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Le ministère du travail souhaite faire progresser la formation continue en santé-sécurité 

“Le manque d’implication des employeurs est flagrant”, analyse Frédéric Séchaud, chercheur au Cereq (centre d’études et de recherches sur les qualifications). Le 15 novembre 2022, la DGT, l’EU-Osha et l’Afpa (agence nationale pour la formation professionnelle des adultes) ont organisé deux tables rondes sur la formation continue en santé et sécurité au travail. Enquête de 2017 à l’appui, le sociologue du travail y dévoile qu’une bonne partie des travailleurs ne reçoivent pas de consignes en santé-sécurité au travail à leur arrivée sur leur poste, alors même que c’est obligatoire. 

Marie-Christine Guillaume, directrice des services et prestations de l’OPPBTP, liste plusieurs freins au développement de la formation SST, qu’elle soit obligatoire ou non. D’abord, l’absence du salarié désorganise l’entreprise. Privilégier les formations courtes et répétitives serait peut-être une solution d’après elle. Souvent, l’employeur n’identifie ni ses besoins, ni les offres. Aussi, des petites entreprises ignorent que de nombreux financements permettent d’accéder aux formations. Bref, “ces formations sont toujours plutôt perçues par les entreprises comme contraintes plus que comme opportunités de progrès”

Réforme

“Il manque une cohérence de l’ensemble”, déplore par ailleurs Gérard Moutche, chef du département formation à l’INRS. Pour préparer la mise en place du passeport prévention, la DGT a listé les dispositifs de formation santé-sécurité au travail. Elle en a recensé 53. Pour la plupart, leurs modalités, leur durée et leur contenu sont laissés à la liberté de l’employeur. “La diversité de dispositifs s’explique par la diversité des risques et des sujets, mais aussi par l’historique des textes”, observe Nicolas Bessot, chef du bureau des risques chimiques, physiques, biologiques et des maladies professionnelles à la DGT. 

Le ministère souhaite faire évoluer le cadre actuel et mène actuellement une “réflexion” pour le “mettre en cohérence” avec la loi de 2018 sur la liberté de choisir son avenir professionnel, annonce le responsable. Objectifs : s’assurer que la formation est de qualité et transférable d’un emploi à l’autre. Amel Hafid, sous-directrice aux conditions de travail et à la santé et sécurité au travail à la DGT concède qu’il y a des “des progrès à faire”. Elle identifie plusieurs besoins : compléter et promouvoir les dispositifs qui existent, en développer de nouveaux, davantage prendre en compte les “nouveaux risques”, liés au numérique par exemple, utiliser la technologie pour former et parvenir à toucher des publics spécifiques comme les jeunes et les intérimaires. Sur le sujet des intérimaires, elle est rejointe par Marie-Christine Guillaume, qui reconnaît que l’OPPBTP n’a pas encore réussi à trouver de bonne solution pour les former.

Certifications ?  

Selon Gérard Moutche, les formations obligatoires et réglementaires sont de bonnes opportunités pour introduire des compétences transverses et transférables, comme savoir identifier un risque par exemple, mais devraient être reconnues, via une certification peut-être. “Je crois beaucoup aux formations non obligatoires qui participent du partage de la culture sécurité”, estime de son côté Marie-Christine Guillaume, qui constate cependant qu’elles concernent davantage les grandes entreprises. Une étude du Cereq montre que les entreprises de petite taille sont celles qui consacrent la plus grande part de l’ensemble de leurs formations aux formations obligatoires. 27 % des entreprises de 10 à 49 salariés déclarent former principalement pour répondre aux exigences réglementaires et 18 % consacrent la totalité ou presque de leurs formations aux formations réglementaires. 

Jurys laxistes

“On ne peut pas séparer arbitrairement la formation SST de la formation en général et des gestes professionnels“, affirme Amel Hafid. L’amélioration de la formation initiale ne doit pas être oubliée. Une étude épidémiologique de l’INRS publiée en 2018 révèle que les jeunes de moins de 25 ans formés en santé et sécurité au travail pendant leur scolarité ont deux fois moins d’accidents du travail que les autres. Christelle Jouana, cheffe de projet certification à l’Afpa, voit aussi les titres professionnels comme des leviers. Elle explique que la santé et la sécurité au travail sont présentes dans tous leurs référentiels. Pour certains, l’INRS aide les ingénieurs de l’Afpa dès la phase d’analyse du travail.

Mais ensuite, “les jurys, dès lors qu’on a réalisé la tâche, sont indulgents quant au fait qu’on n’ait pas pris en compte le risque, déplore Patrick Mayen, professeur en sciences de l’éducation. Cela devrait être au contraire un premier élément d’évaluation et celui sur lequel on ne cède pas”. C’est pour cette raison que l’Afpa aimerait sensibiliser les jurys, des professionnels du métier en question, au moment de la formation d’une journée qu’ils reçoivent pour être habilités à être examinateurs. “La formation n’est pas encore tout à fait définie mais l’idée est d’insister sur la nécessité de prendre en compte la dimension SST lors de l’évaluation”, explique Christelle Jouana. Des connaissances transmises que ces professionnels appliqueraient aussi une fois de retour à leur poste. Et la boucle est bouclée. 

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