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La société de déconsommation commence à faire son chemin

centre commercial consommation CCO

Publié le 26 décembre 2021

L’injonction de consommer moins mais mieux est devenu une réalité, analyse Cécile Désaunay dans son essai “La société de déconsommation, la révolution du vivre mieux en consommant moins”. La tendance est volontairement portée par les plus diplômés et les femmes mais aussi par l’évolution structurelle de la population, plus âgée et avec de moindres besoins. Sans s’en apercevoir, la société a-t-elle ainsi atteint un “peak stuff” ?

Au même titre que notre civilisation a déjà atteint un “peak oil” (le pic de la consommation de pétrole), elle aurait aussi franchi un “peak stuff” (pic de consommation de “choses”). Autrement dit, la société de consommation se désintoxique progressivement de son carburant : l’achat et la possession de toujours plus de biens, pour glisser progressivement vers une plus grande sobriété matérielle. Au lendemain de Noël, cette évolution ne paraît pas des plus évidentes, mais il s’agit plutôt d’une révolution silencieuse.

“La notion de peak stuff a été initialement développée par le chercheur anglais, Chris Goodall“, reconnaît Cécile Désaunay, autrice de “La société de déconsommation, la révolution du vivre mieux en consommant moins” (Gallimard). Selon Chris Goodall, nos sociétés ont atteint un pic de consommation similaire au pic pétrolier. Cette remise en cause du dogme de l’augmentation infinie de la consommation s’appuie sur une batterie d’indicateurs précis. “Après une étude minutieuse de Futurible, nous constatons effectivement que certains postes de consommation stagnent et d’autres diminuent même, comme la viande, le papier ou encore l’automobile“, souligne la directrice d’étude chez Futurible. “La pandémie a accéléré la tendance sur certains secteurs comme le textile ou le tourisme. Mais d’autres, comme le numérique ou le logement, se portent mieux”, note encore la spécialiste. “Il y a aussi des effets de substitution : on remplace la viande par du poisson et des œufs par exemple“, nuance l’auteur.

Ainsi, dans son essai, Cécile Désaunay analyse l’évolution de notre société pour comprendre si nous avons ou non collectivement atteint ce fameux peak stuff et in fine abandonné le modèle de société de consommation. “Ce modèle n’a pas toujours existé. Ramené à l’échelle de l’humanité, sa durée de vie est même très courte“, avance Cécile Désaunay qui part de ce constat pour saisir la mutation de notre société. “On voit des signes d’essoufflement“, constate ainsi l’auteur. “Le modèle économique basé sur des taux de croissance élevé appartient au passé. Nous sommes durablement entrés dans une période de croissance molle avec des sociétés saturées de biens“, note ainsi la spécialiste. “Nous sommes entrés dans une société de déconsommation“, précise-t-elle.

Le risque du “burn out du colibri”

Cette moindre consommation s’explique, d’une part, par une évolution structurelle de la société. La population est plus âgée avec des besoins plus restreints. “Plus on vieillit, moins on consomme“, note ainsi Cécile Désaunay. Les plus âgés ont moins de besoins, ils sortent moins et sont moins dans la représentation, par exemple.” Par ailleurs, ils ont accumulé des biens et n’ont pas de nécessité à racheter des produits qu’ils possèdent déjà. Plus globalement, dans nos sociétés européennes, les ménages sont mieux équipés et leurs besoins de nouveaux produits sont moindres. 

À ces facteurs structurels s’ajoute une évolution des mentalités. Une partie de la population rejette la société du tout jetable et de l’hyper accumulation matérielle. “Toutes les enquêtes démontrent qu’il y a une remise en cause de la société de consommation et que la possession de nouveaux biens n’est plus irrémédiablement synonyme de bonheur“, note ainsi la spécialiste. Si la critique de la société de consommation n’est pas nouvelle, “elle devient systémique“, précise Cécile Désaunay. Une majorité de Français est attentive au gaspillage ou à la manipulation des marques et affichent fièrement sa transition vers un mode de vie plus sobre. “Ces citoyens sont fiers d’acheter d’occasion, de fabriquer leur lessive ou de désencombrer leur maison“, note l’auteur.

Toute la population en se retrouve cependant pas dans ce rejet de la consommation. Cette préoccupation est avant tout portée par les femmes et les plus diplômés, toutes les études le confirment. Le risque est ainsi de faire reposer cette évolution sur leurs seules épaules avec un possible épuisement, l’auteur note déjà l’apparition d’un “burn out du colibri“, cette fatigue des gens assurant des petits gestes pour la planète.

Mathilde Golla @Mathgolla

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