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Isabelle Guyomarch – groupe CCI Productions : La bienveillance est une clé de réussite pour l’entreprise

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Depuis près de 3 ans, le laboratoire Ozalys intègre en son sein une chaîne de production sans cadence, destinée aux salariées en situation de fragilité causée par la longue maladie. Signataire de la charte Cancer@Work, l’entreprise s’engage au quotidien pour mieux intégrer ces publics. Sa fondatrice, Isabelle Guyomarch, revient sur les enjeux de ces actions.

De quel constat êtes-vous partie en vous engageant auprès de Cancer@Work ?
1000 personnes chaque jour en France apprennent qu’elles ont un cancer. Parmi elles, 400 travaillent. De plus, entre deux et trois personnes sur cinq perdent leur emploi dans les deux ans qui suivent le diagnostic d’un cancer. Mais le travail, c’est un droit constitutionnel, qui participe directement à la qualité de vie. Cancer@Work, c’est une association reconnue d’intérêt général, mais également un club d’entreprises qui s’engagent, par la signature d’une charte, à mener des actions en faveur de l’intégration de la maladie au travail. L’originalité de cette charte, c’est qu’elle n’est ni rigide, ni un outil clé en main ; il s’agit de guidelines permettant à chaque entreprise de créer son propre outil de management de la fragilité.

Quels sont les avantages pour les employeurs à mieux intégrer les salariés en situation de fragilité ?
À mon sens, il y a un vrai enjeu socio-économique, car les progrès de la science sont tels que les taux de survie au cancer sont de plus en plus élevés, et heureusement. En France, nous dépensons beaucoup d’argent pour soigner et sauver les gens. Il est donc normal de bien les réinsérer dans la vie active ensuite, si c’est possible. C’est un vrai combat que de faire entendre que ces publics peuvent créer de la valeur ajoutée alors que les entreprises ont pour habitude de baisser les bras et de s’orienter vers l’inaptitude. Mais financièrement, la maladie grave n’est pas celle qui impacte le plus l’entreprise. Elle ne représente que 1% de nos arrêts maladie. Et pourtant la France est dans le top 5 des pays européens qui posent le plus de jours d’arrêts de travail. Et cela tient à ce que j’appelle la « bobologie » ; le fait de multiplier les arrêts pour les choses de la vie courante. La surprise que j’ai eue, en poursuivant un politique d’entreprise très forte et engagée aux côtés de Cancer@Work, c’est de constater que cette « bobologie » a justement diminué chez nous. Les salariés bien portants bénéficient eux aussi de cette politique sociétale bienveillante. Et nous avons constaté une baisse considérable du nombre d’arrêts de travail chaque année depuis que nous sommes inscrits dans une démarche de création de valeur humaine avec la fragilité. Mais à mon avis, cela ne fonctionne que si la démarche est à la fois sincère et réellement mise en place. Ce sont des politiques qui marchent par l’exemplarité. Il y a encore 80% des entreprises qui fonctionnent avec des notions de performances financières strictes. Mais on voit apparaître des notions de performances sociétales. Elles sont encore insuffisamment valorisées par les politiques fiscales, mais je pense que les choses bougent. La bienveillance est une clé de réussite pour l’entreprise, et une clé de création de valeur ajoutée. C’est peut-être là l’enjeu des décennies à venir pour les chefs d’entreprise.

Au sein de votre atelier Ozalys, vous avez mis en place une chaîne de production sans cadence. En quoi consiste-t-elle ?
C’est une bulle en plein milieu de l’atelier, qu’on a appelé « l’atelier-école », où les salariés en situation de fragilité vont pouvoir travailler durant la maladie si c’est possible. Et effectivement, il n’y a pas de machine qui impose la cadence au salarié. C’est le salarié qui impose la cadence à la machine. L’atelier s’est vraiment adapté. À titre d’exemple, les secteurs agroalimentaires, pharmaceutiques et cosmétiques interdisent d’avoir une bouteille d’eau à son poste de travail dans les usines, pour des raisons de risques de contamination. Mais dans le cadre de certains traitements médicaux, ou après ces traitements, ne pas pouvoir boire peut-être une vraie torture. Donc nous avons imaginé des dispositifs spécifiques pour pouvoir se désaltérer.
Cet atelier-école, il intéresse parce que l’on comprend très bien le mi-temps thérapeutique et le télétravail pour des postes sédentaires, de services ou intellectuels. Mais dès que l’on arrive sur des postes physiques, classiquement des postes qui ne peuvent pas télétravailler, les entreprises ont beaucoup de mal à imaginer des dispositifs. Et l’atelier-école est l’exemple même que l’innovation en matière de gestion des ressources humaines peut conduire à de la profitabilité.

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