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L'Assemblée générale d'Exxon annonce-t-elle le début de la fin des majors pétrolières ?

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Publié le 27 mai 2021

Le 26 mai 2021 est un jour noir pour les majors pétrolières. Exxon a vacillé après une Assemblée générale désastreuse où le fonds activiste pro climat Engine n°1 a obtenu un succès retentissant en faisant élire deux administrateurs. Cela survient quelques heures après que Shell ait été condamné à réduire ses émissions de gaz à effet de serre par un tribunal néerlandais. Ces deux victoires d’activistes agissant au nom de l’environnement prouvent que le pétrole n’est plus une valeur sûre.

Pour dater le moment où les actionnaires ont cessé de croire massivement au modèle des pétroliers, on pensera sans doute à l’avenir à l’Assemblée générale d’Exxon de 2021. Ce fut le cadre d’un bras de fer inimaginable il y a quelques années. En 2013, Exxon était encore la plus grande entreprise américaine avec une capitalisation boursière qui dépassait les 400 milliards de dollars. En 2020 elle a été éjectée de l’indice phare de la bourse américaine, le Dow Jones. En 2021, les dirigeants d’Exxon ont été humiliés lors de l’Assemblée Générale par leurs actionnaires qui ont imposé deux administrateurs au sein du conseil d’administration.

L’Assemblée Générale a été l’épilogue d’un bras de fer entamé par le fonds activiste Engine 1 qui, constatant que “l’énergie et le monde ont changé“, a mené une campagne intitulée “Réénergisez Exxon”. Son objectif était de lui “éviter le destin d’icône déchue des entreprises américaines et de la transformer pour créer de la valeur durable“. La bataille a été rude. L’Assemblée générale virtuelle a duré plus de trois heures.

Soutien de grands investisseurs

Dans une tentative de remake de la dernière élection présidentielle américaine où Donald Trump avait demandé à recompter les voix espérant finir par être élu, le dirigeant d’Exxon a lui aussi suspendu la séance pour recompter les voix des actionnaires. Il espérait qu’elles finiraient par ne pas élire les administrateurs – prêts à changer de modèle et protéger le climat – proposés par la campagne d’Engine N°1. Mais ceux-ci avaient obtenu le soutien du géant BlackRock et d’une partie suffisamment importante d’actionnaires pour renverser la table.

Pour tenir l’Accord de Paris, il faut limiter drastiquement les énergies fossiles et cela hypothèque le modèle économique des pétroliers“. En quelques années ce mantra lancé par Carbon Tracker, l’ONG spécialiste de la dépréciation d’actifs liée au changement climatique, est devenu une réalité progressivement intégrée dans l’analyse financière. Une de leurs études montrait qu’en 2019, les majors pétrolières avaient approuvé pour 50 milliards de dollars de projets incompatibles avec les objectifs climatiques. Leur avenir semble déjà hypothéqué deux ans plus tard.

De nouvelles règles s’imposent à un secteur financier gagné par l’idée que le risque climatique est une puissante menace pour la stabilité financière. Les actionnaires des compagnies pétrolières veulent donc accélérer leur transformation vers d’autres modèles énergétiques. Cela suppose de profonds changements de gouvernance. Des pertes spectaculaires ajoutées à un scénario climat timide à base d’investissements dans des énergies moins carbonées et la capture de CO2 ont achevé de décrédibiliser Exxon.

L’histoire est en marche

La compagnie affronte, depuis 2015, des résolutions sur le climat qui proposaient diverses solutions pour l’obliger à intégrer la gestion du risque climatique alors qu’elle a financé pendant des années le mouvement climatosceptique. Exxon avait eu une première alerte en 2017 quand plus de 60 % de ses actionnaires lui ont demandé d’adopter une stratégie climat compatible avec l’Accord de Paris. “L’histoire est en marche !“, s’est réjoui Edward Mason, l’un des vétérans de ces campagnes pour le climat en twittant dès les premiers résultats.

En 2015, il menait l’engagement actionnarial contre Exxon avec l’Eglise d’Angleterre à un moment où ce mouvement était surtout porté par des investisseurs éthiques et des ONG environnementales. Aujourd’hui, Edward Mason est directeur au sein de Generation IM, la société de gestion d’Al Gore, un signal parmi d’autres que les actionnaires commencent à tourner la page du pétrole. Cela suffira-t-il à neutraliser les émissions de C0 2 pour respecter l’objectif de l’Accord de Paris ? Le tribunal néerlandais qui vient de condamner Shell pense visiblement que non.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic

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