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Françoise Vergès, politologue : “Le peuple guadeloupéen se sent malmené depuis toujours”

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Publié le 23 novembre 2021

Alors que le gouvernement tente de trouver une porte de sortie à la crise en Guadeloupe, dont le passe sanitaire et l’obligation vaccinale a été un élément déclencheur de mobilisation, la politologue Françoise Vergès observe un malaise plus profond. “Il n’y a pas de confiance en l’État”, dit-elle alors que l’île enregistre des taux records de diabète, de chômage, ou de cancers de la prostate en raison de l’empoisonnement au chlordécone. 

Depuis une semaine, une grève générale a été lancée en Guadeloupe, motivée par l’opposition au passe sanitaire et à l’obligation vaccinale. Pourquoi un tel rejet ? 

Parce qu’il n’y a pas de confiance en l’État. La Guadeloupe a été très marquée par l’empoisonnement au chlordécone, un scandale que l’État a laissé faire. Le peuple guadeloupéen se sent malmené depuis toujours. C’est une société qui hérite des mauvais traitements depuis des siècles. Il y a vraiment le sentiment d’un très grand mépris alors qu’on a un plus fort taux de diabète, un plus fort taux d’hypertension, un taux de personnes cardiaques plus élevé que dans n’importe quel département de France, on a aussi un fort taux d’illettrisme, de chômage, depuis des décennies. 

Pourquoi l’étincelle a été l’obligation vaccinale ?  

Parce qu’en licenciant des personnes qui n’avaient pas eu recours à la vaccination, vous les plongez elles et leurs familles dans une extrême pauvreté. Ce n’est pas un hasard si la mobilisation est si forte chez les sapeurs-pompiers et les aides-soignants, tous des métiers de soin. Cela fait des années que l’hôpital en Guadeloupe n’a pas été reconstruit. 

On a vu des images de débordements sur l’île suite à la mobilisation. Quel regard portez-vous sur ces violences ? 

On pointe la violence des manifestants pour masquer une violence systémique, structurelle. Il y a une violence sourde, quotidienne, celle qui se joue du 1er janvier au 31 décembre. Il faudrait qu’on parle de cette violence, du fait que la majorité des biens soient importés de la France, que la vie soit très chère, que les transports en communs ne soient pas développés. Pire : la Guadeloupe n’a pas d’eau ! Alors quand on dit à la population de se laver les mains toutes les trois minutes… C’est une violence moins visible évidemment parce que cela fait moins d’images percutantes un robinet qui ne coule pas. C’est de ça que les Guadeloupéens et Martiniquais parlent, il faut les écouter avec respect.

Êtes-vous optimiste pour la suite ?

Il faut garder l’espoir toujours parce que garder l’espoir cela signifie qu’il y a quelque chose de possible. Ça va être long car cela nécessite une profonde remise en cause de la manière dont la France s’est construite notamment en mettant fin à l’idéologie de mission civilisatrice qui n’a pas encore disparu. Mais toutes les mobilisations vont aujourd’hui dans ce sens même si on a le sentiment que ça n’avance pas vite. J’assiste à un basculement, il y a une aspiration forte à plus de dignité, d’égalité et plus de respect. 

Propos recueillis par Marina Fabre Soundron @fabre_marina

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