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L’agriculture urbaine pour des villes plus résilientes et durables

Qu’est-ce que l’agriculture urbaine ? Comment peut-elle contribuer à rendre les villes plus écologiques, plus durables ? Tentons d’y voir plus clair.

Tandis que la population mondiale s’élève à 7,8 milliards d’habitants en 2021, elle devrait avoisiner les 9,8 milliards à l’horizon 2050. Une population qui se concentre majoritairement dans les villes : la Banque mondiale recensait 56% de citadins en 2020, et ils devraient être 68% dans 30 ans d’après les prévisions.

Face à cette croissance démographique, l’enjeu de la sécurité alimentaire se pose : est-on capables de nourrir presque 10 milliards d’êtres humains ? D’après les prévisions de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture), le défi va être d’augmenter la production alimentaire mondiale de 70 % d’ici 2050 pour nourrir correctement l’humanité. Et pour cela, il faut d’importantes ressources en terres, avec un climat et un sol permettant la polyculture. Or, ce n’est pas toujours le cas.

D’après le rapport FAO, « Comment nourrir le monde en 2050 » : « La plupart des terres adaptées et encore inexploitées sont concentrées dans quelques pays d’Amérique latine et d’Afrique subsaharienne, mais dans ces régions de nombreux pays aux populations rurales en expansion sont extrêmement pauvres en terres et la plus grande partie des superficies potentielles ne conviennent qu’à certaines cultures, qui ne sont pas nécessairement celles pour lesquelles la demande est la plus forte. De plus, les terres encore inexploitées présentent souvent des contraintes (chimiques, physiques, maladies endémiques, manque d’infrastructure, etc.) qu’il est difficile de surmonter ou possèdent d’importantes caractéristiques environnementales. »

Face à ce constat, 3 enjeux majeurs se détachent :

  • Réduire l’artificialisation des terres : laisser plus de terres arables, éviter au maximum de grignoter l’espace cultivable pour y réaliser des constructions
  • Cultiver plus durablement : selon la FAO, en 2014 les émissions de gaz à effet de serre liées à l’agriculture, aux forêts et à la pêche représentaient 24% des émissions mondiales juste après la production d’énergie et de chaleur. C’est également 30% de la production alimentaire mondiale qui est gaspillée, perdue ou jetée entre le champ et l’assiette.
  • Changer nos habitudes de consommation : privilégier les circuits courts, consommer local et de saison, acheter moins de viande… Par exemple, le méthane, un gaz 28 fois plus « réchauffant » que le dioxyde de carbone (CO2), provient essentiellement des flatulences des bovins.

L’agriculture doit se réinventer pour répondre à ces défis et l’agriculture urbaine se propose comme un moyen d’améliorer l’avenir de nos villes. Mais de quoi s’agit-il exactement ?

L’agriculture urbaine : une réponse à l’insécurité alimentaire ?

Cette nouvelle méthode d’agriculture invite le monde agricole en ville. En général, elle transforme des territoires urbains morts ou non exploités comme des parkings ou des toitures en lieux vivants où on cultive. Elle prend ainsi des formes multiples : maraîchage sur les toits, fermes urbaines, jardins partagés, utilisation de parkings désaffectés pour produire des champignons ou des endives par exemple, l’écopâturage…

Ces projets sont portés aussi bien par des structures associatives qu’économiques (lorsque des collaborateurs cultivent sur le toit du bâtiment de l’entreprise par exemple). L’objectif est réellement de mettre les urbains à contribution, de créer du lien, d’avoir un moment ludique et pédagogique autour du vivant.

Certes, on ne nourrira probablement pas les villes avec l’agriculture urbaine. L’Apur, atelier parisien d’urbanisme, le souligne en prenant l’exemple de la capitale : « Si l’on considère qu’il faut en moyenne 50 m2 de maraîchage pour nourrir une personne, il faudrait mettre en culture 11 000 hectares pour assurer l’autosuffisance en fruits et légumes frais de la population parisienne et 5 000 hectares de plus pour les salariés non-résidents, soit 1,5 fois la surface de Paris. » Et ces chiffres ne permettraient même pas d’atteindre la moitié des besoins nutritionnels des habitants.

Cependant, elle peut espérer fournir peut-être 5 voire 10% de la production agricole pour les citadins. Et son objectif n’est pas uniquement nourricier. L’agriculture urbaine remplit en effet de nombreuses autres fonctions.

L’agriculture urbaine comme réponse à des enjeux multiples rencontrés par les territoires

L’agriculture urbaine s’appréhende comme un tout : elle n’a pas la vocation de garantir l’autosuffisance alimentaire des villes. En revanche, elle répond à de multiples enjeux en atténuant la séparation des territoires, en favorisant le circuit court ou encore en créant du lien social.

Bénéfique pour l’environnement

En moyenne, le degré d’autonomie alimentaire des 100 premières aires urbaines françaises n’est que de 2%. Cela signifie qu’une large majorité de l’alimentation est importée depuis l’extérieur du bassin de vie. Cependant, ce n’est plus compatible avec les problématiques écologiques actuelles. L’agriculture urbaine permet en ce sens une relocalisation d’une partie de la production.

Créatrice de liens et d’emplois

L’agriculture urbaine crée des interactions sociales grâce aux personnes qui se rendent sur place pour entretenir la production. Lorsqu’il s’agit d’une culture sur les toits d’un immeuble par exemple, l’idée est de faire participer les usagers du bâtiment. Dans un jardin participatif, on sollicitera les habitants de la commune. Elle participe aussi à un sentiment de fierté locale : la fierté de consommer ce que l’on a produit. C’est également un moyen de générer des emplois lorsque l’objectif est de vendre la production.

A visée pédagogique : la reconnexion à l’alimentation

Presque neuf enfants sur dix ne savent pas ce qu’est une betterave d’après une étude menée par l’Association Santé Environnement France (ASEF), et un écolier sur trois ne sait pas identifier un poireau, une courgette, une figue ou un artichaut. Cette étude date certes de 2013, mais elle nous donne un ordre d’idée. A travers l’agriculture urbaine, les enfants apprennent à cultiver des fruits, des légumes ou des herbes par exemple, à reconnaître ce qu’ils mangent, et sont initiés au bien manger.

Rend la ville plus agréable : vers un nouvel aménagement de l’espace urbain

Les espaces urbains laissent généralement peu de place à la végétation en-dehors de quelques parcs. Cultiver en ville, c’est végétaliser les espaces, ce qui permet de refroidir la ville, tout en garantissant un côté esthétique. Plus de végétation, c’est aussi plus de biodiversité, qui se fait souvent rare en ville. En somme, l’agriculture urbaine offre un lieu de vie plus agréable.

L’apport de ressources économiques

Les exploitations peuvent tout à fait être rentables, et s’inscrire dans le cadre de véritables projets alimentaires de territoire, avec les consommateurs mais aussi la restauration par exemple.

Une offre de produits qualitatifs en circuit court

Enfin, n’oublions pas que l’agriculture urbaine c’est des produits généralement bio et de qualités, avec d’importantes propriétés nutritionnelles, et en circuit court !

L’agriculture urbaine en images à travers le monde

De Berlin à Singapour, de Paris à Montréal, les villes se réinventent pour intégrer ces projets d’agriculture urbaine et devenir plus résilientes. Mais ce mode d’agriculture est également présent dans des villes moins développées comme Antananarivo ou Lima. L’objectif premier n’est alors plus écologique mais essentiellement nourricier et économique, grâce à la création d’emplois et une nourriture proche des consommateurs.

Singapour

Ferme verticale Sky Greens à Singapour © Sky Greens 

C’est à Singapour que de véritables tours maraîchères sont nées en 2012. Il y a seulement 1% de surface cultivable sur cette île, pour l’une des plus fortes densités de population au monde. Les denrées alimentaire sont majoritairement importées, avec de faibles garanties sur leur qualité ou leur origine. A tel point que les supermarchés locaux commercialisent des lessives pour fruits et légumes pour les nettoyer des pesticides et produits chimiques. L’agriculture urbaine offre donc une solution particulièrement intéressante.

Montréal

Une serre dans le quartier Centre-Sud de Montréal
Photo: Annik MH de Carufel, Le Devoir, Une serre dans le quartier Centre-Sud de Montréal

Selon les données publiées par le Carrefour de recherche, d’expertise et de transfert en agriculture urbaine (CRETAU), il y a 50 exploitations agricoles situées hors des zones agricoles, en milieu urbain, au Québec. Parmi elles, 28 sont spécialisées en production maraîchère et 8 en micropousses. On retrouve également des apiculteurs, des fermes d’insectes, des producteurs de champignons et de fleurs. Un total de 18 exploitations fonctionnent à l’intérieur (en serre notamment), tandis que 14 autres sont installées sur des toits.

Berlin

Fondée en 2013, la start-up allemande Infarm spécialisée dans l’installation de fermes urbaines éclairées par des leds dans des supermarchés, est désormais implantée dans une dizaine de pays. Elle a même levé 170 millions de dollars pendant la pandémie pour développer un réseau de fermes verticales urbaines dans le monde. Infarm cultive notamment des légumes feuilles et des aromatiques grâce à la culture hydroponique, une méthode de culture de plantes réalisée sur un substrat neutre et inerte comme du sable ou des billes d’argile, et irrigué d’un courant de solution qui apporte des sels minéraux et des nutriments essentiels à la plante.

Paris

Dans la Caverne, une exploitation agricole installée dans un parking souterrain desaffecté, au nord de la capitale dans le 18e, on cultive notamment des champignons et des endives. Une installation qui produit aujourd’hui 500kg de légumes par semaine, grâce à la reconstitution artificielle du spectre lumineux du soleil et des brumisateurs qui maintiennent un taux d’humidité constant. Des herbes aromatiques sont également cultivées, leurs racines trempent dans des vasques surplombant des aquariums où nagent des poissons. Ces derniers fournissent naturellement le nitrate utile aux plantes.

Antananarivo

L’agriculture urbaine n’est pas seulement l’apanage des pays riches. A Antananarivo à Madagascar par exemple, on pratique l’agriculture urbaine sous d’autres formes. Malgré la forte pression démographique de cette agglomération comptant plus de 3 millions d’habitants, 45% des surfaces de la capitale sont cultivées. La production issue de cette agriculture urbaine est en grande majorité consommée localement. Elle génère également de l’emploi pour 20 % des ménages de l’agglomération. 

Un mode d’agriculture qui apparait comme une nécessité dans cette ville où l’approvisionnement alimentaire est rendu difficile par le mauvais état des voies de communication (routes défectueuses, train peu développé…). A cela s’ajoute une spécificité : Madagascar est une île, donc l’approvisionnement en denrées provenant de l’étranger est nécessairement plus complexe. Développer une production locale, proche des consommateurs est donc une solution intéressante.

Et puis il y a la problématique de la sous-nutrition. A ce sujet, l’ONU indique dans L’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, qu’en 2019, près de 690 millions de personnes ont souffert de la faim, soit une augmentation d’environ 60 millions en 5 ans. L’organisation constate également de fortes disparités régionales : l’Afrique est la région la plus touchée – et la situation continue de s’aggraver -, puisque 19,1% de sa population est sous-alimentée. Ce taux est plus de deux fois supérieur à ceux de l’Asie (8,3%) et de l’Amérique latine et des Caraïbes (7,4%).

Lima

On observe une dynamique assez similaire à Lima, au Pérou. Les cultures maraîchères et les petits élevages fleurissent au cœur de la 5e ville la plus peuplée d’Amérique latine pour faire face à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition.

Des productions variées qui facilitent l’accès à des aliments nutritifs, sûrs et suffisants alors que 12% de la population de Lima vit en situation de pauvreté, jusqu’à 25% dans les zones périphériques.

L’agriculture urbaine prend des formes multiples pour s’adapter au contexte dans lequel elle est mise en place, et répond aussi à des objectifs variés. Que ce soit pour assurer la sécurité alimentaire, créer du lien social ou sensibiliser au bien manger, l’agriculture urbaine gagne bel et bien de l’espace dans nos villes et semble à la fois nécessaire et prometteuse.

Photo by Sigmund on Unsplash

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