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Le pouvoir écologique de la finance verte est-il un mirage ?

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L’euphorie, née en 2015 avec l’Accord de Paris, où chaque semaine amenait un nouvel engagement d’une banque ou d’un assureur à financer la lutte contre le changement climatique, se dissipe. En 2021, les bilans dressés par plusieurs acteurs, parties prenantes de ce mouvement inédit ne sont pas très brillants. Gael Giraud, directeur de recherche au CNRS, qui a préfacé “L’Illusion de la finance verte” signée par Alain Grandjean, économiste et membre du Haut Conseil pour le climat, et Julien Lefournier, ancien banquier, interroge “Comment les acteurs financiers pourraient-ils, d’une part, maximiser le rendement de leurs investissements et de l’autre accepter de le réduire pour limiter la dérive climatique, dépolluer nos rivières ou rendre l’air respirable ?”. 

Ce livre, ardu pour ceux qui ne sont pas familiers des mécanismes financiers, explique que les investissements vraiment verts qui amèneraient une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre ne peuvent pas correspondre aux critères de rentabilité du secteur financier. Ils nécessitent des investissements colossaux dont les bénéfices financiers sont lointains et hypothétiques. Alain Grandjean et Julien Lefournier concluent de leur analyse que “si à l’entrée du système on a des milliards verdis, il n’y a rien à la sortie car, en ouvrant la boîte opaque de la finance verte, on constate que son fonctionnement interne est le même que celui de la finance traditionnelle”. Cela veut dire que, par nature, la finance ne peut pas se doter d’objectifs environnementaux qui l’emporteraient sur les dimensions financières.

Dévalorisation rapide et forte 

L’étude “Actifs fossiles, les nouveaux subprimes ?” publiée le 10 juin, vient appuyer leurs propos. On y retrouve Gaël Giraud qui préside de l’Institut Rousseau associé aux ONG environnementales Reclaim Finance et les Amis de la terre pour produire une analyse sans précédent des actifs fossiles détenus par les 11 plus grandes banques européennes. Les trois organisations les évaluent à 532 milliards d’euros soit 95 % de leurs fonds propres.

Selon eux ils constituent un risque majeur parce qu’ils nuisent au climat et pourraient connaitre, à cause de cela, une dévalorisation rapique et forte. “Si ces actifs fossiles perdaient 80 % de leur valeur , les fonds propres de la Société Générale et du Crédit Agricole plongeraient dans le rouge et ceux des banques allemandes Deutsche Bank et CommerzBank seraient quasiment épuisés” expliquent les auteurs. Gael Giraud ajoute : “Il faut couper ces metastases fossiles des bilans bancaires avant qu’elles hypothèquent toute capacité de financement de la reconstruction écologique.”

Tout autre son de cloche du côté de l’ACPR, l’Autorité française de supervision des banques et des assurances. Elle a publié début mai les résultats de son premier stress-test climatique et estime que ces établissements financiers ont un risque “relativement modéré” de pertes financières liées à la transition à marche forcée que les secteurs les plus carbo intensifs vont devoir effectuer pour respecter l’Accord de Paris. Industries extractives, chimie, métallurgie, déchets, etc. représentent 9,7 % du portefeuille de crédit des banques, et 17 % du portefeuille des assureurs.

Le débat lancé par ces alertes sur les limites de la finance verte aura le mérite de rappeler qu’in fine ce sont bien les entreprises et les États qui peuvent d’abord modifier l’économie réelle, pas un secteur dématérialisé comme la finance. Leurs actions doivent être proportionnelles à l’urgence climatique et à l’accélération de la destruction de la biodiversité. Les derniers “jugements climatiques” montrent que, vu des tribunaux, ce n’est pas encore le cas !

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic

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