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La forêt amazonienne brésilienne émet désormais plus de carbone qu’elle n’en absorbe

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Publié le 10 mai 2021

ENVIRONNEMENT

La Terre est en train de perdre l’un de ses poumons. Pour la première fois, la forêt amazonienne au Brésil a émis plus de CO2 qu’elle n’en a absorbé ces dix dernières années, révèle une étude parue dans la revue Nature Climate Change début mai. Les chercheurs ont observé que la dégradation des forêts (petits feux de forêt, coupe sélective…) a un impact encore plus important que la déforestation.

La bascule est inédite. La forêt amazonienne brésilienne, victime du changement climatique et des activités humaines, a rejeté ces dix dernières années plus de carbone qu’elle n’en a absorbé, selon une étude, publiée dans Nature Climate Change. Depuis plusieurs années, les scientifiques s’inquiètent d’un essoufflement des forêts tropicales. Ils craignent qu’elles puissent de moins en moins absorber du carbone. Or, les forêts absorbent entre 25 et 30 % des gaz à effet de serre émis par l’humain.

Cette nouvelle étude porte sur la partie brésilienne de l’Amazonie, qui représente 60% de cette forêt primaire. Entre 2010 et 2019, ses émissions de carbone de cette forêt sont environ 18 % supérieures aux absorptions, a précisé dans un communiqué l’Institut français de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). “C’est la première fois qu’on a des chiffres qui montrent qu’on a basculé et que l’Amazonie brésilienne est émettrice” nette de carbone, a expliqué l’un des auteurs, Jean-Pierre Wigneron, chercheur à l’Inrae.

Jusqu’à présent, les forêts, en particulier les forêts tropicales, nous protégeaient en permettant de freiner le réchauffement, mais notre dernier rempart, l’Amazonie, est en train de basculer“, met en garde le chercheur. Pour l’instant, “les autres pays compensent les pertes de l’Amazonie brésilienne“. Mais si “l’ensemble de l’Amazonie n’a pas encore basculé, elle pourrait le faire bientôt“, alerte Jean-Pierre Wigneron.

La dégradation des forêts plus dangereuse encore que le déboisement

L’étude met d’autre part en avant la responsabilité méconnue, mais majeure, des “dégradations” de la forêt. Contrairement à la déforestation qui fait disparaître la surface boisée, les dégradations incluent tout ce qui peut l’abîmer, sans pour autant la détruire totalement : arbres fragilisés en bordure des zones déforestées, coupes sélectives, petits incendies, mortalité des arbres liée à la sécheresse. 

L’étude conclut que ces dégradations de la forêt ont contribué à 73 % des pertes de carbone, contre 27 % pour la déforestation, pourtant de grande ampleur. “Nous connaissons tous l’importance de la déforestation en Amazonie pour le changement climatique mondial, a souligné le professeur Stephen Sitch, de l’Institut Global Systems d’Exeter. Pourtant, notre étude montre comment les émissions résultant des processus de dégradation des forêts associés peuvent être encore plus importantes. La dégradation est une menace omniprésente pour l’intégrité future des forêts et nécessite une attention urgente de la recherche.” 

Les résultats montrent parallèlement une augmentation significative de la déforestation en 2019, soit 3,9 millions d’hectares contre environ un million par an en 2017 et 2018. Mi-avril, le Président brésilien Jair Bolsonaro s’est engagé dans une lettre destinée à son homologue américain Joe Biden à mettre fin à la déforestation illégale en Amazonie d’ici 2030.

Pauline Fricot, @PaulineFricot avec AFP

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