ces propos et montrer de quelle manière l’individu en toutes circonstances, va user de rôles distincts pour faire face aux différentes situations de la vie quotidienne (famille, travail, amis, société),pour créer un espace de communication tranquille et maîtrisé.
 

Par exemple, dans un cadre intimiste (contexte familial), l’individu face à son enfant, va opter pour le rôle de père, avec cela que sous-tend en termes d’autorité et de responsabilité, mais aussi en matière d’émotions et de sentiments (amour paternel).
 

Inversement, dans une relation professionnelle, l’individu en tant que représentant d’une entité économique (dirigeants d’entreprise, cadre, manager) va se comporter avec une plus grande retenue (apparence, forme, politesse, bienséance) et se concentrer sur le fond (contenu, message, technicité), face ses clients et fournisseurs.C’est aussi le cas pour le médecin qui utilisera le regard et un ton solennel, pour accentuer la gravité, le sérieux, et sa légitimité de médecin.

Il en est de même de la relation entre un professeur et ses étudiants. Dans un cours, un enseignant, pour susciter l’attention et l’intérêt de son auditoire, va se mettre dans un rôle de transmetteur et d’animateur. Il va chercher à capter l’attention, à intéresser et impliquer son public, à répondre aux questions de l’apprenant. Par conséquent, les étudiants sont intégrés dans le bon déroulement du cours ou de la conférence: la pertinence de leurs questions, leur intérêt, leur approbation vont déterminer la qualité de la transmission et produire des discussions-débats qui correspondent aux attentes des différentes parties. En effet, le succès d’une conférence n’est pas le résultat d’une démarche individuelle. La mobilisation des étudiants, l’ambiance, leur nombre, les questions, les réactions ou leur silence vont impacter la nature et la portée de la prestation. Ce sont en effet ce type d’interventions (questions, réactions, relances) qui vont permettre de légitimer l’action du professeur, son aura, et la diffusion d’appréciations favorables. Ainsi, l’acteur qui entre en jeu avec les autres dans le cas de négociations commerciales ou d’un cours, va conduire à enrôler les acteurs dans la même pièce. Les étudiants sont ainsi intégrés dans cet ordre social, auxquels ils participent pleinement.


Conclusion

Le grand mérite d’Erving Goffman est d’avoir su montrer que que la communication ne se résume pas à une partie d’échange, de va-et-viens (séquence actions/réactions), mais s’apparente davantage à une représentation théâtrale, ou une symphonie d’un orchestre,où chacun est en représentation et acteur de la pièce qui se déroule et peut difficilement y échapper.

En assimilant le monde social à un théâtre, l’interaction à une représentation, et les individus en présence à des acteurs ou à un public, Erving Goffman permet d’étendre le périmètre de l’interaction bien au-delà des simples paroles prononcées sur scène. Au théâtre, comme dans l’interaction, le sociologue souhaite insister sur les accessoires, le décor, la manière de jouer, la distribution des acteurs dans l’espace, la nature et l’attitude du public, en montrant les enjeux, les contraintes et les risques pour les différents acteurs. En effet, au théâtre comme dans la vie, si l’acteur ne joue pas son rôle, ou si son jeu est parsemé d’erreurs, la représentation sera considérée par le public comme un échec, à la façon d’un vendeur qui voit se détériorer sa relation client. La communication entre deux êtres va au delà du message, elle est l’occasion de multiples petites cérémonies, dont la fonction est d’assurer l’ordre social à travers différentes règles institutionnelles (rites, habitudes, coutumes, transmissions, pratiques).


Pour aller plus loin

Goffman, E. (1963), Comment se conduire dans les lieux publics, Economica, Paris.
Goffman E. (1968), Asiles, Paris.
Goffman, E. (1973), La mise en scène de la vie quotidienne. Tome 1. La présentation de soi. Paris: Editions de minuit.
Goffman, E. (1974), “Perdre la face ou faire bonne figure?”, Les rites d’interaction, 7‑42.
Goffman, E. (1984), Les rites d’interaction, Paris: Les éditions de minuit.
Cefaï, D., Perreau, L. (2012), “Erving Goffman et l’ordre de l’interaction”, CURAPP-ESS, Centre universitaire de recherches sur l’action publique et le politique-Epistemologie et sciences sociales.

 

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