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Guerre en Ukraine : quand la décroissance devient une solution à nos dépendances

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Publié le 14 mars 2022

La Russie maintient pour l’instant ses exportations d’hydrocarbures mais la dépendance mortifère de l’Europe au gaz russe est apparue au grand jour. Les appels à baisser les consommations d’énergie se multiplient pour permettre au continent de gagner en indépendance mais aussi de réduire cette manne financière qui va à Moscou. Le continent va aussi devoir se passer de certaines denrées alimentaires et d’engrais, piliers de l’agriculture productiviste. À court terme, les choix des citoyens peuvent être décisifs.

“Pour aider les Ukrainiens, portez un pull et manger moins de viande”. Si ces appels qui fleurissent sur les réseaux sociaux semblent à priori saugrenus, ils sont, en réalité, très sensés. En effet, les ventes de gaz et de pétrole constituent les principaux revenus de la Russie. L’Europe importe 40% de ses besoins gaziers et 30% de son pétrole de Russie (17% et 13% respectivement pour la France). “Nous finançons la guerre que nous condamnons par ailleurs”, alerte ainsi l’ancien président François Hollande dans une tribune parue dans Le Monde. Pour freiner la guerre menée par Vladimir Poutine en Ukraine, il faut donc priver Moscou de cette manne financière.

Les États-Unis ont ainsi décrété un embargo sur les énergies russes mais les Vingt-sept peinent à s’affranchir de cette dépendance. Et à la place, ce sont les appels à la sobriété qui se multiplient. “La sobriété énergétique permet de réduire significativement et à très court terme les consommations de gaz, pétrole et électricité quasiment sans investissement“, indique l’association Negawatt. Bruno Le Maire encourage aussi les Français à “faire un effort” sur leur consommation d’énergie. “Un degré de chauffage en moins c’est 8% de la consommation énergétique des logements“, indique le ministre de l’Économie. L’AIE calcule qu’une baisse d’un degré permettrait “des économies d’énergie annuelles immédiates d’environ 10 milliards de mètres cubes“.

“La décroissance comme issue à la tragédie en cours” 

42% des foyers français se chauffent au gaz, indique l’Agence de la transition écologique (Ademe). Toutefois, une baisse de la température des foyers chauffés à l’électrique peut aussi avoir des répercussions sur l’approvisionnement général du pays, d’autant plus dans le contexte actuel de tension avec de nombreux réacteurs nucléaires à l’arrêt. Cette baisse de la température dans les logements est d’autant plus envisageable qu’elle n’a eu de cesse d’augmenter ces dernières décennies : elle était de 19°C en moyenne en 1986 contre 22°C aujourd’hui. Si les Français décident de collectivement fixer le thermostat à 19°C comme le préconise l’Ademe, ce serait une économie potentielle de 25 à 33% de gaz importé.

Dans le but de s’affranchir des hydrocarbures russes, Negawatt propose également la limitation de la vitesse sur autoroute à 110 km/h, la généralisation de l’éco-conduite ou encore la réduction des déplacements inférieurs à 2 km en voiture. Jean-Marc Jancovici, président du Shift Project, appelle de longue date à plus de sobriété, “la version politiquement correcte de décroissance”, selon lui. “La décroissance est la seule issue conséquente et cohérente, juste et souhaitable face à la tragédie en cours”, renchérit Vincent Liegey, ingénieur et chercheur interdisciplinaire spécialiste de la décroissance.

“Il est urgent de végétaliser son assiette”

En matière d’alimentation, l’implication des citoyens peut aussi faire la différence. En effet, la Russie exporte des céréales et des engrais à l’Europe, héritage d’un système agricole productiviste et mondialisé. Pour gagner en autonomie, la FNSEA demande à pouvoir produire plus. Mais, à court terme, des experts appellent à manger moins de viande et à acheter des produits locaux. “Il est urgent de végétaliser son assiette car c’est aussi une question de sécurité collective“, affirme ainsi Stéphane Linou, auteur de “Résilience alimentaire et sécurité nationale”.

Les choses que l’on pensait impossible à faire avant les crises deviennent possible, il était par exemple, impensable de généraliser le télétravail avant le premier confinement, ce n’est plus le cas“, affirme Elisabeth Laville, fondatrice et directrice d’Utopies. “Des situations radicales peuvent nous contraindre à faire des efforts majeurs”, ajoute l’autrice de “Vers une consommation heureuse”.

Mathilde Golla @Mathgolla

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