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Le réchauffement climatique transforme l'Arctique en champ de bataille pour les grandes puissances

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Publié le 20 mai 2021

L’Arctique devient une nouvelle zone de bataille géopolitique pour les superpuissances planétaires. Son contrôle offre un accès à d’importantes ressources minières et fossiles encore peu exploitées. Une situation rendue possible par la fonte rapide des glaces sous l’effet du réchauffement climatique. Washington et Moscou montrent des muscles et avancent leurs ressources militaires. Quant à la Chine, pourtant éloignée, elle entend prendre sa part du gâteau. 

Avec la fonte des glaces, l’Arctique est en train de changer de visage. Jusqu’à peu, les épaisses couches de glace y rendaient toute exploitation fossile ou minière quasi-impossible. Il en allait de même pour la navigation impossible la majeure partie de l’année. Mais désormais les ressources et les voies maritimes deviennent de plus en plus accessibles. Il n’en fallait pas plus pour en faire un nouveau champ de bataille diplomatique. 

Celui-ci fait rage à l’occasion du sommet de l’Arctique qui se tient à Reykjavik en Islande les 19 et 20 mai. Si de nombreux pays entendent prendre leur place dans l’exploitation du grand Nord (Norvège, Finlande, Danemark, Canada…), ce sont les deux puissances américaine et russe qui se font front, non sans rappeler les grandes heures de la guerre froide. “Il est clair pour tout le monde depuis longtemps que ce sont nos terres, notre territoire (…)”, lançait Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, lors d’une conférence de presse tenue le 18 mai. 

Il réagissait aux déploiements de force de son pays dans la région. Stations radars, pistes d’atterrissage, ouverture d’anciennes bases soviétiques… des images satellites, rendues publiques par la chaîne CNN en avril dernier, ont ainsi révélé la militarisation de la zone. Ce déploiement a été dénoncé, la veille du sommet, par le Secrétaire d’État à la sécurité des États-Unis, Antony Blinken qui a appelé à “éviter” ce genre de “déclarations”, et demande “une démilitarisation” de l’Arctique.

Fossiles, minéraux et fret 

Actuellement, 80 % du gaz naturel russe provient de l’Arctique. C’est aussi pour son gisement de terres rares que la région aiguise les appétits. Aujourd’hui 85 % de ces éléments indispensables à la transition énergétique et aux technologies numériques proviennent de Chine. Il s’agit pour ces deux pays d’assurer leur indépendance. Donald Trump avait d’ailleurs proposé en 2019 d’acheter le Groenland, riche en ressources précieuses, pour pouvoir exploiter la zone.

Se pose aussi la question du fret maritime. Le blocage, en mars dernier, du canal de Suez par un porte-conteneurs a forcé les transporteurs à envisager d’autres voies. Or quelques semaines plus tôt, un navire était parvenu à prendre la voie nord en plein hiver, à peine assisté sur quelques portions par un brise-glace. Un signal assez alarmant sur le réchauffement climatique mais une manne financière en vue pour la Russie. 

Les tensions risquent encore de s’accentuer alors que le Conseil de l’arctique, actuellement dirigé par l’Islande, va passer sous présidence russe pour la période 2021-2023. Place symbolique, mais qui permettra à Moscou d’organiser le prochain conseil sur ses terres, ce qui est un poids diplomatique énorme. Une autre tension pourrait apparaître alors que la Chine, qui a actuellement le statut d’observateur (comme la France), tape à la porte du conseil pour en être membre à part entière.

Pékin ne possède aucun territoire dans la région mais entend bien y ouvrir des mines. Avec Greenland Minerals, une entreprise australienne soutenue par un investisseur chinois, elle a tenté de lancer un projet d’extraction de terres rares et d’uranium au Groenland. Une tentative qui a provoqué une crise politique et des élections anticipées. Les pro-mines ont perdu, mettant fin à l’exploitation des gisements de la mine de Kuannarsuit. 

Ludovic Dupin et Marina Fabre 

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