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Expositions professionnelles aux pesticides et cancer de la prostate : l’Anses rend son premier rapport d’expertise pour la reconnaissance des maladies professionnelles

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Actualité du 02/07/2021

L’Anses a mené une expertise scientifique sur le cancer de la prostate associé aux expositions professionnelles aux pesticides avec un focus sur le chlordécone au regard de la situation particulière aux Antilles. Il s’agit du premier rapport de l’Agence dans le cadre de sa nouvelle mission d’expertise pour la reconnaissance des maladies professionnelles. Il met en lumière la grande variété des situations professionnelles exposant aux pesticides en France que ce soit dans les secteurs agricoles et non agricoles. L’expertise conclut à une relation causale probable entre le risque de survenue du cancer de la prostate et l’exposition aux pesticides dont le chlordécone. L’ensemble des éléments scientifiques développés dans cette expertise apporte des éléments en faveur de la création d’un tableau de maladie professionnelle dans les régimes agricole et général.

Depuis mai 2018, l’Anses est chargée de réaliser l’expertise scientifique préalable à la création ou la modification des tableaux de maladies professionnelles ou à l’élaboration de recommandations aux comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Dans le cadre de cette nouvelle mission, l’Agence a reçu une première demande d’expertise sur les pesticides et le cancer de la prostate avec un focus sur le chlordécone. L’expertise a porté sur les pesticides, qui regroupent les produits phytopharmaceutiques, les biocides, les antiparasitaires externes à usages vétérinaire et humain.
En France, le cancer de la prostate est le cancer qui touche le plus fréquemment les hommes, essentiellement à partir de 50 ans. C’est une maladie multifactorielle dont les principaux facteurs de risque connus à ce jour sont l’âge, les antécédents familiaux et l’origine ethnique. D’autres facteurs, notamment environnementaux, sont suspectés en particulier l’exposition aux pesticides.  

Des excès de risque de cancer de la prostate chez les travailleurs exposés aux pesticides

Le lien de causalité entre l’exposition aux pesticides et la survenue du cancer de la prostate a été évalué. Pour cela, l’Agence s’est basée sur l’expertise collective de l’INSERM de 2013 et sa mise à jour de 2019 ainsi que sur les dernières publications scientifiques notamment en épidémiologie ou toxicologie. Plusieurs études montrent des excès de risque chez les travailleurs exposés aux pesticides et un rôle de ces derniers dans la cancérogénèse de la prostate. Bien que certaines limites majoritairement méthodologiques aient été identifiées, en partie liées à la difficulté de mesurer les expositions aux pesticides, elles ne remettent pas en question les résultats de ces études.  A partir de cette analyse, l’expertise de l’Anses conclut à un lien probable entre expositions aux pesticides et la survenue du cancer de la prostate.

Des expositions professionnelles très variées, qui ne concernent pas uniquement le secteur agricole

Un état des lieux des expositions aux pesticides en France (métropolitaine et DROM) dans les secteurs agricoles et non agricoles a été réalisé avec un focus spécifique au chlordécone dans les DROM. Un nombre important de secteurs, professions et travaux ont été identifiés comme les activités agricoles toutes cultures et types d’élevage, les secteurs de la lutte antiparasitaire, de la protection du bois, du jardinage et paysagisme, les professions liées au soin des animaux, à l’entretien de la voirie, la filière des déchets, le traitement des eaux, etc. D’une manière générale, les travailleurs sont exposés à de nombreuses substances pesticides sur une même période mais aussi tout au long de leur carrière professionnelle. Cependant l’impact de cette poly-exposition reste méconnu. De plus, certains travailleurs indirectement exposés aux pesticides sont autant, voire plus exposés, que ceux qui les manipulent. En effet, au-delà de leur fabrication ou de leur emploi, les travailleurs peuvent être en contact avec des articles, surfaces ou animaux traités par ces produits. Il est donc nécessaire de prendre en compte les situations d’exposition directe mais aussi indirecte aux pesticides.

Cancer de la prostate, une maladie professionnelle sous-reconnue

En ce qui concerne l’exposition professionnelle aux pesticides, dans le régime agricole, il existe des tableaux pour la maladie de Parkinson et les hémopathies malignes. Pour le cancer de la prostate associé aux pesticides, le nombre de demandes de reconnaissance est particulièrement faible (12 demandes entre 2011 et 2018). Actuellement, il n’existe pas de tableau pour cette maladie. Pour obtenir une reconnaissance de leur maladie, les personnes sont contraintes à se tourner vers le système complémentaire (via les CRRMP). Or, dans le cadre de ce système, la présomption d’origine professionnelle de la maladie ne s’applique pas contrairement au système de reconnaissance par tableaux. La personne doit alors apporter la preuve du lien direct et/ou essentiel entre sa maladie et l’exercice habituel de son travail.

Des recommandations pour la création d’un tableau de maladie professionnelle

A l’issue de son expertise, l’Anses souligne que l’ensemble des éléments scientifiques développés plaide en faveur de la création d’un tableau de maladie professionnelle pour le cancer de la prostate associé aux pesticides dans les régimes agricole et général.
Cette expertise permet aux commissions de maladies professionnelles de débattre, au regard d’autres considérations, notamment socio-économiques, de la création ou non d’un tableau de maladie professionnelle et des conditions de la reconnaissance pour les régimes général et agricole. In fine, il appartient de l’État de décider sur la base des avis de ces commissions.

Le cas particulier du chlordécone aux Antilles

Le chlordécone est une substance utilisée dans les Antilles françaises comme insecticide dans les bananeraies jusqu’à son interdiction en 1993. Elle fait l’objet d’une attention publique en raison de ses effets sanitaires, en particulier pour les travailleurs du secteur de la banane, ainsi que son impact environnemental. Suite notamment à la demande du gouvernement, la dernière évaluation du plan national chlordécone recommande de finaliser des « procédures en vue de l’inscription du cancer de la prostate au tableau des maladies professionnelles ». Dans ce contexte, un focus particulier sur le chlordécone dans les DROM a été intégré dans l’expertise de l’Anses relative au cancer de la prostate associé aux pesticides. Elle conclut à une relation causale probable entre chlordécone et risque de cancer de la prostate. Cette conclusion se base principalement sur les résultats de l’étude Karuprostate et des données toxicologiques et mécanistiques démontrant le rôle plausible du chlordécone dans le processus de cancérogénèse de la prostate.

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