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Guerre en Ukraine : Partir ou rester en Russie, le dilemme des entreprises confrontées à leurs responsabilités

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Laurent Vincenti Total 01

Publié le 02 mars 2022

Pour protester contre l’invasion de l’Ukraine par la Russie, certaines entreprises décident de quitter le pays dirigé par Vladimir Poutine tandis que d’autres groupes maintiennent leurs activités. Poussés par leurs gouvernements, les premiers font éclater leur indignation face à la situation tandis que les seconds font valoir une forme de pragmatisme économique, d’impossibilité à partir du jour au lendemain ou encore de responsabilité envers les populations locales. Les directions RSE des entreprises sont face à un dilemme éthique, moral et économique.

Sous la pression du gouvernement de Boris Johnson, la major BP a été la première entreprise à annoncer son désengagement de Rosneft, deuxième plus grand producteur de pétrole russe. Elle a été suivie par le norvégien Equinor ou encore Shell qui stoppe ses projets avec le numéro 1 Gazprom. Les énergéticiens ne sont pas les seuls à se retirer. L’automobiliste suédoise Volvo Group, l’allemand Daimler Truck, le géant danois du transport maritime Maersk ou encore les Américains Ford ou Apple ont également décidé de quitter le pays ainsi que Disney qui suspend la sortie de ses films en Russie “compte tenu de l’invasion non provoquée de l’Ukraine“.

Mais d’autres groupes ne suivent pas ce mouvement. Ainsi, Total a annoncé qu’il “n’apportera plus de capital à de nouveaux projets en Russie” sans pour autant se retirer du pays. Les enjeux économiques de TotalEnergie en Russie sont en effet colossaux avec 17 % de sa production pétrogazière qui se trouve sur le territoire. “Il protège ses troupes, d’un point de vue économique autant qu’au sens littéral de leur sécurité“, estime Bénédicte Hautefort, présidente et fondatrice de “L’Hebdo des AG”. “Une fois de plus, nous voyons Total faire passer le profit avant les gens, comme il l’a fait et continue de le faire dans des pays tels que le Mozambique, l’Ouganda, la Tanzanie et l’Argentine“, dénonce de son côté Isabelle L’Héritier, responsable de bureau 350.org.

Un enjeu politique et de RSE

Bruno Le Maire a lui-même fait part de son indignation. “Je crois qu’il y a désormais un problème de principe à travailler avec toute personnalité politique ou économique proche du pouvoir russe“, a ainsi lancé le ministre de l’Economie. “C’est à Total d’apprécier la balance des risques“, a toutefois nuancé Bercy. “Les sanctions peuvent avoir un impact sur les entreprises européennes nous avons un dialogue étroit avec elles pour analyser les difficultés auxquelles elles peuvent être confrontées“, ajoute le ministère. Decathlon dit ainsi “rester attentif à la situation dans le pays et suivre les consignes du gouvernement français“.

Les entreprises sont également confrontées à un risque juridique alors que les sanctions économiques à l’égard de la Russie s’étendent. Elles risquent en effet de violer des interdictions. “Les entreprises se mettent en difficulté au regard du droit international, qui est lui-même bâti sur des valeurs démocratiques. Il existe un rapport positif nécessaire entre entreprise et démocratie. Ce point est même le 16e objectif de développement durable (fixés pour assurer la paix et la prospérité pour les peuples et la planète, ndlr)“, indique Patrick D’Humière, enseignant à CentraleSupélec. “Une entreprise ne peut pas avoir d’activité dans un pays qui viole le droit international sinon elle fait un choix politique qui l’expose. Ce sujet n’est pas nouveau“, martèle l’expert en management durable. “La RSE s’est développée dans les entreprises pour réagir aux problèmes de la mondialisation et répondre aux enjeux environnementaux et aux droits sociaux“.

Assurer les besoins des populations locales

L’enjeu est aussi d’assurer les besoins des populations locales. La situation de groupes agro-alimentaires comme Auchan, Lactalis ou Danone qui ont d’importantes activités sur le territoire russe et en Ukraine est ainsi délicate à gérer. Lactalis choisit de continuer à faire tourner ses usines en Russie et “fait au mieux pour collecter le lait” en Ukraine confie le PDG, Emmanuel Besnier aux Echos. Veolia affirme de son côté ne pas vouloir cesser d’opérer dans les villes russes où ses 1 850 salariés locaux assurent l’eau potable ou l’assainissement.

La situation est inextricable. Il faut en même temps tout faire pour que cette guerre cesse immédiatement et ne pas trop punir le peuple Russe qui n’est pour rien dans la folie de son dirigeant”, indique Fabrice Bonnifet, président du C3D et directeur du développement durable de Bouygues. “Les entreprises doivent prendre leurs responsabilités, mais quelles que soient les décisions qu’elles prendront, elles seront douloureuses humainement et économiquement“, ajoute le représentant du Collège des Directeurs du Développement Durable.

Mathilde Golla @Mathgolla

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