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“Le numérique est indispensable pour arriver à une société décarbonée”

Le cloud, les messages éphémères… Le numérique semble ne laisser aucune trace, n’avoir aucun impact sur la planète. Pourtant, le digital génère 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le numérique durable est-il une utopie ? Peut-on réduire son impact ? Peut-il même aider à réduire nos émissions ?

Gilles Babinet, co-président du Conseil national du numérique et digital champion de la France auprès de la Commission européenne s’intéresse aux “externalités positives” du secteur. Présent au salon PRODURABLE, dont WE DEMAIN est partenaire, pour animer deux conférences sur le sujet, il a répondu à nos questions.

WE DEMAIN : Qu’est-ce que le “numérique responsable” ou “numérique durable” ? 

Gilles Babinet : D’une part, il y a la facette “intra”, qui est de limiter l’empreinte du numérique. Notamment en terme de CO2. Il y a des externalités relatives à la fabrication, pour les équipements individuels ou les infrastructures, et celles dues à la consommation d’énergie. 

D’autre part, il y a une dimension “extra”. C’est-à-dire les externalités provoquées par le numérique. Et sur lesquelles il y a un débat balbutiant à ce jour. Moi je fais partie de ceux qui pensent qu’elles sont très largement positives et extrêmement puissantes. C’est ce qui reste encore à démontrer aujourd’hui. Et c’est ce sur quoi je travaille. 

Pouvez-vous nous donner un exemple d’externalité positive ? 

Il y a par exemple moins de kilomètres d’embouteillage par kilomètre automobile parcouru, comme l’ont démontré Google et Waze (application GPS, ndlr).

Le taux de remplissage des camions en Europe s’est aussi accru de 14 % en une quinzaine d’années environ. Et cela grâce à des systèmes d’information qui sont meilleurs. Autre exemple : j’aide une société mondiale à optimiser ses supply chain grâce à l’intelligence artificielle. Nous nous sommes rendus compte qu’il était possible de réduire les émissions de CO2 dues aux supply chain de l’ordre de 40 à 45 %. Et cela sans toucher à la fabrication des produits !

Mais ce sont des pratiques qui pour l’instant sont isolées. Et qui ne sont pas très clairement documentées. Elles devraient être mieux comprises pour être plus mises en œuvre à large échelle. 

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Certains, comme Guillaume Pitron, qui vient de publier L’enfer numérique, estiment eux que le développement d’un numérique sobre est une utopie…

Je n’ai pas lu l’ouvrage, mais j’ai lu beaucoup de publications à son sujet. Je pense que les gens qui disent cela ne prennent pas en compte les externalités. Quand j’essaie de dessiner un scénario vers un univers décarboné, je me rends compte que la technologie est indispensable. 

La voie alternative, c’est la décroissance. Moi je n’y crois pas du tout parce que cela revient à faire une déclaration de guerre à une partie de l’humanité, et notamment à celle qui est la plus précaire. 

Mais ne faut-il pas avoir une utilisation moins intense du numérique pour réduire son empreinte ?

Je ne suis pas sûr qu’il faille moins utiliser la technologie. Je pense au contraire qu’il faut l’utiliser plus. Car elle peut être un auxiliaire important de la maitrise des facteurs qui concourent au réchauffement climatique. 

Mais si l’on donne pas de prix aux externalités, effectivement les gens vont continuer à changer de smartphone tous les quinze jours, et l’on va avoir une empreinte qui sera peu contrôlée. 

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Pouvez-vous conseiller de bons gestes que chacun peut adopter au quotidien ?

Je vous donne un exemple très personnel. J’habite dans un appartement avec plusieurs pièces et j’ai mis un chauffage intelligent. Pour le moment je n’ai qu’une année de référence, il faut donc le prendre avec des réserves, mais j’ai diminué la facture de chauffage de 60 %. 

Quand il n’y a personne, le chauffage baisse de façon très significative. Quand nous sortons d’une pièce, le chauffage se coupe. Tout cela fait que le taux de pièces chauffées a été divisé par plus de deux. 

C’est vraiment quelque chose qui est très duplicable. Aussi bien dans les espaces de bureaux, qui sont occupés à environ 25 %, que dans les environnements domestiques. Surtout quand on sait que 30 % des émissions de CO2 sont liées à l’habitat… Il y a vraiment quelque chose à faire. 

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