fbpx

Euro 2021 : quand les stades de football se transforment en arènes politiques pour ou contre Black Lives Matter

https://www.novethic.fr/fileadmin/Euros-2021-Belgique-russie-Anatoly-Maltsev-_-POOL-_-AFP.jpg

Publié le 15 juin 2021

Des joueurs à genoux, des applaudissements et des huées descendus des tribunes, des supporters qui se déchirent sur Twitter… Le mouvement Black Live Matter s’est invité à l’Euro 2021 et une partie des équipes nationales, comme l’Angleterre, la Belgique, la France, ont décidé de s’agenouiller avant chaque match pour montrer leur soutien. L’Ukraine de son côté a décidé de s’emparer de l’évènement sportif majeur pour manifester contre la Russie. De plus en plus, le sport devient une arène politique où les sportifs se font porte-parole de causes importantes.

Ça y est, c’est ce soir, mardi 15 juin, que nos Bleus entrent en lice dans cet Euro 2021. Ils affronteront les ogres allemands. Si la rencontre est très attendue par les supporters, c’est l’avant-match qui occupe les discussions. Les joueurs français ont annoncé qu’ils poseraient un genou à terre avant le coup d’envoi. Ce geste est un soutien au mouvement Black Lives Matter et représente la lutte contre les discriminations raciales. 

Pendant l’Euro, ce sont les Anglais qui ont inauguré ce geste vendredi 11 juin lors de leur rencontre contre la Croatie à Wembley. Malgré les appels aux soutiens de la Fédération anglaise, quelques sifflets sont descendus des tribunes. Le lendemain, ce sont les Belges qui ont posé genou à terre lors de leur rencontre contre l’équipe russe, à Saint Pétersbourg. Cette fois-ci, les sifflets ont été très fournis. Les Pays-Bas ont décidé pour leur part de ne pas l’imposer à leurs joueurs pour respecter la conscience de chacun. Pour la Hongrie, c’est hors de question, explique le Président Viktor Orban. Il dénonce “un business de l’agenouillement. Je ne pense pas que ces choses-là aient leur place sur le terrain“. Il ajoute que cette repentance doit être réservée aux anciens pays esclavagistes.

Soutien du gouvernement français

La France, elle, a choisi de se joindre au soutien à Black Lives Matter. Interrogé sur le sujet, c’est le capitaine Hugo Lloris qui l’annonce sobrement : “Apparemment c’est prévu, donc c’est oui“. Une partie des politiciens de droite et d’extrême-droite le déplorent. “Je demande à l’équipe de France de dire très clairement qu’il ne peut en aucun cas être interprété comme un geste à l’égard de l’action magnifique que les forces de sécurité intérieure réalisent en France“, juge le maire LR de Nice Christian Estrosi. “Black Lives Matter, c’est un drame mais c’est un drame qui s’est passé aux Etats-Unis, c’est un drame qui s’est passé avec la police américaine. La police française n’a jamais eu ces dérives“, explique pour sa part, le candidat RN en PACA Thierry Mariani.

Ce même débat s’enflamme sur Twitter entre “pros et antis” génuflexion à travers le hashtag #BoycottEquipeDeFrance en tête des tendances sur le réseau social depuis le début de la journée. Pour le gouvernement, il n’y a aucun doute sur la nécessité de s’associer à ce geste symbolique. La Ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a expliqué ce 15 juin que l’Exécutif venait d’ailleurs “d’inscrire dans la loi pour les principes de la République l’engagement du mouvement sportif aux côtés de l’État pour lutter contre ce fléau” qu’est le racisme.

Direction le Qatar

Cette polémique autour de Black Lives Matter a un peu éclipsé une autre manifestation de joueurs, celle des Ukrainiens. L’équipe nationale a disputé le premier match de son histoire en coupe d’Europe le 13 juin (une défaite face aux Pays-Bas). Les joueurs portaient sur leur maillot une carte de l’Ukraine incluant la Crimée, annexée en 2014, par la Russie. Ils affichaient le slogan “Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros !”. La Fédération de Russie s’en est plaint auprès de l’UEFA à qui elle a demandé de faire interdire ce “message politique”.

Que le sport s’empare de grandes causes n’est pas nouveau. Le poing levé des Black Panthers sur le podium de Jeux Olympiques en 68, le boycott des JO de Pékin par certains athlètes en 2008, le baiser entre deux femmes athlètes russes aux mondiaux de 2013…. Mais désormais, ce ne sont plus des événements épisodiques, mais une règle généralisée. Celle-ci doit certainement pousser les instances mondiales du sport à réfléchir. La prochaine coupe du monde de Football se déroulera au Qatar dans des stades construits par une main-d’œuvre à la limite de l’esclavage et qui ont coûté la vie à des milliers d’ouvriers. Pas sûr que cette génération de footballeurs politisée accepte d’y faire évoluer leurs crampons.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin

Pour en savoir plus ou lire la suite : Source | Lien vers l'article