La COBEL Academy propose des Webinaires & Master Class

La puissance financière de Vincent Bolloré lui donne le pouvoir de menacer la liberté de la presse

Vincent Bollore Eric Piermont AFP 01

Publié le 17 décembre 2021

Derrière l’OPA de Vivendi sur Lagardère, avancée à février 2022, il y a l’officialisation de la prise de contrôle par Vincent Bollore de fleurons de la presse française comme Europe 1, Paris Match ou le Journal du Dimanche. Un climat de domination qui règne déjà sur le groupe Canal Plus, diffuseur de CNews. C’est pourquoi Reporters Sans Frontières lance l’alerte sur les risques que ces opérations financières font peser sur la liberté de la presse et la démocratie en France. 50 journalistes sont déjà sous le coup de “procès baillons” intentés par Vincent Bolloré. 

“Je ne pensais pas que la “foxnewisation” pouvait arriver en France”, avoue Christophe Deloire, le directeur de Reporters sans frontières (RSF). “Je pensais que nous avions des institutions fortes mais le CSA s’avère très faible” ajoute-t-il. C’est ainsi que s’est ouvert un événement co-organisé par RSF et l’association Un Bout des médias le 13 décembre à Paris autour du “Système B”, pour Bolloré.


 

RSF a réalisé un documentaire avec des témoignages de journalistes expliquant comment fonctionne la prise de contrôle de l’information par Vincent Bolloré. Le mouvement a commencé en 2016 avec la transformation d’I-Télé en CNEWS après un mois de grève et 150 départs. Il s’est accéléré avec la prise de contrôle du groupe Lagardère en 2021 qui a permis à Vincent Bolloré, sans avoir le contrôle formel du capital et de la gouvernance, d’influencer grandement trois médias à diffusion large : Europe 1, Paris Match et le Journal du Dimanche. Il y favorise le glissement d’une information basée sur des faits vérifiés vers la diffusion massive d’opinions extrêmes où les thèses d’Eric Zemmour tiennent une grande place. 

“Trumpisation” du débat public français

Le film de RSF est construit comme un message d’alerte sur les menaces démocratiques que représente cette “trumpisation” du débat public français parce que des médias perdent leur indépendance avec la disparition des moyens de bien informer. Une chaîne de télévision avec des plateaux à clash qui font de l’audience coûte beaucoup, beaucoup moins cher qu’une chaîne toute info avec des reportages. C’est pourquoi certains mettent en avant la rationalité économique du choix de la transformation de CNews.

Mais pour les lanceurs d’alerte que sont RSF et Un bout des médias, le principal risque est l’impact sur l’opinion publique de la diffusion en boucle de tirades à charge, très orientées politiquement, où le climato scepticisme a une très bonne place. Cela rend beaucoup plus difficile la diffusion de faits basés sur la science concernant par exemple le changement climatique auprès de ceux dont ces chaînes sont la principale source d’information.  

Si Vincent Bolloré n’est pas la seule fortune française à avoir pris le contrôle de grands médias, ses opérations boursières lui offrent toutes les possibilités de museler ceux qu’il achète. “Ce sont les méthodes d’un raider (terme boursier) c’est-à-dire quelqu’un qui va arriver dans une boîte où il va couper toutes les têtes et se retrouver avec des gens qui soit sont d’accord soit n’osent pas parler, et tous sont mis au pas !”, explique Isabelle Roberts, co-autrice d’une série sur l’empire Bolloré publiée par le site d’information Les Jours.  

Rares sont les journalistes qui acceptent de témoigner

Les opérations financières menées par Vivendi, détenteur de Canal Plus, lui donnent des moyens considérables. En vendant Universal Music cet été pour 3,5 milliards d’euros, le groupe a eu de quoi se payer les 610 millions d’euros que coûte la part du capital de Lagardère détenue par Amber Capital. Ce rachat permet ainsi à Vincent Bolloré de détenir 45 % du capital de Lagardère. Sans attendre la validation juridique de ce montage, il a d’ores et déjà commencé à étendre son influence sur Europe 1 comme le montre le film de RSF. 

Rares sont les journalistes, débarqués avec plus ou moins d’autoritarisme, qui acceptent de témoigner parce que tous ont signé des accords de non-dénigrement. Ceux qui témoignent parlent d’une méthode B consistant, de l’aveu même de Vincent Bolloré, a semé la terreur pour obtenir des contenus qui ne lui déplaisent pas. Sinon il attaque ! Une cinquantaine de procédures visent des journalistes d’investigation devant tous types de tribunaux, civil, pénal, commerce, prud’homme, en France mais aussi au Cameroun quand les enquêtes concernent les plantations en Afrique de la Socapalm, filiale du groupe Bolloré.

L’objectif n’est pas de gagner tous ces procès mais de dissuader toute enquête fouillée par le montant exorbitant des frais d’avocats et la longueur des procédures. C’est ce qu’on appelle des procès baillons. À la suite de la diffusion du film de RSF, Vincent Bolloré a ainsi attaqué un des journalistes qui y témoigne, Jean-Baptiste Rivoire. Débarqué de Canal Plus, il a fondé OffInvestigation et a lancé une campagne de crowdfunding pour aider à financer ses enquêtes et ce procès à venir.

Dans sa communication RSE, Vivendi met en avant les 200 millions d’euros investis dans le cinéma, les 16 % d’énergies renouvelables et 77 campagnes publicitaires gratuites pour de grandes causes. Pas un mot sur l’activité d’information du groupe et le respect de la liberté de la presse. Pour changer la donne et mettre la liberté de la presse à l’agenda des présidentielles, le collectif Informer n’est pas un délit vient de publier des propositions dont celle de créer un délit de trafic d’influence en matière de presse…

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic

Pour en savoir plus ou lire la suite : Source | Lien vers l'article

Les dernières publications :