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Fémonationalisme : quand l’extrême-droite ose le féminisme identitaire

Au niveau de la communication visuelle, elle se veut choquante. Le compte Instagram des Nemesis égraine les profils d’hommes de nationalité étrangères tenu responsable de viols et d’agression sexuelle. Ces montages, sur lesquelles apparaissent des visage et des citations sont entrecoupés de chiffres sur le viol et d’images de femmes disparues. Lorsque un homme est issu de l’immigration, le montage le mentionne. Ici, le graphisme sert la peur de l’autre et la maintien. Enfin, le soutien virtuel de figures d’autorité au sein de l’extrême-droite comme Julien Rochedy et sa compagne finlandaise Eva Vlaardingerbroek vient donner de la légitimité au compte.

Chiffres et manipulation

Les Nemesis corroborent leurs propos par des chiffres. Lors de son intervention à Tours en octobre dernier, Alice s’est par exemple basée sur des statistiques ethniques finlandaises qui ont été réalisées dans le but de calculer la proportion de migrants parmi les délinquants sexuels. Des statistiques d’ailleurs interdites en France.

La question des statistiques reste extrêmement houleuse, comme l’explique Jean-Yves Camus. « Faire des statistiques ethniques c’est à la fois sain et malsain. Ça va complètement à l’inverse de la notion de laïcité en France, car les statistiques ethniques impliquent de connaître l’origine et la religion d’un individu. En même temps, ça pourrait aussi arrêter la machine à fantasmes pour de bon. »

La militante a également cité le journal Isla Sanomat, fortement influencé à sa création par la rébellion de Mantasala , un groupe pro-fasciste très proche du pouvoir en 1932. En outre, elle fait part de son inquiétude sur la possibilité que les occidentaux soient « minoritaires » par rapport aux « immigrés » d’ici quelques années. Un concept qui laisse songeur sur sa proximité avec la théorie du grand remplacement.

Il ne s’agit pas dans cet article de nier le fait que des hommes de nationalité étrangère puissent ou aient pu commettre des agressions. Cependant, le contexte est propice aux associations faciles et le parti pris de ces « féministes identitaires » est pernicieux.

Pourquoi se concentrent-elles uniquement sur les violences commises par les étrangers ou personnes d’origine étrangère ? Pourquoi n’évoquent-elles pas les agressions commises au sein des familles, et notamment des familles françaises ? « C’est tellement tabou que naturellement les identitaires omettent ces faits puisqu’ils vont à l’inverse de la logique identitaire », analyse Jean-Yves Camus. Un tabou devenu un biais dans l’argumentaire des Nemesis.

Dans le livre En finir avec la culture du viol paru en 2018, l’auteure Noémie Renard détaillait les mécanismes du viol et des agressions sexuelles. Elle mettait en évidence le fait que la plupart des viols et des agressions était commis dans un cercle proche de la victime (enquête Virage). Le viol commis par un inconnu dans la rue, aussi appelé « mythe du viol », est proportionnellement très faible par rapport aux agressions et viols commis par un membre de la famille. Il est notamment important de souligner, qu’une grande partie des femmes victimes ne portent pas plainte lorsque leur viol et /ou agression sexuelle s’éloignent du stéréotype que l’on s’en fait. Ainsi cela fausse les statistiques régulièrement utilisés par les membres de l’extrême droite, dont Nemesis.

Les féministes, toutes hystériques

« Contrairement aux féministes, nous n’avons pas de haine contre les hommes ». Dans le discours des personne réticentes au féminisme, il y a un argument qui revient : celui selon lequel toutes les féministes détestent les hommes. Cette haine est souvent associée au concept d’hystérie, et laisse supposer que l’agressivité, la colère et la violence des femmes n’est pas un sentiment naturel tout aussi présent que chez l’homme.

Ainsi, Nemesis ne veut pas virer dans la « paranoïa », « la peur de l’homme » et vient dire à ceux qui se sentent menacés : nous aimons les hommes, nous défendons les hommes – blancs – et nous n’allons pas (trop) les remettre en question. Sur le plateau de TV Libertés, chaîne audiovisuelle d’extrême droite, la fondatrice du collectif affirmait en mars 2020 « nous sommes les grandes défenseur.es des hommes blancs, aujourd’hui pointés du doigt ».

Dans leur manifeste, les identitaires se définissent plusieurs objectifs. Dénoncer toutes les violences faîtes aux femmes, dénoncer l’impact dangereux de l’immigration sur les femmes occidentales et promouvoir la civilisation européenne comme berceau de leur épanouissement. Ironiquement, elles invitent femmes et hommes issus de l’immigration à rejoindre leur combat patriotique.

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