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« La ZAD de Gonesse : une bulle pour vivre autrement »

L’âge de faire : Le projet Europacity a été abandonné il y a plus d’un an, alors pourquoi avoir décidé d’occuper les terres de Gonesse ?

Aline : Oui, le projet mégacomplexe Europacity, avec des pistes de ski artificielles, des hôtels et des touristes chinois qui allaient débarquer par cars entiers a été abandonné. Mais la construction de la gare de la ligne 17 du Grand Paris express est maintenue, alors que les habitants n’en veulent pas.

Ce bâtiment ne servira à rien puisqu’il sera situé en plein champ. D’ailleurs, on l’appelle la « gare égarée ». Dès qu’elle sera sur pied, on sait très bien ce qu’il va se passer : ce sera une bonne raison pour bétonner tout autour et construire des zones commerciales. C’est vraiment l’essence de ces grands projets inutiles : des idées démesurées qui ne tiennent pas compte des enjeux écologiques et de la concertation démocratique. Et au final, on va quand même détruire les terres les plus fertiles d’Europe, à proximité d’une capitale avec de gros enjeux alimentaires.

Comment se passe la vie dans la zad ?

A : Très vite, on a construit des cabanes, une cuisine, une bibliothèque. On a même un salon absolument grandiose avec des fenêtres. Et énormément de courants d’air ! On peut aussi bien se réciter des poèmes, faire la vaisselle ou construire des cabanes. On passe nos soirées autour du brasero. On se dit des tas de choses, on chante. Une convivialité que l’on n’a pas dans les boîtes à chaussures que sont les appartements modernes.

Étonnamment, il y a très peu de conflits. Bon, je ne me fais pas d’illusions : c’est le début, on est dans l’effervescence de la lutte. Mais, quand les décisions sont prises collectivement, tout le monde se sent impliqué. Nous venons d’horizons très différents et on est tous motivés par le bien commun. On sait que l’autre écoute en face. Donc pas besoin de s’énerver.

Bien sûr, les renseignements territoriaux et les gendarmes nous tournent autour. Le maire de Gonesse a aussi lancé une petite guérilla contre nous. Il a pris un arrêté municipal qui interdit le stationnement autour de la zad, pour empêcher les militants de nous ravitailler en nourriture ou en vêtements chauds. Il a même menacé de couper l’électricité aux gens du voyage s’ils continuaient de nous aider. Bref, c’est l’affreux jojo, quoi.

En quoi l’occupation du triangle de Gonesse a du sens pour toi ?

A : J’ai du mal avec la vie en Île-de-France, que je trouve de plus en plus maltraitante. Et je voulais vraiment retrouver un espace d’échanges avec les gens. Je suis assez proche d’Extinction Rebellion et des Gilets jaunes, donc j’ai déjà fait quelques occupations ponctuelles. Mais c’est la première fois que je participe à une zad. J’habitais dans les Hauts-de-Seine et j’avais 2h30 de transport en commun pour me rendre au triangle de Gonesse. Au départ, je me suis dit qu’ils ne me verraient pas beaucoup. Et finalement, je suis dans la zad depuis le début.

Ça nécessite de réinventer notre manière d’exister. Aujourd’hui, on vit dans un monde totalitaire, où les moindres aspects de nos vies sont décidés verticalement par des pseudos-experts. Dans la ZAD, on a la possibilité de ne pas tout décider à l’avance, ne pas avoir peur et de se sentir libres. C’est la vie, quoi.

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