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La révolte des paysans indiens a payé : le gouvernement annonce le retrait de la très controversée réforme agricole

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Publié le 22 novembre 2021

ENVIRONNEMENT

C’est un moment rare. Le Premier ministre Narendra Modi s’est incliné face à la mobilisation, qui dure depuis plus d’un an, des paysans indiens. Il a annoncé le retrait de sa réforme agricole qui risquait d’obliger les agriculteurs à brader leurs marchandises aux grandes entreprises pour les écouler. Un bras de fer perdu pour le Premier ministre qui plie pour la première fois dans le cadre d’un conflit social. 

C’est une surprise et un symbole fort. Alors que depuis plus d’un an -une des plus longues manifestations depuis l’indépendance de l’Inde en 1947- les paysans indiens manifestent contre la réforme agricole portée par Narendra Modi, le Premier ministre, a fait machine arrière le 19 novembre : “Nous allons entamer le processus constitutionnel d’abrogation de ces trois lois lors de la cession parlementaire qui débute à la fin du mois”. 

“J’appelle tous les agriculteurs participant aux manifestations à rentrer chez eux, à retrouver leurs proches, leurs fermes et leur famille, en ce jour propice de Guru Purab”, date anniversaire de la naissance de Guru Nanak, fondateur du sikhisme, a poursuivi le Premier ministre indien. “Prenons un nouveau départ et allons de l’avant”, a-t-il ajouté. “C’est la première fois que le Premier ministre cède sur un conflit social. “C’est une victoire historique pour nos agriculteurs, notre peuple et notre démocratie”, a réagi le principal parti de l’opposition, le Congrès national indien. 

Les réformes agricoles avaient été votées en septembre 2020 pour autoriser les agriculteurs à vendre leurs productions aux acheteurs de leur choix, plutôt que de se tourner exclusivement vers les marchés contrôlés par l’État leur assurant un prix de soutien minimal (PSM) pour certaines denrées. Nombre de petits exploitants agricoles s’y opposent depuis novembre 2020 dans des manifestations massives, s’estimant menacés par cette libéralisation qui, selon eux, risquait de les obliger à brader leurs marchandises aux grandes entreprises pour les écouler.

Une crise massive

Depuis, les agriculteurs campent sur les routes aux portes de New Delhi, où un réseau de solidarité s’est mis en place. Chaque jour, des tracteurs leur livrent des carrioles de bois et de vivres. Ce mouvement agricole constitue l’un des plus grands défis auxquels le pays a dû faire face depuis l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi en 2014. Si le mouvement a été autant suivi et relayé notamment par des célébrités comme Rihanna ou l’activiste Greta Thunberg, c’est que le secteur agricole pèse plus de 15 % du PIB et fait vivre 58 % de la population soit environ 800 millions de personnes. Or depuis des années, le nombre de paysans suicidés ne cesse d’augmenter. En 30 ans, ce sont 300 000 agriculteurs indiens qui se sont donné la mort. D’où la révolte qui n’a cessé de monter. 

À deux ans des élections générales et affaibli par sa gestion de la pandémie de Covid-19, Narendra Modi craignait surtout que ces manifestations massives ne viennent peser dans sa campagne. “C’est une bonne nouvelle pour la démocratie défaillante de l’Inde”, a réagi dans le New York Times Gilles Verniers, professeur de sciences politiques à l’université d’Ashoka estimant que cette victoire pourrait donner un coup de fouet à la démocratie indienne. “Cela montre que des aspects plus substantiels de la participation démocratique, comme les manifestations civiles, peuvent être couronnés de succès”. Reste à savoir maintenant comment résoudre la crise agricole. Les manifestants réclament, eux, une loi garantissant un prix minimum pour les récoltes.

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP

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