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Le cirque animalier à bout de souffle ?

Theatre du Chatelet Les Pilules

« Il était temps ! »

Le 30 septembre 2020, la ministre de la transition écologique Barbara Pompili annonçait la fin progressive des animaux sauvages dans les cirques. Adoptée au Sénat et à l’Assemblée nationale un an plus tard, cette loi vise à lutter contre la maltraitance animale. Concrètement, qu’est-ce qui change ? D’ici 2028, il sera interdit aux cirques itinérants de détenir et de présenter fauves, hippopotames, éléphants et girafes. « Il était temps ! La France est l’un des derniers pays européens à légiférer sur les animaux sauvages dans les cirques. Nous sommes plutôt satisfaits de cette loi. L’objectif de 7 ans permet d’y aller sereinement et de mettre en place une vraie transition pour les animaux et les dresseurs », explique Alexandra Morette, présidente de l’association Code animal.
Pour autant, la militante s’inquiète de l’autorisation à acquérir et reproduire des animaux, qui court jusqu’en 2023, et risque d’encourager le trafic. « Le commerce parallèle et la taxidermie risquent d’augmenter pour le profit ».
Les cirques fixes, quant à eux, seront soumis aux règles générales de fonctionnement des zoos. « Peu de cirques itinérants ont les moyens de se sédentariser pour continuer de présenter des animaux. D’abord ce n’est pas dans leurs gênes, certains cirques traversent la France depuis des décennies. Ensuite, la réglementation est plus exigeante, plus coûteuse », poursuit Alexandra Morette.

« Il faut aider les circaciens »

À l’heure actuelle, aucun décret d’application concernant les cirques itinérants n’a été mis en place. « Il faut absolument aider, accompagner ces dresseurs à se reconvertir », s’exclame Muriel Arial. Les cirques devraient être accompagnés économiquement, socialement et culturellement pour les aider à se reconvertir en spectacles sans animaux, précise le texte de loi. Pourtant, dans le monde du dressage, on s’inquiète : « Ils nous promettent un accompagnement mais rien n’est acté, rien n’est précisé… Après un an et demi d’arrêt à cause du Covid, il nous faut des moyens pour faire cette transition », s’indigne William Kerwich, président du syndicat des capacitaires des animaux de cirques et de spectacles. Directeur du Cirque Royal composé d’une soixantaine d’animaux, il travaille avec une quinzaine de salariés et redoute l’avenir pour son activité : « Sans animaux dans nos chapiteaux, où ira notre public ? » William Kerwich estime à 3000 le nombre d’emplois de dresseurs et dompteurs menacés en France. Le circacien parle même de « géno-cirque ».

Bâtons dans les roues

Après des mois passés chapiteaux clos, les circaciens se heurtent aux municipalités, devenues réticentes à l’idée de les accueillir. Pour plusieurs grandes villes comme Marseille, Lyon, Strasbourg et Bordeaux, il n’est plus question de laisser des cirques animaliers s’installer. Bien que ces derniers soient en règle, les municipalités parviennent, par des pirouettes, à interdire l’installation des cirques avec animaux sauvages. « C’est une pratique que l’on a depuis plusieurs générations. Nous sommes dans la légalité. Nous sommes diplômés et respectons la réglementation pour détenir et présenter ces animaux. Il y a plusieurs contraintes, il y a un cadre légal », explique William Kerwich. Dernier en date, le maire de Marseille, Benoît Payan, a fait valoir le manque de sécurité pour contrer l’installation du cirque Muller sur les plages du Prado. Pourtant, celui-ci était en règle et avait fait l’ensemble des démarches nécessaires pour s’installer. Aucune base légale n’existe à ce jour permettant aux municipalités d’interdire la présence d’un cirque animalier dans l’espace public. « Je suis étonné car malgré les accusations salissantes, les gens viennent toujours, les familles et les enfants sont contents », ajoute le circacien. Depuis fin 2017, une commission nationale des professions foraines et circassiennes a été créée, et placée sous l’autorité directe du Premier ministre. Cette commission est notamment chargée de faciliter le dialogue avec les mairies. En France, 90 communes, sur 36 000 (3), ont formulé des vœux, voté une délibération en conseil municipal ou pris un arrêté pour interdire les cirques avec animaux sauvages.

Vers un cirque sans animaux

Le cirque est l’une des plus anciennes formes de spectacle au monde. Inventé par les Romains, le mot « cirque » signifie cercle, dans lequel se produisent des gladiateurs, mais aussi des « spectacles » de lions dévorant des prisonniers.
Au Moyen-âge, le cirque se transforme. Les jongleurs, saltimbanques et autres montreurs d’ours se déplacent de ville en ville à la rencontre du public.
« Le cirque moderne voit le jour en 1768 avec Philip Astley et ses spectacles équestres près de Londres », précise Magali Sizorn. Très vite, les chapiteaux et les parades fleurissent dans les rues. Les premiers numéros de domptage apparaissent dans des ménageries fixes ou itinérantes comme celle d’Isaac A. Van Amburgh, surnommé « The Lion King », dès 1833. À partir des années 50, les circassiens introduisent de nouvelles technologies et la vidéo dans leurs spectacles afin de rivaliser avec la télévision (4).

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