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Le grand gâchis des vaccins périmés montre les limites de la gestion de crise par des consultants comme McKinsey

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McKinsey flickr Philip McMaster

Publié le 31 mars 2022

Le rapport du Sénat évaluant à un milliard d’euros les sommes payées aux consultants privés, opérant dans les ministères, agite la fin de campagne des présidentielles. McKinsey, entreprise de consulting américaine, rompue au montage de chaînes de logistique complexes et aux processus d’optimisation fiscale, est montrée du doigt. Mais le plus grand problème n’est-il pas l’échec de la “processisation” standardisée chère aux cabinets de consulting qui ne permet pas, par exemple, d’éviter de jeter des dizaines de milliers de précieuses doses de vaccins.

Et si l’affaire McKinsey, ou plus largement celle du recours massif à des consultants privés par la sphère publique, était révélatrice d’un mode d’organisation partagée dans les pays occidentaux qui consiste à tout processer pour faire rentrer des schémas complexes dans des tableaux Excel et des présentations Power Point ? Cette vision d’un sujet donné permet de modéliser des systèmes complexes avec des outils tout aussi complexes que ces consultants payés cher pour optimiser les coûts et rationaliser tout type de production, sont souvent seuls à maitriser.

Cela permet-il d’offrir le mode de gestion de crise le plus adaptée à une pandémie comme celle du Covid-19 et à la nécessité de vacciner le plus grand nombre de personnes sur toute la planète ? On peut s’interroger après les révélations du Monde, avec le collectif d’investigation #FollowTheDose, qui met en avant le grand gâchis des doses de vaccins périmées. Montée dans l’urgence et sous pression des principaux producteurs de vaccins qui ont proposé leurs produits en un temps record, la chaîne vaccinale posait de nombreux problèmes complexes. Mais l’un d’entre eux semble avoir été particulièrement négligé : la péremption des vaccins ! Elle concernerait 240 millions de doses dans le monde depuis le début de la campagne et uniquement dans les pays riches, à 78 % des vaccins Pfizer et à 18 % des vaccins AstraZeneca.

L’enjeu crucial de la péremption

La société d’analyse de données de santé Airfinity, qui publie cette estimation, n’a pas pu prendre en compte les doses distribuées dans les pays pauvres faute de données. Mais, à partir d’octobre 2021, les doses de vaccin menacées de péremption ont été massivement distribuées dans le cadre du programme international Covax. Le Nigéria par exemple, dont seul 1,5 % de la population était vaccinée à l’automne dernier, a accepté 2,6 millions de doses d’AstraZeneca dont 500 000 venant de France avec une durée de vie de cinq à sept semaines.

La moitié a pu être injectée, explique Le Monde, mais plus d’un million de doses ont été jetées et enfouies dans la décharge à ciel ouvert de Gosa, près d’Abuja, la capitale du Nigeria, polluant vraisemblablement le sol. La péremption des médicaments est un enjeu crucial puisque, quand elle est atteinte, les pays riches les détruisent pour en acheter de nouveaux. Les doses d’AstraZeneca, qui périment maintenant, ont été achetées à prix coûtant. Mais depuis novembre, le vaccin peut être vendu avec profit et les compagnies pharmaceutiques refusent de mettre leurs brevets à disposition des pays qui n’ont pas les moyens d’acheter leurs doses.

La campagne présidentielle de 2022 restera jusqu’au bout la plus étrange. Elle finit par reparler de la crise sanitaire et de ses conséquences par le biais de la rémunération via de l’argent public des consultants privés. Ce qui permet indirectement d’interroger la capacité de ce type d’acteurs à servir l’intérêt général et les populations les plus vulnérables face aux crises violentes et soudaines qui se déclenchent à répétition.

Anne-Catherine Husson Traore, @AC-HT, directrice générale de Novethic    

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