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La mission de Danone doit survivre à l'éviction d'Emmanuel Faber

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Publié le 16 mars 2021

ENTREPRISES RESPONSABLES

Emmanuel Faber, l’homme qui a transformé Danone en “société à mission” a été évincé par les actionnaires du groupe. Si ces derniers avaient validé à 99,4 % cette décision en juin dernier, le devenir du groupe en tant que société à mission est remis en question. Des garde-fous existent toutefois pour faire en sorte que le double projet économique et social, ancré dans l’entreprise depuis longtemps, survive à cette crise.

L’éviction du PDG de Danone, Emmanuel Faber, suscite des inquiétudes sur son devenir de société à mission. Mais des garde-fous existent pour que ce modèle perdure.
@PatrickKovarik-AFP

C’était en juin dernier. Danone devenait la première “entreprise à mission” du CAC 40 pour “apporter la santé par l’alimentation au plus grand nombre“. Une décision “historique” et audacieuse approuvée à plus de 99 % par les actionnaires. Huit mois plus tard, l’euphorie est retombée. Face à une rentabilité jugée insuffisante et un projet stratégique pas assez convaincant, les actionnaires ont évincé le PDG, Emmanuel Faber.

Si les fonds activistes à l’origine de la fronde ainsi que le Conseil d’administration, ont beau afficher un “attachement” au double projet économique et social de l’entreprise, leurs manœuvres inquiètent sur le devenir de Danone en tant que société à mission. “La majorité des salariés a adhéré à ce projet-là. Cela permettait de construire sur l’avenir. Aujourd’hui les cartes sont rebattues, est-ce que ce projet tient toujours ?”, interroge Michel Coudougnes, coordonnateur SNI2A CFE-CGC, auprès de l’AFP. 

La société à mission ne doit pas tomber avec son dirigeant

La question est légitime. C’est Emmanuel Faber qui a porté ce projet d’entreprise à mission. Il a “accéléré la transformation de Danone vers un modèle capitaliste plus responsable pour les hommes et la nature”, explique ainsi le président du comité à mission de Danone, Pascal Lamy. Il n’en demeure pas moins que la pérennité de ce modèle ne doit pas être liée à la seule personnalité de son ex-dirigeant, aussi charismatique soit-il. 

“La société à mission n’est pas là pour protéger le dirigeant mais l’entreprise et son projet”, souligne l’avocat Errol Cohen, auteur du livre La société à mission. Une fois inscrite dans les statuts de la société comme le demande la loi Pacte, il est difficile de modifier la mission adoptée. Il faudrait ainsi recueillir l’aval de plus du deux tiers des actionnaires. Même si la structure de l’actionnariat et la situation a changé depuis juin, cela semble hautement improbable.

Un enjeu réputationnel

La loi Pacte prévoit aussi un garde-fou par la mise en place d’un comité de mission. Son rôle est de garantir le suivi de la mission et de ses impacts environnementaux et sociaux dans le temps, quel que soit son dirigeant. “La nouvelle direction va devoir s’expliquer sur son projet. On verra assez vite s’il y a changement de cap ou pas”, affirme Pascal Lamy à BFMTV. Si le double projet venait à être remis en cause, il quitterait alors le navire. Ce qui mettrait réputationnellement fin à la démarche.

La société à mission est enfin et surtout un projet d’entreprise qui se construit avec ses équipes et s’évalue sur le long terme. “On n’est pas une société à mission, on le devient”, souligne Errol Cohen. En février, plus de 5 000 salariés et partenaires de l’entreprise avaient tenus à “réaffirmer avec force” leur “adhésion aux valeurs et à la mission” mise en œuvre depuis 50 ans par le Groupe. C’est ce modèle, ancré “dans l’ADN” de Danone qui “fait sa force“, écrivaient-il alors.

Le groupe a en effet bâti sa réputation sur une forte responsabilité sociétale, allant jusqu’à adapter un label international de responsabilité sociétale (Bcorp) à son envergure de multinationale. En devenant l’une des très rares entreprises à mission cotées, il est devenu un cas d’école international. Cette crise fait donc figure de stress test en mettant son modèle à l’épreuve des marchés financiers.

Béatrice Héraud, @beatriceheraud

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