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Le Covid-19 fait exploser le taux d'emploi des femmes en Arabie Saoudite

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Publié le 16 juin 2021

Depuis quelques années, l’Arabie Saoudite, avec son plan Vision 2030, allège les restrictions qui pèsent sur les femmes. Droit de conduire, poids de la police religieuse… Si le changement est très lent, il participe à ouvrir le marché du travail aux Saoudiennes. Et le Covid-19 a considérablement accéléré cette dynamique. Le taux d’emploi des femmes a augmenté de 64 % en seulement deux ans, notamment en raison de la disparition des migrants qui ont laissé leurs postes vacants. 

L’Arabie Saoudite avait, jusqu’ici, un des taux d’activité des femmes le plus bas au monde. Mais la pandémie de Covid-19 a boosté le travail des Saoudiennes. C’est la conclusion d’une étude parue dans Brookings Institution et pointé par le journal Le Monde. Ainsi en seulement deux ans, le taux d’activité des Saoudiennes est passé de 20 % fin 2018 à 33 % fin 2020, une explosion de 64 %. “Le Moyen-Orient et l’Afrique du nord ont toujours pris du retard par rapport au reste du monde en ce qui concerne les femmes et le marché du travail, mais même selon ces normes, l’Arabie Saoudite était considérablement en retard“, écrivent les chercheurs. “Mais ces dernières années, quelque chose a changé”, notent-ils.

Les raisons ne sont pas encore clairement définies mais plusieurs pistes se dégagent. L’effet majeur est surtout lié aux réformes prises par le prince héritier Mohammed ben Salmane à travers son plan Vision 2030. Alors qu’un monde post-pétrolier se dessine, l’Arabie Saoudite, plus grand exportateur de brut au monde, ne peut plus se permettre d’empêcher la moitié de sa population de travailler. Pour construire l’économie de demain, le pays a besoin de main-d’œuvre. Depuis cinq ans, le gouvernement a ainsi réduit le pouvoir de la police religieuse, autorisé les femmes à conduire et vient tout juste de modifier la loi qui affirmait que toute femme célibataire, divorcée ou veuve était tenue de vivre “sous la supervision de son gardien“, soit son père, son frère, son fils, etc.  

Une question de productivité du pays 

“Ne pouvons pas continuer – ce n’est pas économiquement viable – sans utiliser 50% de la population”, déclare à Bloomberg Salma AlRashid, responsable du plaidoyer chez Alnahda, une organisation à but non lucratif indépendante axée sur l’autonomisation des femmes. En 2016, le prince Mohammed ben Salmane avait déjà donné le ton en affirmant que “les femmes sont la moitié de cette société et nous voulons que ce soit une moitié productive”. Si la dynamique était lancée avant le Covid-19, la pandémie a considérablement accéléré les choses.

Comme l’explique Le Monde, pendant la crise sanitaire, l’Arabie Saoudite a été privé de nombreux migrants qui ont quitté le pays et laissé leurs postes vacants. “Et lorsque l’économie saoudienne a redémarré, au trimestre 2020, les entreprises se sont tournées vers les Saoudiennes pour remplacer les migrants indiens, philippins ou pakistanais”, écrit le journal.

Ecart salarial

Jumana Alaref et Johannes Koettl, deux économistes de la Banque mondiale décryptent ainsi le phénomène : “Alors que les hommes et les femmes saoudiennes sont toujours payés, en moyenne, plus du double du montant que reçoivent les travailleurs expatriés, les femmes saoudiennes sont plus disposées à travailler à des salaires inférieurs à ceux des hommes. Les hommes saoudiens sont payés 2,7 fois le montant que reçoivent les travailleurs expatriés. Quant aux femmes saoudiennes, elles sont payées 2,2 fois ce montant“, écrivent-ils.

Si la main d’œuvre féminine est toujours plus couteuse que les migrants sous-payés, les employeurs ont cependant un intérêt financier à embaucher des femmes. La question est désormais de savoir si la situation va se pérenniser lorsque les travailleurs migrants vont reprendre leur place.

 Marina Fabre, @fabre_marina

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