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Interdiction de destruction des invendus : Comment la filière se professionnalise face à l'avalanche de dons

invendu chaussure textile iStock Connel Design

Publié le 08 janvier 2022

ENVIRONNEMENT

Fini l’incinération des vêtements, téléviseurs, canapés et autres articles invendus. Depuis le 1er janvier, les entreprises doivent désormais les recycler ou les réemployer. Les associations font face à une hausse des dons et se dotent de nouveaux outils pour gérer ces flux de plus en plus importants. Mais elles doivent aussi conjuguer avec des acteurs privés qui proposent aux entreprises une solution clé en main de leurs invendus. Une “marchandisation du don” qui risque d’évincer les petites structures. 

C’est un changement significatif pour les entreprises. Depuis le 1er janvier, les distributeurs et fabricants ne peuvent plus incinérer les vêtements, meubles ou produits électriques qui leur restent sur les bras à l’issue des soldes ou braderies. Aujourd’hui, 15 % de ces invendus, qui représentent plus de 2 milliards d’euros de marchandises, sont détruits chaque année. Or, selon,l’Agence de la transition écologique (Ademe), leur destruction provoque jusqu’à 20 fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que leur réutilisation. Désormais, les entreprises s’exposeront à des amendes pouvant monter jusqu’à 15 000 euros. Une nouvelle mesure qui crée un vrai chamboulement dans la filière du don.

“On est passé de 5,5 millions de dons collectés en 2019 à 11 millions en 2021”, témoigne Romain Canler, directeur général de l’Agence du don en nature (ADN), qui a pour mission de récupérer les dons des entreprises pour les redistribuer ensuite à son réseau de partenaires venant en aide aux personnes dans le besoin. “85 % proviennent d’invendus. Si les grandes entreprises se sont déjà adaptées à la loi, ce n’est pas encore le cas des TPE et PME. On anticipe ainsi un éclatement des dons : au lieu de collecter 11 millions de dons provenant de 170 entreprises, on en aura 21 millions issus de 1 000 entreprises différentes”.

D’où la nécessité de se professionnaliser pour gérer au mieux le flux. Optimisation du taux de remplissage des camions, digitalisation, contrôle de la qualité des marchandises… l’ADN a fait évoluer ses outils et se présente aujourd’hui comme l’association la plus en pointe dans le domaine. Mais elle doit faire face à une concurrence de plus en plus grande.

“Le gâteau est assez énorme”

Depuis quelques années, attirés par les nouvelles réglementations -en 2016, la destruction des invendus alimentaires a été interdite- de nombreux acteurs ont émergé sur le marché du don. Des entreprises privées comme Phenix et Comerso ont ouvert la marche en proposant, aux grandes surfaces notamment, de prendre en charge leurs invendus alimentaires de A à Z en les distribuant eux-mêmes aux associations. Le but étant de fluidifier les échanges et de soulager les entreprises. Depuis, les startups se multiplient. Dernière en date : Scop3, lancée il y a deux mois à peine. 

“On constate que la crise sanitaire a été une prise de conscience pour de nombreuses entreprises. Elles sont par ailleurs poussées par leurs jeunes salariés qui ont besoin d’adhérer à des valeurs écologiques et pour qui jeter un produit encore utilisable n’est pas concevable”, explique Sophie Scantamburlo-Contreras, cofondatrice de cette startup qui donne une seconde vie aux équipements professionnels. Selon elle, “le gâteau est assez énorme pour qu’on puisse se lancer”.

“Une marchandisation du don”

Dans un rapport publié en novembre dernier, l’Ademe appelait à cultiver les différences entre les acteurs privés et publics pour s’assurer d’une complémentarité. D’un côté les structures associatives se focalisent sur les produits de première nécessité, notait-elle, quand les intermédiaires privés sont plutôt dans une logique de service aux entreprises, les aidant ainsi à écouler leurs invendus. “Il y a une marchandisation du don qui est parfois mal considérée par les associations mais les besoins sont colossaux et pour l’instant, la cohabitation se passe bien. On arrive à trouver un terrain d’entente avec ces entreprises”, avance Romain Canler.

“La filière se structure”, abonde Valérie Fayard, directrice générale déléguée d’Emmaüs France. “Le risque c’est que les flux profitent aux gros acteurs, comme nous, qui sont capables de gérer des dons massifs, au détriment des plus petits qui risquent d’être évincés”, prévient-elle. L’Ademe estime qu’à partir de 2024, le gisement des invendus devrait se tarir. Le but de la loi étant surtout de pousser les entreprises à ajuster leur production plutôt que de la jeter ou de la donner, un “non sens”. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina

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