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L’art de la plèchie

plechie

Dans le Morvan, des passionnés dispensent chaque année des stages pour transmettre une technique de plessage de haies vives : les plèchies. Au-delà du folklore, c’est une manière d’entretenir le savoir-faire écologique local et de ramener de la vie dans le bocage morvandiau.

Le soleil tape fort en cette matinée d’hiver, au cœur du Morvan. À Lacour d’Arcenay (Côte-d’Or), en bordure d’une route menant à un hameau, ils sont une petite dizaine à s’affairer autour de haies de noisetier et de charme. Tronçonneuses à la main, le groupe s’interroge : quels troncs couper? Lesquels feront office de pieu ? Ou seront assez fins pour être tressés ? Gérard Blandin, le maire de la commune, qui a troqué son écharpe tricolore contre un bleu de travail, commente : « Le plus dur, c’est de commencer. » Opération de la matinée : réaliser une plèchie, ces haies vives tressées traditionnelles du Morvan. Utilisées en France jusque dans l’entre-deux guerre, elles ont perduré dans la région et participaient à la typicité des paysages jusque dans les années 1960-1970. Tressées par les paysans, elles servaient à délimiter leurs terres, à empêcher les bêtes (notamment les vaches charolaises) d’en sortir et fournissaient ensuite du bois de chauffe. Peu à peu, l’agrandissement des exploitations, l’essor du machinisme, des barbelés, l’effacement du bocage ont eu raison des plèchies. Mais le savoir-faire pour les réaliser a perduré ! Avec une cinquantaine de plècheurs actifs, « le Morvan est le seul endroit de France où ce savoir-faire est vivant », insiste Philippe Hoeltzel, chargé de mission patrimoine du Parc naturel régional du Morvan et lui-même plècheur.
De nombreux natifs du Morvan ont appris cette technique dès leur plus jeune âge, à l’image de Michel Lucand, 70 ans : « Mon père était agriculteur, en hiver on l’aidait à tresser les haies. Elles étaient toutes faites comme ça, nous n’avions pas de barbelés ! C’était joli dans le paysage. Beaucoup d’agriculteurs disent maintenant que c’est du folklore mais je ne trouve pas, c’est bien de transmettre ce savoir-faire. »

« Comme du tricot »

Car cette haie tressée est vivante : on la travaille à partir de haies de noisetiers, charmes, aubépines… certains troncs servent de pieux et les plus fins sont incisés (pour que la sève continue de circuler), couchés et entrelacés. « C’est comme du tricot ! » s’amusent les plècheurs. Ces haies vives ont aussi l’avantage de retenir l’eau, la terre, de couper le vent.

« On n’entrelace que du bois vert donc au printemps c’est très joli, précise Philippe Hoeltzel. La haie tressée s’entretient sur les côtés mais on peut la laisser pousser en hauteur et on la replèche tous les 10-15 ans ». Depuis 2009, le parc du Morvan et l’association Les plècheux du Morvan ont initié des stages gratuits et ouverts à tous : « L’objectif est d’entretenir et de transmettre ce savoir-faire, précise le chargé de mission. C’est une technique accessible et le résultat est esthétique. Les stagiaires (des particuliers, paysagistes… Ndlr) veulent créer une plèchie chez eux ou ont un intérêt particulier pour la nature. » Maud Marchand complète : « Nous avons beaucoup de nouveaux arrivants dans le Morvan, qui veulent respecter l’environnement et les traditions locales. » De « Semaine de la plèchie », l’événement est devenu « Mois de la plèchie » et a eu lieu cette année dans 33 communes du Morvan. 80 à 180 personnes se forment à ce savoir-faire typique à chaque édition. Les « anciens » plècheurs, eux, s’enthousiasment de transmettre cette technique traditionnelle et espèrent que ces haies vives redessineront les paysages morvandiaux dans les années à venir.

Marie Albessard

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