La COBEL Academy propose des Webinaires & Master Class

Faut-il équiper tous vos travailleurs de masques FFP2 ?

De quoi parle-t-on ?

Les FFP (Filtering Face Piece) sont des équipements de protection individuelle. Ce n’est pas le cas des masques chirurgicaux. Comme le Geres (groupe d’étude sur le risque d’exposition des soignants) le résume bien :

  • Le masque chirurgical est destiné à éviter la projection vers l’entourage des gouttelettes émises par celui qui le porte. Il protège également le porteur contre les projections de gouttelettes émises par une personne en vis-à-vis, mais pas contre l’inhalation de très petites particules (les aérosols) en suspension dans l’air.
  • Le masque FFP est destiné à protéger celui qui le porte contre l’inhalation à la fois des gouttelettes et des aérosols en suspension dans l’air.

La différence entre un FFP1, FFP2 et FFP3 est le niveau de filtration. La dénomination correspond à la certification obtenue, qui varie en fonction de la protection offerte. Aux États-Unis, on parle plutôt de N95. “Leurs propriétés sont proches, mais pas identiques. Ce ne sont pas les mêmes référentiels de certification”, indique Sandrine Chazelet, responsable d’études au Laboratoire procédés et épuration des polluants à l’INRS. Un fabricant peut choisir de faire certifier un même modèle par les deux référentiels, états-unien et européen.

Quand porter un masque FFP2 ?

En général, un équipement de protection répond à un mode de transmission précis. Face au risque biologique covid, les experts débattent encore de la solution idéale. Notamment parce qu’ils ne sont pas d’accord sur l’importance de la contamination par gouttelettes par rapport à celle avec les aérosols. Cela semble dépendre des secteurs professionnels et lieux de travail. Les recommandations varient d’un organisme à l’autre, voire même d’une publication à l’autre.

Par exemple, un questions-réponses de l’INRS préconise que le personnel de santé mette un FFP2 uniquement lors de la prise en charge d’un patient Covid suspecté ou confirmé. Un autre document de l’institut conseille une utilisation plus large, par exemple dès qu’un travailleur, quel que soit son secteur d’activité, est en contact rapproché avec une personne ne pouvant porter un masque. D’ailleurs, le protocole interne de l’INRS demande à ses salariés de porter un FFP2 dès qu’ils prennent les transports en commun ou des véhicules à plusieurs. Est-ce contradictoire ? Pas forcément, cela montre justement que le choix va dépendre de l’évaluation du risque, propre à chaque situation.

Et les soignants ?

Le 31 décembre dernier, la Société française d’hygiène hospitalière (SF2H) a publié un avis relatif à la protection respiratoire contre le variant Omicron. Elle écrit : “À ce jour, aucune étude publiée ne permet de remettre en cause l’efficacité du masque chirurgical dans la protection contre la transmission aéroportée du variant Omicron”.

Elle précise :

“Malgré la meilleure étanchéité au visage de l’appareil de protection respiratoire (APR), ou masque de type FFP2, les études comparant l’utilisation de masque chirurgical et d’APR FFP2 chez des professionnels de santé montrent des résultats contradictoires par rapport au risque d’acquisition de SARS-CoV-2. L’APR FFP2 ne présente une efficacité optimale que si le modèle est adapté à la morphologie du visage.”

Par conséquent, la SF2H “ne recommande pas le port systématique d’APR FFP2 par tout professionnel des établissements de santé et ESMS”, mais uniquement dans certains cas (lors des soins invasifs notamment, que le patient soit atteint du covid ou pas). Une déclaration critiquée par certains.

Un FFP2 mal ajusté vaut-il mieux qu’un chirurgical adapté ?

Un article publié fin décembre dans la revue américaine PNAS, largement relayé, a montré que les masques FFP2 sont beaucoup plus filtrants que les masques chirurgicaux, y compris quand ils sont mal ajustés.

Pour Sandrine Chazelet, de l’INRS, “il faut pondérer ces résultats”. C’est aussi l’avis de Thierry Lavigne, président du conseil scientifique de la SF2H : “L’approche des auteurs est intéressante, mais les hypothèses de départ sont caricaturales, très éloignées de la vraie vie. La conclusion me choque un peu et me laisse dubitatif”. Il fait remarquer, entre autres critiques, que l’étude a été réalisée en laboratoire et avec une situation du biais maximum, c’est-à-dire la pire qu’il soit.

Quel est l’inconvénient du FFP2 ?  

On peut être tenté de se dire que dans le doute, le travailleur n’a rien à perdre à porter un FFP2. Mais “le mieux est l’ennemi du bien. Si demain on met des FFP2 pour tout le monde, j’ai peur qu’on ait de nouveaux problèmes”, anticipe Thierry Lavigne. Le médecin hygiéniste fait référence à de possibles lésions, sur le nez par exemple.

“L’utilisation de [FFP] peut avoir des conséquences imprévues, exposant le personnel soignant à d’autres risques, particulièrement en cas d’usage prolongé. Un problème que l’on ne retrouve pas avec les masques chirurgicaux. De plus, [les FFP] sont plus coûteux, nécessitent des tests d’ajustement, du temps et des ressources supplémentaires, ils ne conviennent pas aux barbus et peuvent donner un faux sentiment de sécurité”, écrivent les auteurs d’une étude citée par Thierry Lavigne.

Pourquoi faire des essais avant de choisir ?

Sandrine Chazelet rappelle que, comme l’appareil de protection respiratoire “peut avoir potentiellement un impact sur le confort respiratoire, le médecin du travail doit s’assurer qu’il n’y a pas de contre-indication à l’utiliser pour le salarié”. “Quand il y a besoin de ce type de masque, en cas de risque chimique ou biologique avéré, nous recommandons des essais d’ajustement, de prendre le temps du choix”, explique la chercheuse.

Une étude qu’elle a réalisée montre qu’il est plus difficile de trouver un masque ajusté lorsque l’on a un très petit ou un très large visage. Globalement, les résultats sont plus satisfaisants avec des modèles coquille ou à plis que bec de canard. Ses conclusions montrent l’importance du rasage et de la formation au port du masque. Sandrine Chazelet insiste : “si le masque est mal porté et touché tout le temps, c’est un coût pour rien”.

Pour en savoir plus ou lire la suite : Source | Lien vers l'article

Les dernières publications :