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La guerre des métaux rares fait rage et c’est l’environnement qui souffre

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Publié le 17 mai 2021

ENVIRONNEMENT

La Chine détient une arme géopolitique majeure : les métaux rares. Celle-ci produit 85 % de ces éléments indispensables à la transition énergétique. Le reste du monde est complètement dépendant de Pékin qui extrait ses métaux dans des conditions environnementales et humaines désastreuses. Si le réveil a sonné pour les États-Unis qui se lancent enfin dans une course à la relocalisation, le Vieux Continent, lui, traîne des pieds. “L’Europe doit sortir de sa léthargie”, prévient le spécialiste Guillaume Pitron. 

C’était il y a trois ans. Dans un essai qui a créé le buzz, le journaliste indépendant Guillaume Pitron publiait son livre, “La guerre des métaux rares”, fruit d’une enquête de six ans dans une douzaine de pays, sur la face cachée de la transition énergétique. Le journaliste jetait une lumière crue sur les impacts environnementaux et sociaux majeurs générés par l’extraction des métaux nécessaires au bon fonctionnement des éoliennes, panneaux solaires, batteries de voitures électriques… Trois ans plus tard, malgré cette alerte retentissante, “la situation n’a pas vraiment changé”, explique le spécialiste. La Chine est toujours en situation de quasi-monopole avec 85 % de métaux rares produits sur son territoire.

“Dans la région de Baotou en Chine, où se concentrent 60 % des réserves mondiales connues de terres rares, on constate toujours des rejets d’effluents toxiques, tout est pollué, les eaux sont chargées de métaux lourds et les populations en payent le prix fort”, explique Guillaume Pitron. Malgré cette situation, la demande ne faiblit pas. En se désintéressant de ces métaux, l’Union européenne et les États-Unis ont laissé la main à la Chine, développant ainsi leur dépendance envers elle tout en cautionnant des pratiques environnementales et humaines moins-disantes par rapport aux réglementations en vigueur dans leurs régions respectives. Mais le réveil pourrait avoir sonné.

Le réveil des États-Unis

Les États-Unis ont lancé un vaste plan visant à assurer leur souveraineté. En mars dernier, ils ont relancé la mine de Mountain Pass en Californie. Cette dernière avait été abandonnée au début des années 2000 après avoir fait faillite. Quand le site tournera à plein régime, il devrait représenter 16 % de la production mondiale. Reste que du côté du raffinage, les Américains sont toujours dépendants de la Chine mais “il n’est jamais trop tard”, assure Guillaume Pitron. 

Du côté du Vieux Continent, la prise de conscience a eu lieu, mais le passage à l’acte est plus lent. La Commission européenne a annoncé, en septembre dernier, la création d’une alliance pour les matières premières. Celle-ci concerne des métaux rares mais aussi des métaux stratégiques essentiels à la transition énergétique comme le cobalt ou le lithium. La pression est de plus en plus forte sur ces métaux. Dans ses dernières projections l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que d’ici 2040, avec le développement des énergies renouvelables et de la voiture électrique, le monde consommera 40 fois plus de lithium, 20 fois plus de nickel et 7 fois plus de manganèse. 

“Une guerre économique”

“L’Europe n’a pas le choix, il faut qu’elle sorte de sa léthargie. Tant qu’elle n’aura pas compris qu’il y a une guerre des métaux, une guerre économique qui se joue, on sera piégé. Le problème de l’Europe c’est qu’elle se croit dans un monde de bisounours”, tacle Guillaume Pitron. Une des solutions pour diminuer cette dépendance est la voie du recyclage. Aujourd’hui, seulement 7 % des terres rares seraient recyclées. Le spécialiste de la chimie, Solvay, de la mobilité, Renault, et de l’environnement, Veolia, se sont associés en mars dernier pour améliorer le recyclage des batteries électriques en fin de vie. 

Jugé peu rentable face à de l’extraction pure, le recyclage est boudé, de manière générale, par le secteur. Mais la flambée des prix de certains matériaux stratégiques pourrait changer la donne. Le prix du cuivre par exemple a atteint des records dépassant début mai la barre des 10 400 dollars, du jamais vu. Étant donné qu’une voiture électrique consomme deux fois plus de cuivre qu’une thermique, la tendance pourrait continuer. Même chose du côté du lithium et le nickel, donc les cours ont doublé. L’AIE craint d’ailleurs que cette explosion des prix ne fasse dérailler la transition énergétique.  

Marina Fabre, @fabre_marina

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