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Fuites sur les gazoducs Nord Stream 1 et 2 : un impact sans précédent sur le climat ?

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Fuite Nord Stream1 Danish Defence

Publié le 01 octobre 2022

ENVIRONNEMENT

S’il est encore difficile d’estimer précisément la quantité de gaz qui fuit dans la mer Baltique et la quantité de méthane qui sera relâchée dans l’atmosphère, les quatre fuites détectées sur les gazoducs Nord Stream 1 et 2, reliant la Russie à l’Allemagne, vont avoir des conséquences certaines sur le dérèglement climatique. Le méthane est en effet un important gaz à effet de serre au pouvoir réchauffant 80 fois plus important que le CO2. Certains experts n’hésitent pas à évoquer “un crime environnemental”.

Alors qu’une quatrième fuite a été découverte au large de Nord Stream 1 et 2, les experts s’inquiètent de l’impact environnemental dû au méthane qui s’échappe de ces deux gazoducs reliant la Russie à l’Allemagne. Ce sont des millions de mètres cubes de gaz qui sont déversés dans la mer Baltique depuis le 26 septembre. Cette nouvelle fuite, résultant probablement aussi d’un sabotage, a été rendue publique par les garde-côtes suédois le 29 septembre. Pour l’heure, il existe donc “deux fuites côté suédois et deux fuites côté danois”, a expliqué un responsable suédois à l’Agence France-Presse (AFP).

Les pipelines n’étaient pas en service en raison de la guerre en Ukraine, mais contenaient toutefois d’importantes quantités de gaz. Or le méthane est un puissant gaz à effet de serre, au pouvoir réchauffant 80 plus fois plus important que celui du CO2 sur une durée de vingt ans. Au contact de l’eau, une partie de ce méthane va s’oxyder et se transformer en CO2, explique Grant Allen, professeur de physique atmosphérique à l’université britannique de Manchester. “Mais vu la puissance de la fuite, la plupart du gaz arrivera à la surface sous forme de méthane“, prévient-il.

“Le même potentiel de destruction climatique que 30 millions de tonnes de dioxyde de carbone”

Les interrogations portent sur la quantité de méthane qui va être relâché. Selon les différentes estimations publiées, environ 200 000 tonnes de méthane pourraient se retrouver dans l’atmosphère si la totalité du gaz s’échappe de Nord Stream 1 et 2, “soit l’équivalent des émissions annuelles de 1,4 million de voitures”, mais seulement “environ 0,2 % des émissions annuelles de méthane provenant des combustibles fossiles”, a précisé sur Twitter le climatologue Zeke Hausfather, qui participe aux travaux du Giec.

Les estimations de Greenpeace sont plus impressionnantes. L’ONG calcule que ces fuites “pourraient avoir le même potentiel de destruction climatique que 30 millions de tonnes de dioxyde de carbone, soit l’équivalent des émissions annuelles de 20 millions de voitures dans l’Union européenne”. “Cela reviendrait à annuler 50 % des efforts de réductions des émissions de CO2 annuelles de l’Union européenne”, commente sur Twitter Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement du Commissariat à l’Énergie Atomique et aux énergies alternatives.

Les fuites sur Nord Stream 1 et 2 auront quoiqu’il en soit “un effet réchauffant immédiat et sur la qualité de l’air” localement, souligne Piers Forster, directeur du Centre international Priestley pour le climat, à l’université britannique de Leeds. Au niveau mondial, elles ne représentent pas grand-chose, l’équivalent d’environ deux heures et demi d’émissions, explique Jeffrey Kargel, du Planetary Research Institute. Pour autant, elles constituent selon lui un rappel de l’urgence de la lutte contre ces émissions, alors que les impacts désastreux du réchauffement se font de plus en plus sentir à travers le monde.

“Si c’était délibéré, c’est un crime environnemental”

Quant à l’origine du sabotage, elle reste encore inconnue. Kiev accuse la Russie, qui évoque “un acte terroriste” en pointant les États-Unis, qui eux réfutent ces allégations, les jugeant “ridicules”. À la demande de la Russie, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) s’est réuni vendredi 30 septembre. Sans attendre, l’Otan avait dénoncé jeudi des sabotages “délibérés et irresponsables”, et laissé transparaître ses soupçons en faisant valoir sa volonté de se défendre contre toute attaque “hybride” utilisant le “levier de l’énergie”. “Si c’était délibéré, c’est un crime environnemental”, a également affirmé Jeffrey Kargel.

Craignant pour leurs propres installations, plusieurs pays ont déjà annoncé le renforcement des mesures de sécurité autour d’infrastructures énergétiques ou stratégiques, comme l’Allemagne, le Danemark, la Suède, la Finlande ou la Norvège, désormais première exportatrice de gaz vers l’Europe. La conjugaison de l’attaque contre les gazoducs Nord Stream et de la transformation de la centrale de Zaporijia en cible montre bien l’urgence d’une transition énergétique qui transforme profondément l’économie européenne.  

Concepcion Alvarez @conce1 avec AFP

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