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La transition écologique ne doit pas être un business

La transition écologique devient de plus en plus un argument commercial. Les entreprises s’engouffrent dans la tendance. Et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. Et si on empêchait la transition écologique de devenir un business comme un autre ? Tentons d’y voir plus clair.

La transition écologique représente un défi gigantesque pour nos sociétés. En quelques années, il est devenu évident qu’il va nous falloir transformer à la fois notre système énergétique, notre système économique, notre façon de nous déplacer, de nous nourrir, de consommer.

Pour accomplir cette transition, il faudra évidemment les bonnes volontés de chacun, des politiques publiques adaptées, des citoyens qui jouent le jeu, et des acteurs économiques prêts à agir dans le bon sens. À ce titre, depuis de nombreuses années maintenant, on voit dans fleurir dans le débat public des injonctions au changement, notamment pour les entreprises et leurs clients. Le mot d’ordre : les entreprises doivent s’engager, devenir actrices du changement, et les consommateurs doivent suivre. Si tout va bien, la transition écologique devrait aller passer à la vitesse supérieure, et en plus, elle sera rentable.

Face à ces injonctions, le marché a pris le pli, évidemment, et a bien compris qu’il y avait dans la transition écologique une opportunité de faire de l’argent. Vendre des voitures plus propres, de la nourriture saine et green, des vêtements éco-friendly : voilà aujourd’hui la tendance. Mais est-ce une bonne nouvelle ? Les entreprises et leurs logiques marchandes doivent-elles être au coeur de la transition écologique ? Probablement pas. Voyons pourquoi.

L’entreprise et sa mission

La logique même d’une entreprise, sa mission première, c’est de générer du profit. Ce n’est pas là une simple définition prosaïque, bien au contraire, puisque l’article 1832 du Code Civil définit ainsi la finalité de l’entreprise comme un contrat établi entre associés « en vue de partager le bénéfice ou de profiter de l’économie qui pourra en résulter ». C’est donc une définition légale, juridique. Et Milton Friedman, Prix Nobel d’Économie, ne disait pas autre chose lorsqu’il affirmait que la seule responsabilité d’un businessman est de faire du profit.

Aujourd’hui, la tendance est bien entendu de prétendre l’inverse. Nombre d’entrepreneurs ou de figures de proue du système économique affirment ainsi que désormais, l’entreprise ne doit pas seulement faire du profit, mais également avoir une mission sociale, ou environnementale. Contribuer positivement à la société, avoir de l’impact positif. Être contributive, en résumé. C’est ce discours qui est au coeur de la RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises), c’est encore lui que l’on retrouve dans le rapport Notat-Sénard, à l’origine de la Loi PACTE, votée en 2019. Cette même loi qui d’ailleurs, modifie le Code Civil et son Article 1833, qui précise dès lors qu’une entreprise « est gérée dans son intérêt social, en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité.« 

L’idée sous-jacente, c’est que rien n’empêche finalement une entreprise de vouloir faire en même temps du profit et des actions à vocation environnementale ou sociale. Faire du business ET vendre des voitures plus vertes. Alimenter sa croissance ET vendre des innovations green. Mais alors, est-ce vraiment possible ?

Profit contre impact environnemental

En théorie, peut-être. Mais en pratique, l’Histoire récente n’incite pas forcément à être optimiste. Les études les plus récentes montrent ainsi que le système économique dans son ensemble peine à « découpler » ses impacts environnementaux de sa croissance économique. En d’autres termes, quand un système économique dégage des bénéfices, qu’il grandit sur le plan économique, les dégradation économiques, elles-aussi, croissent. C’est en substance ce qu’affirment une note de l’Agence Européenne de l’Environnement, affiliée à la Commission Européenne, et un rapport du Bureau Européen de l’Environnement. Au niveau collectif, la profusion d’entreprises engagées, de business models plus éco-friendly n’a semble-t-il pas encore permis de réduire la pression que nous exerçons sur les écosystèmes.

Plusieurs raisons l’expliquent. La première, c’est sans doute que, contrairement à ce que voudraient faire croire les tenants du green-business, aucune entreprise ou presque ne met sur le même plan son intérêt économique et financier et sa prétendue mission sociale ou environnementale. Et dans les faits, il n’y a pas toujours de situation « win-win » où plus durable rime aussi avec plus rentable, les études et rapports scientifiques montrent même plutôt l’inverse. Lorsqu’une entreprise doit choisir entre son profit et son impact environnemental, elle choisira presque systématiquement le premier. Et ce choix est commun, puisque généralement, produire des biens et services moins polluants est plus coûteux, à la fois en recherche et développement, en conception, ou en matière d’approvisionnement. Il faut faire du profit, toujours plus de profit, pour investir et attirer les financeurs, pour être pérenne et compétitif, quitte à ce que cela pollue parfois un peu plus. Plus question alors de « prendre en compte les enjeux sociaux ou environnementaux« .

C’est ainsi que fonctionne le système économique

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