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Inondations au Pakistan : comment la science de l’attribution permet de faire le lien avec le changement climatique

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inondations pakistant septembre 2022 FIDA HUSSAINAFP

Publié le 22 septembre 2022

ENVIRONNEMENT

Le Pakistan a subi pendant de longs mois des inondations meurtrières. Il est désormais courant d’attribuer ces événements extrêmes au changement climatique. Mais s’il est certain que ce dernier augmente leur intensité et leur fréquence, il est plus difficile d’attribuer directement tel événement au changement climatique, notamment quand il s’agit de précipitations, qui résultent généralement de plusieurs facteurs. C’est ce à quoi s’attèle la science de l’attribution, née en 2004, et qui est de plus en plus sollicitée.

De la mi-juin à la fin août, de grandes parties du Pakistan ont connu des précipitations records, faisant au moins 1500 morts, détruisant 1,7 million de maisons et affectant plus de 33 millions de personnes. Le pays aurait reçu plus de trois fois ses précipitations habituelles en août, ce qui en fait le mois d’août le plus humide depuis 1961. Et les deux provinces du Sud, le Sind et le Balouchistan, ont connu leur mois d’août le plus humide jamais enregistré, recevant 7 et 8 fois les volumes habituels.

En visite sur place, Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU a déclaré n’avoir “jamais vu un carnage climatique de l’ampleur des inondations ici au Pakistan”. Je n’ai tout simplement pas de mots pour décrire ce que j’ai vu aujourd’hui : une zone inondée qui représente trois fois la superficie totale de mon propre pays, le Portugal“, a-t-il déclaré, en ajoutant, “aujourd’hui, c’est le Pakistan. Demain, ce pourrait être votre pays, où que vous viviez”.

De la difficulté de corréler les événements au changement climatique

Mais ces inondations sont-elles forcément attribuables au changement climatique ? C’est justement ce que cherche à établir la science de l’attribution, créée en 2004. Elle a donné naissance à un réseau de scientifiques internationaux, le World Weather Attribution (WWA), créé quant à lui en 2014. Il a déjà produit une trentaine d’études qui ont par exemple permis de faire le lien entre dérèglement climatique et la canicule qui a frappé l’Inde et le Pakistan en mars et avril dernier. Les chercheurs avaient alors conclu que le changement climatique avait rendu cet épisode trente fois plus probable. De même, il a rendu la vague de chaleur qui a frappé le Royaume-Uni en juillet au moins 10 fois plus probable.

Dans le cas des inondations de cet été au Pakistan, ils estiment également que le changement climatique a probablement augmenté les pluies de mousson extrêmes, dans une étude publiée le 26 septembre. Toutefois, les scientifiques du WWA précisent qu’il leur est parfois difficile de déterminer avec précision la contribution du changement climatique à tel ou tel événement. Dans le cas du Pakistan, ils ont comparé deux modèles : d’un côté, le maximum annuel des précipitations moyennes sur 60 jours de juin à septembre autour du fleuve Indus et le maximum annuel des précipitations moyennes sur cinq jours dans les deux provinces les plus touchées du Sind et du Balouchistan.

“Les précipitations de mousson dans le bassin de l’Indus sont très variables d’une année à l’autre. C’est en partie parce que la région est située près de la bordure ouest de la zone de mousson, où les effets de la mousson ne sont pas toujours évidents. Mais aussi parce que les précipitations dans cette région sont fortement influencées par des événements de grande ampleur comme La Nina“, explique Sjoukje Philip, chercheur à l’Institut météorologique royal des Pays-Bas (KNMI). Cependant, pour l’extrême pluviométrique sur cinq jours, la majorité des modèles montrent que les précipitations intenses sont devenues plus importantes à mesure que le Pakistan s’est réchauffé.

Le Pakistan est l’un des pays qui émet le moins de CO2

Certains de ces modèles suggèrent ainsi que les précipitations ont été entre 50 % et 75 % plus intenses que sans le réchauffement climatique. Le Pakistan y est particulièrement vulnérable : il se classe au 8e rang des pays les plus touchés au monde par les évènements extrêmes, selon une étude de l’ONG Germanwatch de 2021. Pourtant, il est loin d’en être le responsable. C’est l’un des pays qui émet le moins de CO2 par habitant (0,9 tonne contre 4,5 en France ou encore 14,7 aux États-Unis).

“Les empreintes digitales du changement climatique dans l’aggravation de la canicule du début de l’année, et maintenant des inondations, fournissent des preuves concluantes de la vulnérabilité du Pakistan à de tels extrêmes. En tant que président du G77, le pays doit utiliser ces preuves lors de la COP27 pour pousser le monde à réduire les émissions immédiatement. Le Pakistan doit également demander aux pays développés de financer les pertes et dommages des populations les plus durement touchées”, a plaidé Fahad Saeed, chercheur au Centre sur le changement climatique et le développement durable à Islamabad, au Pakistan.

Concepcion Alvarez @conce1

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