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Fanny Parise : “Le métaverse de Facebook est un risque pour nos démocraties”

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Publié le 19 octobre 2021

NUMÉRIQUE

Le métaverse, ce terme venu tout droit de la science-fiction, désignant un monde virtuel via un casque de réalité augmentée, prend forme. Facebook vient d’annoncer la création de 10 000 emplois en Europe pour lancer cet Internet de demain. Pour l’anthropologue Fanny Parise, spécialiste de l’évolution des modes de vie à l’Université de Lausanne, si ce nouveau monde est préempté par les GAFAM, les risques pour nos démocraties sont grands. Réduction des libertés, mainmise sur nos données personnelles… jusqu’où irons nous pour nous échapper du réel ?

Facebook vient d’annoncer la création de 10 000 emplois en Europe pour construire l’Internet du futur, le “métaverse”. Concrètement, qu’est-ce-que c’est ?

Le métaverse est un univers virtuel qui permet de créer un nouveau monde, c’est une extension de la vie physique, de la vie réelle. Il peut se traduire de différentes manières avec un univers utopique fictif dans des jeux vidéo par exemple ou bien il peut reproduire nos sociétés actuelles. C’est ce vers quoi se dirige le métaverse développé par Facebook. Avec un casque de réalité virtuelle, on pourra ainsi aller à un concert, travailler, faire ses courses… c’est un monde hybride entre nos vies physiques et nos vies digitales. En réalité, c’est la poursuite de la numérisation de nos modes de vie, qui s’est accélérée pendant les confinements. On a notamment vu le rappeur Travis Scott donner un concert sur Fortnite ou l’Organisation mondiale de la santé conseiller de jouer à Animal Crossing pour rester à distance tout en maintenant des relations sociales.

N’y-a-t-il pas tout de même un risque d’isolement ?

C’est assez paradoxal. D’un point de vue anthropologique, ce n’est pas la fin du lien social. Le métaverse va permettre de réduire les distances entre l’individu et les lieux. On pourra aller à Bali à la plage le matin et visiter Paris l’après-midi. Ce n’est ni bon ni mauvais, c’est une évolution cohérente de nos modes de vie avec une frontière de plus en plus brouillée entre le physique et le digital. Il permet de susciter l’imaginaire. Avec l’industrialisation, il y a eu une perte des croyances, un désenchantement. Aujourd’hui, les individus ressentent une perte de sens et le métaverse peut y répondre, il permet de rendre accessible la vie qu’on aimerait avoir. Mais il peut être autant merveilleux qu’un cauchemar.

Après, d’un point de vue sociologique, se pose la question de l’avenir d’une société dont les interactions sociales se construisent loin de la réalité. Cela peut provoquer de l’isolement, de la détresse. Si on est dans un univers utopique par exemple, on peut effectivement s’enfermer dans une bulle et échapper à la réalité.

Comment le métaverse est régulé ? On a vu sur la plateforme Roblox par exemple, assez proche du métaverse, la création des villages virtuels inspirés de l’Allemagne nazie.

Au début du métaverse, les utilisateurs pouvaient tuer “pour le fun”, rouler sur des personnes, c’était un monde sans règle. Le métaverse préempté par Facebook répond aux règlements et aux lois du marché libéral et capitaliste. Si les GAFAM prennent la main sur le métaverse, et c’est parti pour, ils pourront définir des règles qui leur seront bénéfiques et cohérentes avec leur profit. Il y a un vrai risque pour nos démocraties, pour nos données personnelles et de réduction de nos libertés. C’est déjà le cas avec les réseaux sociaux par exemple. Tout le monde peut avoir accès à nos informations. Or les individus ne sont pas sensibles à ce sujet parce qu’il est invisible et le temps des États et de la loi n’est pas assez rapide pour réguler le métaverse. À moins que les États prennent part au métaverse et régulent de fait ce monde puisqu’ils en feront partie.

Vous évoquez le contrôle invisible que pourraient exercer les GAFAM s’ils préemptaient le métaverse. N’y a t il pas également une pollution invisible auquel il faudrait être sensible ?

Sur ce sujet, c’est la catastrophe. Netflix occupe déjà 15 % de la bande passante mondiale. Avec le métaverse ce sera beaucoup plus important car il sera une extension de nos vies. On aura l’impression qu’il n’est pas si énergivore que ça parce qu’au lieu de se déplacer à un concert en voiture par exemple, on y assistera sur le métaverse. C’est une illusion collective qui est déjà à l’œuvre aujourd’hui. 

Propos recueillis par Marina Fabre, @fabre_marina

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