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Le prix Nobel d'économie récompense des travaux iconoclastes sur le marché du travail

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Publié le 12 octobre 2021

Le “Nobel d’économie” a été attribué à un trio de spécialistes en économie expérimentale. Cette année, les effets du salaire minimum, de l’immigration et de l’éducation sur le marché du travail ont notamment été distingués. Les dits travaux ont permis de battre en brèche les idées reçues selon lesquelles une hausse du salaire minimum ou un afflux d’immigrés feraient automatiquement augmenter le chômage.

Si le profil des trois lauréats du “Nobel d’économie” est conforme aux années précédentes, les travaux récompensés sont plus atypiques. En effet, cette année, trois hommes Nord-américains ont été primés : le Canadien David Card, enseignant à l’université de Berkeley en Californie, l’Israélo-Américain Joshua Angrist, enseignant au MIT du Massachussets et l’Américano-Néerlandais Guido Imbens, enseignant à Stanford. Tous trois sont spécialistes de l’économie expérimentale et empirique et leurs travaux sur le marché du travail ont été distingués.

Le trio “nous a apporté de nouvelles idées sur le marché du travail et montré quelles conclusions peuvent être tirées d’expériences naturelles en termes de causes et de conséquences”, a salué le jury Nobel. “Leur approche s’est étendue à d’autres domaines et a révolutionné la recherche empirique“, a souligné le jury du “prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel”, dernier-né du prestigieux prix.

Angrist, 61 ans, et Imbens, 58 ans, ont été conjointement récompensés “pour leurs contributions méthodologiques à l’analyse des relations de cause à effet“. Au milieu des années 1990, les deux chercheurs ont notamment démontré comment des conclusions précises sur les causes et les effets peuvent être tirées d’expériences naturelles. Ils ont notamment prouvé qu’une année d’étude supplémentaire permet d’accroître de 9 % le salaire d’une personne. 

Contre les idées reçues sur les conséquences d’une hausse du salaire minimum

Le prestigieux prix récompense également le Canadien David Card, né en 1956, “pour ses contributions empiriques à l’économie du travail”, indique le jury Nobel. À l’aide d’expériences naturelles, l’économiste a analysé les effets du salaire minimum, de l’immigration et de l’éducation sur le marché du travail. “Ses études du début des années 1990 ont remis en question les idées reçues, ce qui a conduit à de nouvelles analyses et à de nouvelles perspectives“, affirme le jury Nobel.

En effet, ses travaux de recherches ont notamment permis de battre en brèche une croyance longtemps dominante en économie selon laquelle une hausse du salaire minimum ferait automatiquement augmenter le chômage. Au début des années 1990, David Card a analysé les conséquences des hausses de salaires dans les fast-foods du New Jersey. Il compare alors deux territoires différemment touchés par le phénomène. Contre la théorie économique dominante à l’époque, ce dernier constate que cette revalorisation n’a pas détruit d’emplois mais elle en a au contraire créé. Publiée en 1995 dans Myth and Measurement, son étude fait grand bruit.

Toujours avec la même méthode empirique, dites de “différence de différences“, il s’est également intéressé aux conséquences de l’arrivée massive d’immigrés sur le taux de chômage. Sans surprise, ce phénomène provoque une hausse du nombre de travailleurs, mais aussi une augmentation de la consommation et de la demande. A plus long terme, l’économiste note une diminution plus forte du taux de chômage que sur d’autres territoires non concernés par un afflux d’immigrés. Là encore ses travaux ont permis de déconstruire la théorie alors dominante d’une quantité de travail fixe.

Les théories peu orthodoxes récompensées cette année tranchent avec les éditions précédentes puisque de nombreux tenants de l’économie néolibérale figurent au rang des personnes jusqu’à présent récompensées. En revanche, le profil des “Nobel d’économie” de 2021 est en ligne avec les 86 économistes qui ont déjà décroché ce prix (entre 1969 et 2020) puisque 67 sont Américains et seules deux femmes ont obtenu la prestigieuse distinction. Le “Nobel d’économie” fait régulièrement l’objet de critiques pour l’absence de diversité de ses lauréats.

Mathilde Golla @Mathgolla

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