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Législatives : La canicule a dopé l’abstention, pas la place du climat dans une soirée électorale disruptive

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Publié le 20 juin 2022

La transition écologique version Emmanuel Macron est-elle terminée avant d’avoir commencé ? La défaite électorale de celle qui en avait la charge, Amélie de Montchalin, remet en cause un échafaudage considérablement fragilisé par le recul global du parti du Président de la République. La déclaration tardive de la Première Ministre Elisabeth Borne n’a pas donné de signe rassurant sur la place accordée à cet engagement qui restait flou. 

Le second tour des législatives a été ignoré par 54 % des citoyens français en âge de voter ! Ils ont sans doute éteint la télé tant les résultats ne les concernaient pas. Leur absence a conduit à un résultat qui est une grande première pour la Vème République : une défaite du parti présidentiel qui fait face à deux oppositions, celle de l’alliance Nupes et de son principal parti, la France Insoumise, et celle du Rassemblement National qui récolte les fruits d’une campagne présidentielle centrée sur la sécurité et l’immigration en faisant une poussée spectaculaire. La Première Ministre a attendu 22h30 pour faire une déclaration plus que sobre. Elle a promis de chercher “une majorité d’action pour faire des compromis et mener les réformes pour le pouvoir d’achat, le plein emploi, la transition écologique mais aussi la souveraineté industrielle, énergétique et agricole.”

Quelle sera la traduction de ce vaste programme sur un plan gouvernemental face à une assemblée qui devrait multiplier les blocages ? A minima un remaniement ministériel devrait intervenir dans les jours qui viennent. Amélie de Montchalin, Ministre de la Transition écologique et de la cohésion des territoires, qui a été sèchement battue dans l’Essone par Jerome Guedj (Nupes), a d’ores et déjà annoncé qu’elle n’y figurerait pas. Reste à savoir si la répartition des tâches de la planification écologique qui se dessinait entre elle et Agnès Pannier-Runacher en charge de la transition énergétique, sous la responsabilité de la Première Ministre, sera maintenue. 

Une Assemblée très fragmentée 

Au soir du second tour des législatives, difficile de savoir quelle orientation énergétique, climatique, environnementale, voire sociale Emmanuel Macron souhaite donner à son second mandat et comment il va travailler avec cette assemblée qui est loin de lui être acquise. Sur sa gauche, il sera régulièrement interpelé par les élus de la Nupes qui ont amené dans l’hémicycle des personnalités disruptives à l’image de Rachel Kéké, figure du combat des femmes de chambre dans le secteur hôtelier qui est désormais députée. 

Sur son extrême droite, il va trouver des territoires ruraux acquis au Rassemblement National, particulièrement dans le Languedoc Roussillon où les Pyrénées Orientales, l’Aude, le Gard, l’Hérault ont plébiscité des députés RN. C’est aussi le cas en Provence Alpes Côte d’Azur mais aussi plus au Nord et à l’Est avec l’Oise, la Haute Marne ou le Pas de Calais entre autres.  

Les Législatives 2022 dessinent une carte de France très fragmentée à l’inverse de la carte de la canicule des derniers jours, uniformément rouge sur tout le territoire.

Législatives carte élection

Kenan Augeard / AFP

Pourtant le réchauffement climatique n’a pas été invité dans la campagne des législatives alors que les températures caniculaires auraient dû en faire le thème majeur. 43,4°C à Pissos dans les Landes, 41°C à Biarritz sur la côte basque, 39,7°C en Sarthe dans les Pays de la Loire… Toute la semaine, les Français ont suffoqué sous la canicule. Même les présentateurs météo ont fait leur mea culpa.

Le déni climatique joue dans l’abstention massive

“J’ai décidé d’arrêter d’utiliser mon ton habituel, que je trouve au fil des mois un peu nul […] je pense que ça ne marche plus, il faut que les gens comprennent que la France va cramer”, a lâché Marc Hay présentateur météo de BFMTV. Les scientifiques ont même formé un collectif pour enseigner aux nouveaux députés les bases des risques environnementaux. Ils attendent les nouveaux députés venus chercher leur mallette d’accueil pour une formation express de 20 minutes de lundi à mercredi. 

Le déni climatique s’observe aussi dans les soirées électorales qui n’ont pas eu un mot pour les enjeux environnementaux, pas une voix pour s’interroger sur le rôle que le silence politique sur le changement climatique joue dans l’abstention massive. Or l’urgence climatique dont la canicule précoce est une manifestation, nécessite une action d’ampleur pour laquelle il faudrait une mobilisation nationale puissante et uniforme. Au lieu de cela la carte électorale dessine une France fragmentée autour d’enjeu politiques où le climat n’a pas de place. Reste à espérer que la formation express de début de mandat fasse bouger les lignes ! 

Anne-Catherine Husson Traore, @AC_HT, directrice générale de Novethic avec la rédaction

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