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La théorie du ruissellement ne fonctionne pas, selon la London School of Economics

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La théorie du ruissellement permet-elle de générer de la croissance et de l’emploi ? À en croire une étude menée par la London School of Economics : non. Elle accroit en revanche les inégalités.

La théorie du ruissellement, c’est l’idée que selon laquelle les revenus des plus riches sont réinjectés dans l’économie, créant ainsi de la croissance et de l’emploi bénéficie in fine à l’ensemble de l’économie. La théorie du ruissellement est à l’origine de nombreuses politiques économiques qualifiées de « libérales », et notamment celles visant à diminuer la charge fiscale des plus riches. C’est l’idée qui soutenait notamment en France la suppression de l’ISF (Impôt sur la Fortune), l’une des premières mesures économiques prises suite à l’élection d’Emmanuel Macron.

Comme pour toutes les théories et mesures économiques, il est toutefois assez complexe de vérifier l’efficacité réelle des dispositifs fondés sur la théorie du ruissellement. En effet, lorsqu’une telle mesure et mise en place, il est difficile de savoir si les effets que l’on observe ensuite sont liés à cette mesure ou à d’autres prises avant ou au même moment, ou à la conjoncture qui évolue.

Mais une étude a tenté de faire ce travail. La London School of Economics vient en effet de publier une grande étude, menée sur 18 pays de l’OCDE durant environ 50 ans, afin d’étudier le mieux possible les effets des politiques fondées sur la théorie du ruissellement. Leurs résultats laissent penser que ces mesures ne fonctionnent pas. Explications.

Mesurer les réformes d’allègement fiscal pour les riches

Pour mener ce travail, les chercheurs ont d’abord cherché à identifier et quantifier la manière dont la charge fiscale des individus les plus riches avait évolué dans le temps, dans 18 pays de l’OCDE (France, Etats-Unis, Suisse, Allemagne, Danemark, Irlande, Canada, Italie et d’autres) durant une cinquantaine d’années. Leur objectif était de mesurer les variations en prenant en compte l’ensemble de la charge fiscale : impôt sur le revenu, sur le capital, sur la consommation…

On constate ainsi qu’entre les années 1960 et 1990, le poids fiscal pesant sur les riches a plutôt baissé dans l’ensemble des pays étudié. La variable latente des taxes sur les riches a ainsi baissé de 30% sur la période. Néanmoins, cette baisse ne s’est pas produite de façon linéaire, et a été le résultat de plusieurs épisodes de réformes fiscales entraînant des baisses notables dans les différents pays. Par exemple, aux Etats-Unis, les chercheurs observent deux baisses importantes de la fiscalité sur les riches au moment de la présidence Reagan, au début et à la fin des années 1980.

Les chercheurs ont donc pu mesurer les effets de ces réformes, et les comparer, dans le temps et géographiquement.

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Mesurer l’effet des allègements fiscaux pour les plus riches

Sans surprise, les chercheurs constatent que dans les années qui suivent les réformes actant une baisse de la fiscalité pour les riches, la part du revenu national détenue par les 1% les plus riches augmente significativement, à court et moyen terme.

Selon la théorie du ruissellement, cet accaparement plus important de la richesse par les plus riches doit en théorie se traduire par un « ruissellement » sur le reste de l’économie : les plus riches consomment plus, investissent, et cela créé alors de l’emploi et de la richesse. Mais alors, cela se vérifie-t-il dans les faits ?

Eh bien non. Les chercheurs constatent qu’après des réformes de baisse de la fiscalité sur les plus riches, les trajectoires de croissance ou d’emploi dans les pays concernés ne varient pas. En d’autres termes, la théorie du ruissellement ne semble pas fonctionner dans les faits, ou du moins, ses effets ne sont pas mesurables.

Réduire les impôts pour les riches, supprimer l’ISF : accroître les inégalités, et c’est tout ?

En d’autres termes, le seul effet mesurable des allègements fiscaux des plus riches est un accroissement des inégalités. Selon les chercheurs, cette étude contribue à alimenter la masse croissante de preuves que les abattements fiscaux visant les plus riches n’ont pas d’intérêt économique en termes de croissance et d’emploi.

L’étude s’arrêtant en 2015, elle n’a toute fois pas étudié l’effet de la suppression de l’ISF en France. Mais les conclusions de l’étude rejoignent celles d’un rapport récent de France-Stratégie, qui concluait déjà que la suppression de l’ISF n’avait aucun effet mesurable or de l’augmentation de la richesse des ménages les plus riches.

Photo par Markus Spiske sur Unsplash

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