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Ketchup, vélo, bois… Des pénuries symboles du manque de résilience de nos systèmes de production

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Publié le 13 avril 2021

Vortex polaire au Texas, sécheresse à Taïwan, blocage du canal de Suez… Ces dernières semaines, les grains de sable venant enrayer la machine du commerce mondial se sont multipliés provoquant des risques de pénurie de papier toilette, de ketchup, de semi-conducteurs ou encore de vélo. Ces défaillances mettent en lumière la fragilité de nos systèmes de production sur fond de pandémie alors que les États-Unis et le Vieux continent tentent de trouver une piste de sortie plus résiliente.

Le ketchup est l’arbre qui cache la forêt de pénuries. Aux États-Unis, le problème est devenu une affaire d’État. “Comment peut-on servir des frites sans ketchup Heinz?”, s’inquiète ainsi un restaurateur de Denver (Colorado), cité par le Wall Street Journal. Avec l’explosion de la vente à domicile et des livraisons, les fabricants n’arrivent pas à suivre le rythme de production des sachets individuels contenant cette sauce si populaire. Même en procédant à des réajustements dans sa production, le groupe Heinz précise à l’AFP que “la demande est supérieure à l’offre”. Et cette situation n’est pas un cas à part. De nombreux secteurs sont touchés par un risque de pénurie. Les chantiers de construction tournent par exemple au ralenti. 

L’acier, le bois, le verre, et certains matériaux de base comme les plaques de plâtre et de ciment sont en rupture, de même que les peintures. Les prix flambent et les retards de livraison s’accumulent. Une situation inquiétante pour le Syndicat national des adjuvants pour bétons et mortiers (Synad) qui indique faire “face à de très fortes tensions” sur les “approvisionnements en matières premières voire des ruptures“. Du côté des fabricants de vélo, la situation n’est pas meilleure. Alors qu’en 2020 le secteur du vélo a enregistré un chiffre d’affaires de plus de trois milliards d’euros, un record, le coût des composants et le délai d’approvisionnement a là aussi explosé.  

Des événements exceptionnels sur fond de pandémie 

Comme pour les autres secteurs, les acteurs n’ont pas anticipé une demande aussi forte. Pour le vélo, on est passé “d’un marché de niche à un marché de masse”, précise Xavier Moleux. Mais l’explosion de la demande n’est pas la seule explication.  Da manière globale, des grains de sable sont venus enrayer la machine des chaînes d’approvisionnement mondiales qui fonctionnait déjà, avant la pandémie, en flux tendu. 

En un laps de temps record, les supply chain ont en effet subi des événements exceptionnels sur fond de Covid-19 : le vortex polaire au Texas qui a poussé certaines usines à s’arrêter quelques jours, la sécheresse à Taïwan qui a ralenti la production de semi-conducteurs et, ultime coup dur, le blocage du canal de Suez par le porte-conteneurs Ever Given. La pénurie est telle sur les puces électroniques et les semi-conducteurs, composants essentiels à la fabrication des électroménagers, smartphones, automobiles… que le 12 avril, Joe Biden a réuni 19 entreprises dont Ford, General Motors, Google ou encore Intel pour un sommet exceptionnel sur le sujet. Trois jours plus tôt, le Président des États-Unis avait annoncé débloquer une enveloppe de 150 millions d’euros pour ouvrir des usines sur le sol américain. 

 Relocalisation, diversification ou coordination

La relocalisation est en effet une des pistes qui permettrait de redonner de la résilience à ces chaînes d’approvisionnement. “La Chine et le reste du monde n’attendent pas. Il n’y a aucune raison pour que l’Amérique attende”, a déclaré l’hôte de la Maison Blanche. L’Europe se lance aussi dans la course. Pour réduire sa dépendance aux pays asiatiques notamment, le Vieux contient a créé une alliance des matières premières et espère produire 20 % des semi-conducteurs du monde d’ici 2030. Cette volonté de produire sur son territoire permettrait en outre de respecter les objectifs de neutralité carbone que s’est fixée Bruxelles. 

L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) préconise, elle, une mondialisation régulée plutôt que la relocalisation. Dans un rapport publié le 23 mars à destination du G7, elle recommande la création d’un forum d’urgence sur les biens essentiels en cas de crise pour faciliter la coordination au niveau politique. “Pour que les marchés mondiaux et les chaînes d’approvisionnement soient une source de résilience face aux chocs, nous devons être sûrs qu’ils restent ouverts et équitables”, croit le secrétaire général de l’OCDE Angel Gurria. 

Marina Fabre, @fabre_marina

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