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La biodiversité veut s’installer comme une réalité économique pour les entreprises

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Publié le 01 octobre 2021

Le WWF France et la chaire Comptabilité écologique d’AgroParisTech viennent de créer le “Lab Capital Naturel”. Avec des grands groupes comme LVMH, Michelin ou le groupe Yves Rocher, cette nouvelle initiative veut contribuer à intégrer les services rendus par la nature et la dégradation des écosystèmes comme une dette dans les comptes des entreprises. Un travail qui pourrait contribuer à transformer le modèle d’affaires des entreprises.

Les services rendus par la nature à l’économie sont pour l’instant gratuits. Et si on commençait à les payer ? Une initiative du WWF France vise justement à inclure l’impact de l’activité économique d’une entreprise sur la nature directement dans ses comptes. Baptisée le “Lab Capital Naturel”, elle compte dans ses rangs cinq entreprises volontaires pour travailler sur le sujet, Carrefour, GRDF, le groupe Bel, le groupe Yves Rocher, Michelin et LVMH, ainsi que des membres observateurs parmi lesquels le ministère de la Transition écologique. Lancée juste avant la première partie de la COP 15 sur la nature, dont les premiers travaux démarrent en octobre, l’initiative espère attirer d’autres entreprises.

L’ambition du projet consiste à mesurer scientifiquement l’impact d’une entreprise sur son écosystème, puis de le traduire dans la comptabilité des entreprises. L’enjeu est de taille : selon une étude du Forum économique mondial, près de la moitié du PIB mondial dépend de près ou de loin de la nature. Les risques de perte de biodiversité sont donc majeurs. “La nature est le socle de nos économies or, à ce stade, les entreprises ne disposent pas des outils pour la prendre en compte. En plus d’objectifs de décarbonation, il est vital que les entreprises intègrent des objectifs et des trajectoires de biodiversité“, déclare Véronique Andrieux, directrice générale du WWF.

Le Lab espère connecter les outils nécessaires pour les entreprises. Elle veut ainsi faire travailler ensemble le dispositif des Science-Based Target on Nature, qui ambitionne de mesure ces impacts et définir les actions pour y remédier, et la méthode Care (Comptabilité adaptée au renouvellement de l’environnement), développée par la chaire Comptabilité Écologique de l’école d’ingénieur AgroParisTech.

Rembourser la dette écologique

Ce modèle de comptabilité vise à mettre à égalité le capital financier avec d’autres types de capitaux dont l’entreprise tire ses ressources, comme le capital naturel, le capital climat ou encore le capital humain. Sur la nature, par exemple, la société doit alors inscrire au rang de ses dettes ce que la biodiversité lui rapporte et les éventuelles dégradations engendrées sur l’environnement et les écosystèmes. L’entreprise doit donc rembourser cette dette, comme celle qu’elle aurait contractée auprès d’une banque. Un changement d’état d’esprit qui peut parfois être difficile à accepter pour les entreprises.

Cela se traduit par une baisse réelle de rentabilité, confirme Alexandre Rambaud, le co-responsable de la Chaire Comptabilité écologique d’AgroParisTech. Mais en prenant conscience de cela, les entreprises peuvent alors agir pour réduire leur dette écologique en mettant en place un tableau de bord pour suivre son amélioration.” Une vingtaine d’entreprises, dont des grands groupes comme LVMH ou le groupe Yves Rocher, mais aussi des PME, ont choisi de se prêter à l’exercice afin de se doter permettant de mesurer leur action réelle contre le changement climatique ou la préservation de la biodiversité.

L’objectif du Lab capital naturel consiste à apporter à la méthode Care des données scientifiques sur la mesure des impacts sur la nature et sur les moyens de la restaurer, donc de rembourser sa dette. Un travail encore nécessaire, étant donné le manque d’informations et de méthodologies sur la question. “On ne sait pas encore ce que signifie scientifiquement la bonne restauration d’un écosystème naturel“, remarque Alexandre Rambaud.

Cette démarche devrait normalement conduire les entreprises qui la suivent à transformer leur modèle d’affaires pour se désendetter. Un pas sans doute difficile à franchir pour de nombreuses entreprises. “Dans le cadre de nos travaux, nous proposons une première brique qui serait une déclaration de performance intégrée, faisant le lien entre les informations financières et extra-financières“, confie Alexandre Rambaud.

Arnaud Dumas, @ADumas5

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