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Le rapport Blanchard-Tirole court après le climat

Le rapport de la Commission présidée par Olivier Blanchard et Jean Tirole fait peine à voir. Pendant que le climat accélère son réchauffement, selon le dernier avertissement du GIEC, les experts nommés par le gouvernement français pour dire comment relever les défis du XXIe siècle, dont celui du climat, rabâchent que le marché est capable de remédier à ses propres défaillances. Comment ? En imposant une taxe carbone, l’augmentation des prix des produits carbonés relativement aux produits non carbonés entraînera nécessairement une modification des comportements pour émettre moins de gaz à effet de serre.

Trois éléments, au moins, viennent contrecarrer les affirmations contenues dans le rapport de la commission.
Premièrement, la croyance en la capacité du mécanisme des prix pour réaliser des transformations structurelles (changement de mode de production, nouvelles infrastructures, nouveaux types d’emplois…) est démenti par l’histoire : c’est l’inverse qui est vrai, l’évolution des structures économiques est suivie de celle des prix. Et ce sera encore plus vrai à l’avenir, car un prix unique du carbone à l’échelle mondiale, comme le propose la commission, ne peut venir à bout des énormes inégalités de développement.

Des économistes prisonniers

Deuxièmement, même si la commission reconnaît que la mise en place d’une taxe carbone doit être accompagnée de mesures d’aides pour la faire accepter socialement, les politiques publiques doivent être conduites à l’aune d’une analyse en termes de coûts/bénéfices. Or, celle-ci suppose d’évaluer ces derniers avec un taux d’actualisation dont le principe est de diminuer la valeur des biens à venir d’autant plus que le taux est élevé. La boussole des experts s’affole, car un taux d’actualisation de 2 à 3 % par an, voire 4 %, ne leur fait pas peur, quand bien même on s’acheminerait vers un réchauffement de plusieurs degrés à la fin du siècle.
Troisièmement, le principal message du rapport Blanchard-Tirole sur le climat est d’anticiper que les générations futures seront plus riches grâce à la poursuite d’une croissance économique. Donc, l’ignorance, de la part des économistes dominants, des risques de profondes perturbations des équilibres planétaires de tous ordres, est totale. Aveuglement ou cynisme ? Dans les deux cas, ces économistes restent prisonniers de la cage qu’ils ont cadenassée en refusant d’adjoindre les réflexions des autres sciences sociales. Mais cet entre-soi ne doit pas empêcher la société de se saisir de ce débat escamoté.

Jean-Marie Harribey, économiste atterré,.

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