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Guerre en Ukraine, Covid-19, fermeture des frontières… Y a-t-il encore un futur à la mondialisation ?

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Publié le 10 juin 2022

Ce sont des chocs qui sont venus ébranler les fondements même de la mondialisation. Des porte-conteneurs bloqués dans les ports, des stocks de denrées alimentaires qui grossissent sans pouvoir être acheminés, des pénuries de semi-conducteurs… entre la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine, jamais la résilience et l’efficacité de notre système d’échanges n’avaient été aussi remises en cause. La question du futur de la mondialisation, que ce soit la démondialisation, la mondialisation “entre amis”, la mondialisation “fragmentée”, est posée. 

“La vision de longue date d’un monde sans frontières n’est plus crédible”. Au lendemain du Forum de Davos, réunissant les poids lourds de la politique et de l’économie en Suisse, l’économiste Joseph Stiglitz n’a pas mâché ses mots. Dans un billet publié dans Project Syndicate l’ancien prix Nobel d’économie écrit : “Après quatre décennies à défendre la mondialisation, il est clair que la foule de Davos a mal géré les choses”. Et de fait, depuis quelques années, l’hypermondialisation n’est plus à la fête. Si les échanges commerciaux continuent de croître, ils ralentissent passant d’une hausse de 6 % par an jusqu’à la crise de 2008 a à peine 3 % aujourd’hui. 

La pandémie a porté le coup le plus visible, mettant en exergue les failles de la mondialisation. Pénurie, ralentissement des délais de livraison, explosion des coûts… le rouage si bien huilé de la globalisation s’est grippé. Deux ans après, c’est la guerre en Ukraine qui vient à nouveau affaiblir un système déjà mal en point. Même le PDG de BlackRock, Larry Fink, le fondateur de la plus grande société de gestion au monde, considère que la guerre en Ukraine a “mis fin à la mondialisation que nous avons connue au cours des trois dernières décennies”

Démondialisation, mondialisation entre “amis”, fragmentée   

La politique zéro Covid de la Chine, qui a mis sous cloche pendant des semaines près de 50 villes dans le pays, a elle-aussi porté atteinte au système d’approvisionnement mondial. Le confinement de Shanghai où se situe le plus grand port de porte-conteneurs du monde, a bloqué le chargement et le déchargement de centaines de navires, créant des bouchons monstres. “La globalisation fonctionne seulement si le transport maritime fonctionne. Le blocage du canal de Suez par l’Ever Given l’année dernière l’a bien montré”, explique Paul Tourret, directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime (Isemar).

“Cette crise sonne le glas de la mondialisation telle que nous l’avons connue et refaçonne les alliances mondiales”, renchérit le commissaire européen à l’Économie Paolo Gentiloni. Les spécialistes rivalisent de termes pour définir cette nouvelle époque : démondialisation, mondialisation “fragmentée”, mondialisation “entre amis”. “Le Covid-19 et la guerre en Ukraine ont été des accélérateurs d’une tendance qui est structurelle”, explique Jeremy Ghez, Professeur d’économie et d’affaires internationales à HEC. Dans une note, l’Organisation mondiale du commerce explique ainsi qu’avant la crise financière de 2008, le commerce mondial des marchandises a augmenté deux fois plus rapidement que le PIB. Mais depuis la crise, c’est le calme plat, avec un ratio entre la croissance du commerce et la croissance du PIB tombé autour de 1 en moyenne. 

“Une petite perturbation peut faire basculer l’ensemble du système”

Si certains se réjouissent qu’un système très décrié, qui a aggravé les inégalités, batte de l’aile, d’autres mettent en garde : la fin de la mondialisation ne sera pas joyeuse. “L’économie mondiale est peut-être confrontée à son plus grand test depuis la Seconde Guerre Mondiale”, a indiqué la directrice générale du Fonds monétaire international Kristalina Georgieva. “Tandis que des considérations géostratégiques guideront certaines décisions d’approvisionnement, cela ne doit pas nécessairement conduire à une désintégration”, appelle-t-elle, préférant plutôt une diversification des points d’approvisionnement pour accroître la résilience. En toile de fond, c’est le “spectre de pénuries alimentaires mondiales” qui se joue depuis la guerre en Ukraine, comme l’a rappelé le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

Le système alimentaire, ultra financiarisé, atteint ses limites. Les prix des denrées atteignent des sommets, boostées par la spéculation, mettant en risque de famines des pays entiers, alors même que les stocks sont disponibles. Pour l’éditorialiste du Guardian George Monbiot, l’alimentation mondiale, comme la finance mondiale, s’est développée à partir de milliards d’interactions si complexes qu’une “petite perturbation peut faire basculer l’ensemble du système au-dessus de son seuil critique, après quoi il s’effondre, brutalement”. Le journaliste plaide pour un système “dé-spécialisé” où la culture de blé, l’élevage ou la production de légumes ne se ferait pas intensivement dans un seul pays. “Nous devons créer des systèmes de secours, produisant de la nourriture par des moyens entièrement différents. Nous devons introduire une capacité de réserve dans un système menacé par sa propre efficacité”, plaide-t-il. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina

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